TRUE ROMANCE de Tony Scott.
DVD – critique anniversaire (thriller)

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true_romance-20110511063703Mondo-mètre :
note 9.5
Carte d’identité :
Nom : True Romance
Père : Tony Scott
Livret de famille : Christian Slater (Clarence), Patricia Arquette (Alabama), Dennis Hopper (Clifford Worley), Michael Rapaport (Dick), Christopher Walken (Vincent Cocotti), Bronson Pinchot (Elliot Blitzer), Saul Rubinek (Lee Donowitz), Brad Pitt (Floyd), James Gandolfini (Virgil), Gary Oldman (Drexl), Samuel L. Jackson (Big Don), Val Kilmer (Elvis), Chris Penn (Nicky), Tom Sizemore (Cody)…
Date de naissance : 1993
Majorité au : 03 novembre 1993 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 1h55
Poids : 12,5 millions $

Signes particuliers (+) : Chef d’oeuvre mésestimé des années 90, True Romance marque les débuts de Quentin Tarantino avec un script qui, à défaut de n’avoir pu le monter lui-même pendant quelques années, a fini par le céder à un tiers. Ce tiers, c’est un Tony Scott qui va le transcender avec une mise en scène percutante et pleine de vitalité à l’image de son couple vedette d’enfer, un duo de cinéma fusionnel, pop, cool et rafraichissant. Pléiade de stars talentueuses, pléiades de personnages brillamment écrits, pensés et affinés, pléiade de moments d’anthologie leur permettant de se mettre en valeur à tour de rôle, pléiade de dialogues cultes… True Romance frise la perfection. Sorte de road movie romantico-dramatique pétaradant et coloré, pas loin du feel good movie qui fout une banane jouissive malgré l’enfer qui s’abat dans son récit, ce pur moment de bonheur excité est un conte de fée tragico-moderne où les clichés morflent sous la plume geek-cool d’un Tarantino en forme qui sert à Tony Scott un croisement entre Roméo et Juliette et Bonny and Clyde. Et ce dernier de signer son meilleur film.

Signes particuliers (-) : x

 

LE FILM QUI A UN GOÛT DE PÊCHE !

Résumé : Le jour de son anniversaire, Clarence Worley rencontre la splendide Alabama dans un cinéma miteux. Coup de foudre immédiat. Après une nuit d’amour, Alabama avoue a Clarence qu’elle a été en fait engagée par le patron de Clarence comme cadeau d’anniversaire. De là va commencer une folle aventure.

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Chef d’œuvre de feu Tony Scott, scénarisé et dialogué par l’ami Quentin Tarantino, True Romance est probablement l’un des meilleurs films de son auteur, en plus d’être l’un des meilleurs films de sa décennie tout court. Deux heures intenses où le plaisir se fait sentir à chaque vision, encore et encore, sans lassitude, donnant presque envie de le remettre à zéro une fois le générique de fin défilant sur l’écran tant il est une explosion foisonnante de sentiments, prédominée par une banane revigorante. True Romance est tout simplement un film parfait ou quasi, atteignant le summum qualitatif dans chacun des points qui constitue le cœur d’une œuvre de cinéma passionnée.

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Récit d’une formidable rencontre romantico-tragique à travers un couple de cinéma fusionnel transfigurant chacun leur personnage, True Romance se mue au gré de sa folle aventure débridée en thriller ultra-violent, comédie douce, drame touchant, road movie barré sur un air frais de liberté et surtout romance ennivrée et dévastatrice. D’un côté, il y a Christian Slater, qui obtient le rôle de sa vie avec le geek Clarence Worley, touchant dans sa solitude de célibataire trentenaire, au milieu de son monde composé de films bis, de comics et de musique en grand passionné d’Elvis qu’il est. Clarence, c’est tout un pan de la culture pop américaine personnifiée et c’est surtout Tarantino lui-même, incarné au cinéma. C’est aussi un homme simple, bon, à la générosité incalculable, à la bonne humeur communicative et qui n’attend qu’une chose, qu’un ange tombe du ciel pour venir éclairer son existence et combler le seul manque qu’il éprouve inconsciemment, pour mettre un peu de piment dans sa vie sympa mais monotone. Et sa solitude devinée va s’illuminer de la plus belle des façons, avec l’arrivée de la magnifique Alabama, call-girl exploitée et ange déchu, dont l’énergie positive dégagée, résonne avec celle de Clarence pour provoquer une alchimie foudroyante et magique. Alabama, c’est une Patricia Arquette plus belle que jamais et qui, rien qu’à son jeu pétillant et rafraîchissant, fait instantanément vibrer la phrase de Clarence dite à son père : « elle a un goût de pêche ». Et c’est d’ailleurs le goût qu’a le film tout entier : un goût de pêche estivale, fondant sur la langue avec délicatesse au doux regard d’une des plus belles histoires d’amour jamais contée au cinéma. On serait presque dans une romance à la Disney, un conte féérique parfait et enchanteur, où un doux prince charmant des temps modernes fait la connaissance d’une belle princesse d’aujourd’hui. Mais ce couple qui ne demande rien à personne, qui souhaite juste pouvoir profiter de leur nouveau bonheur passionné, ne voyait pas son chemin autant entravé par une réalité terrible qui les rattrape. Une réalité faite de violence, de barbarie, et qui va les ballotter entre drame et rage de vivre, de survivre, de surmonter toutes les embûches qui se présenteront face à eux, pour voguer vers ce qu’ils méritent et qu’ils souhaitent plus que tout au monde, leur vie à deux, ensemble, faite d’amour et d’eau fraîche.

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Autour de ce couple génialement aimanté, Tarantino et Tony Scott font graviter une galerie de personnages incroyables et dont la force est d’être tous écrit avec un traitement parfait leur permettant d’être mis en valeur chacun dans des moments d’anthologie où ils dépassent leur simple fonction dans le récit pour aller chercher le mythique, le mystique même, chacun ayant une vraie caractérisation lui offrant une étoffe toute particulière dans un film pas loin du choral. Aucun personnage n’est bâclé, des stars de premier plan aux plus infimes troisième rôles. Tous existent et apportent une dimension culte aux quelques scènes qu’ils ont à vivre. Denis Hopper, pour commencer, confère une vraie dimension tout en subtilité et en force émotionnelle au père de Clarence, fils qu’il ne voit quasiment jamais mais qu’il aime de tout son cœur. Un père touchant et saisissant, qui va vivre les quelques minutes de retrouvailles avec son rejeton « dans la merde », comme un bref chapitre de joie dans une vie que l’on devine morne et routinière. Un passage à l’écran qui va atteindre son paroxysme dans son face à face avec le tétanisant Vincent Cocotti, alias Christopher Walken, un parrain de la mafia notoire avec lequel il va coexister au détour de quelques minutes de joute verbale parmi les plus cultes de l’histoire du cinéma du genre. Et à être dans les méchants, citons Gary Oldman, férocement hallucinant dans un rôle de mac complètement taré, un blanc qui se prétend être noir parce que c’est plus cool, dont la violence explosive jaillit à l’écran pour un pur moment de furie intense. Mais la galerie ne s’arrête pas là. Michael Rapaport trouve là probablement le rôle de sa vie, bien qu’il soit secondaire, dans la peau d’un acteur qui galère et affublé d’un coloc complètement shooté à l’herbe à longueur de journée, vautré dans son canapé tel un mollusque accroché à son rocher : un Brad Pitt exceptionnellement hilarant à chacune de ses brèves apparitions frôlant pourtant le simple rôle de figuration. Et dans le reste de la distribution, citons aussi Bronson Pinchot, brebis terrifiée et broyée par ce milieu du cinéma déversant sur lui son pouvoir écrasant avec un mépris des faibles, broyée aussi par la police qui s’en sert avec cynisme. Et Saul Rubinek en producteur gentil mais camé. Et Tom Sizemore et Chris Penn en duo de flic excités. Et Val Kilmer en Elvis Presley, ange gardien de Clarence lui apparaissant dans ses moments de doute pour le conseiller avec classe. Et James Gandolfini en homme de main brutal. Et Samuel L. Jackson en furtif truand etc…

'True Romance' Movie Stills

Casting 5 étoiles pour film 5 étoiles, True Romance est une sorte de road movie pétaradant aux allures de joyeuse descente aux enfers sur fond de drogue ayant atterri inopinément dans les valises de notre couple à la Roméo et Juliette contemporain. Tout les oppose et pourtant, ensemble, ils forment un duo parfait et indestructible car quelque part, tout les réunit dans le même temps. « Joyeuse descente aux enfers », cette expression contradictoire reflète à elle seule pourtant, walkenl’ambiance si particulière d’un film qui affiche sans cesse une joie exaltante, un positivisme caractérisé par Clarence et Alabama alors que l’enfer se profile et se s’abat autour d’eux. La violence du monde dans lequel ils ont involontairement mis les pieds, tranche avec leur caractère profond, de couple gentil, attendrissant, et pour lequel on ne voudrait souhaiter que du bien, que du bonheur. Mais le destin en a décidé autrement pour eux. Sur un rythme endiablé, ponctué de scènes cultes à la pelle entre le face à face évoqué opposant Walken et Hopper, la scène de furie sanglante entre Alabama et Virgil (James Gandolfini) magnifiant la notion de « rage de vivre ou de survivre », les superbes instants du début du film où on se laisse porter par la relation naissante entre ce couple à la rencontre sublimée, les plongées dans la médiocrité de l’univers de Drexl (Oldman) ou encore le final dantesque, exceptionnel d’imagination dans sa confection et brillant dans sa mise en scène où Tarantino, via Tony Scott, rend un vibrant hommage au ciné d’action hongkongais, True Romance nous conduit droit sur l’autoroute du chef d’œuvre. cliffordParfait de maîtrise technique, parfait de maîtrise scénaristique, parfait dans sa propension à déclencher des scènes d’anthologie, parfait dans son interprétation ou dans les dialogues qu’ils déclament, ce mélange savoureux est tout simplement parfait en tout et pour tout. Un régal pas loin de l’épique, fait d’humour et de drame, d’action et de charme, de verbe et d’émotions, d’amour et de cruauté. La patte tarantinesque (et celle de Roger Avary, non crédité) confère au style percutant et magistral de Tony Scott, une dimension jouissive qui porte True Romance vers l’accomplissement total, nous achevant par la délicieuse mélodie composée par un Hans Zimmer inspiré. On serait tenté d’adouber ce classique par un 20/20 mais ce serait oublier d’y laisser une latitude au cas où les multiples visions pointeraient du doigt quelque chose à y améliorer. Mais on se demande bien quoi. Pas même son dénouement puisque deux fins possibles sont disponibles sur le DVD collector, laissant le choix selon les envies. Un film de légende, qu’il serait criminel d’oublier en pensant aux œuvres emblématiques des années 90.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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