THE INNKEEPERS (critique)

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Carte d’identité :
Nom : The Innkeepers
Parents : Ti West
Livret de famille : Sara Paxton, Pat Healy, Alison Bartlett, Jack Ryan, Kelly McGillis, Lena Dunham…
Date de naissance : 2011
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h40 – 1 millions $

Signes particuliers (+) : Tendu, flippant. Une grande simplicité pour un maximum de terreur rendue. Utilise des codes archi-classiques pour mieux les détourner en s’en moquant. Réussit là où beaucoup échouent. Des personnages attachants. Une ambiance angoissante. Intelligent. Référentiel.

Signes particuliers (-) : On en voudrait plus !

 

SAVEUR À L’ANCIENNE

Résumé : L’hôtel The Yankee Pedlar est sur le point de fermer définitivement ses portes après cent ans d’existence. Il ne reste que quelques locataires et surtout les deux derniers employés, Claire et Luke. Amusés par la réputation des lieux d’être un hôtel hanté, ils décident de profiter du peu d’activité des derniers jours pour creuser la question…

Grand amoureux du cinéma d’horreur d’une certaine époque nostalgique (les fameux eighties) et ayant tout compris aux codes faisant la force du genre, le jeune cinéaste Ti West s’est lancé depuis quelques temps dans un cinéma séduisant pour les amateurs, délaissant les pitreries actuelles consensuelles et formatées à une dynamique MTV recourant à la rapidité et aux sursautements aussi prévisibles que niais aboutissant à des œuvres sans âme et sans style. Par son style rétro revenant aux valeurs de bases ayant fait la force du genre dans les années 80, Ti West s’est taillé une belle petite réputation servant aux fans un cinéma renouant avec une époque bénie, renouant avec des termes comme « ambiance », « terreur » et « atmosphère » en lieu et place « d’efficacité facile » et « d’effets de mise en scène archétypaux ». Avec House of the Devil, le réalisateur frappe une première fois et fait mouche, offrant un vrai film typé années 80 en forme d’hommage ultra-référentiel. Un must convoquant les meilleures bobines de terreur à l’ancienne, prenant son temps pour installer une ambiance flippante qui fait le reste, lente mais solide, épurée mais diablement plus efficace pour faire frissonner un samedi soir chez soi, dans le noir. Face au succès d’estime de son bébé, Ti West récidive avec The Innkeepers, nouveau bijou encore meilleur.

Si ce nouveau méfait se montre plus moderne dans l’approche, ne cherchant pas à se présenter comme une péloche ouvertement rétro, Ti West conserve le meilleur de ce cinéma old school et le mêle à une esthétique et un style plus actuel. En résulte un travail à cheval entre ancien et nouveau, prenant le meilleur de chaque partie pour un superbe travail à la fois hommage et moqueur mais en tout cas à la maîtrise une nouvelle fois parfaite. The Innkeepers débute de façon référentielle, on ne peut le nier. Evoquant Shining de Kubrick, le plus fameux des classiques de la terreur dans un hôtel, le film se plaît à retrouver et à restituer ces ambiances de tension planante, de terreur ambiante jouant sur trois fois rien, sur des plans, des sons quasi anodins mais ayant bien plus d’efficacité que les débordements graphiques actuels. Et au passage, c’est avec dérision que le cinéaste va se fendre d’une petite critique déguisée et amusée du cinéma de genre d’aujourd’hui, ironisant sur les éternels et grotesques (à force d’être usés jusqu’à la corde) effets brutaux de tressautements soudains appuyés d’un gros coup musical ou sur les pseudos bandes horrifiques jouant sur des effets de portes qui claquent (on voit tous de quoi il s’agit). Ti West s’en moque mais paradoxalement, le fait à son tour mais avec intelligence. Sauf qu’avec lui, ça marche ! Car il a tout compris le West : il sait user des effets avec parcimonie, juste au bon moment, sans en faire de trop, sans qu’on ne les sente venir à des kilomètres. Et The Innkeepers de partir sur de bonnes bases avant de construire une intrigue qui va fonctionner à merveille instillant une terreur palpable, apposant une tension de chaque instant tapie dans l’ombre tant on ne sait pas ce que le film nous réserve.

Parfaitement dosé, parfaitement écrit, parfaitement construit, The Innkeepers ménage des moments de répits pour mieux nous faire se recroqueviller sur notre fauteuil dans la minute qui suit par une atmosphère angoissante au possible. Mais surtout, le metteur en scène a compris une autre chose essentielle. Pour que le public ait peur, il doit s’identifier. Et pour s’identifier, il faut des personnages forts, attachants et surtout crédibles, ne servant pas juste de victimes traversant un cauchemar mais dont la psychologie nous ait présentée, détaillée, des personnages étoffés auxquels l’on va s’attacher. Et c’est ainsi qu’entre en piste Claire et Luke, les deux protagonistes principaux de cette pure histoire de terreur. Claire, campée par la belle et délicieuse Sarah Paxton est le boute-en-train du récit. Pimpante, dégageant une bonne humeur extraordinaire sous ses airs de petites blondinettes aux yeux bleus, elle est le genre de petite nana que l’on voudrait tous connaître tant elle est un remonte moral à elle seule, à la joie et la bonne humeur communicative. Face à elle, Luke, personnage plus cynique mais attachant à sa manière sous ses faux airs résignés et ses allures de marginal amusant quand on le connaît. Le duo fonctionne à merveille, se renvoie la balle de façon idéale avec une grande complicité emballante. Restait la touche finale : les lieux. A la manière de House of the Devil et son étrange maison, Ti West place son récit dans un hôtel au charme rétro fou mais presque flippant d’austérité, rappelant l’hôtel rendant fou Jack Nicholson dans le film culte de Kubrick. Quelques personnages additionnels en prime et le tour est joué. Et pour cela, West fait comme les anciennes péloches d’antan rappelant des stars d’un autre temps en fin de carrière. Et son choix se portera sur Kelly McGillis, actrice oubliée et pourtant star des Top Gun, Witness ou des Accusés, que l’on retrouve avec plaisir dans un rôle de vieille dame lucide promenant sa carcasse lunaire dans cet hôtel d’un autre siècle.

The Innkeepers est clairement ce qui se fait de mieux dans le genre à l’heure actuelle. Alternative aux bandes horrifiques cradingues débilitantes ou aux films fondés sur le vide façon Paranormal Activity, ce nouveau cru du petit génie de 31 ans, Ti West, parvient à se hisser encore un cran au-dessus de son précédent House of The Devil. Le réalisateur n’a pas besoin de grand-chose pour faire peur, pour faire paniquer un spectateur qui ne reste pas en retrait mais qui vient participer à cette histoire de fantômes qui ne bascule jamais dans le grotesque via une belle mise en abîme (les deux héros s’intéressent aux fantômes et vont mener l’enquête pour nous en ayant peur… comme nous). Si certains pourront trouver une certaine lenteur, une absence « d’action », les vrais amateurs d’horreur à l’ancienne ne pourront eux que jubiler devant ce must alliant le meilleur des eighties avec le meilleur de l’époque actuelle, retrouvant le plaisir des Poltergeist et autres Shinning, ces films qui savaient doser l’horreur, qui savaient s’installer et qui n’avaient surtout pas besoin de virer dans l’esbroufe pour tétaniser. Paranoïaque, oppressant, drôle (afin de respirer) cette virée sonne des plus simplement réalistes grâce à une atmosphère étrangement crépusculaire (la fin d’une époque, la fin d’un hôtel, l’ennui de ce « faux couple » attendant la fin). Ti West fait simple, pas original, mais Ti West fait mouche une nouvelle fois et fait peur, proposant l’effroi et la panique dans sa plus pure forme sans avoir recours à moult artifices. Ah si tous les films d’horreur pouvaient être du Ti West. The Innkeepers est un régal d’épouvante… Vivement le prochain !

Bande-annonce :

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