TERREUR À L’HÔPITAL CENTRAL de Jean-Claude Lord – critique (thriller/slasher)

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terreur_a_l_hopital_central_affiche-0e395Mondo-mètre :
note 6.5
Carte d’identité :
Nom : Visiting Hours
Père : Jean-Claude Lord
Livret de famille : Michael Ironside (Colt), Lee Grant (Deborah), Linda Purl (Sheila), William Shatner (Gary), Lenore Zann (Lisa), Harvey Atkin (Vinnie), Helen Hugues (Louise), Michael J. Reynolds (Porter)…
Date de naissance : 1981
Majorité au : 30 juin 1982 (en salles)
Nationalité : Canada
Taille : 1h45
Poids : 5,2 millions $

Signes particuliers (+) : Un thriller horrifico-psychologique intéressant, cherchant à sortir de sentiers balisés du slasher type, abordant son sujet en mettant au centre de l’intrigue le portrait de son maniaque déséquilibré. Un fou tranacndé par l’interprétation habité d’un immense Michael Ironside. Plaisant et efficace.

Signes particuliers (-) : A trop vouloir rester au carrefour de plusieurs registres, Terreur à l’hôpital central finit par avoir un peu de mal à se situer. La psychologie de fond reste assez sommairement présentée et le rythme aura gagné à être plus soutenu en taillant dans quelques digressions dispensables.

 

REQUIEM POUR UN FOU

Résumé : Une populaire journaliste de télévision est la cible d’un déséquilibré vindicatif qui la traque avec acharnement après certaines prises de position publiquement exprimées. Blessée, elle est hospitalisée mais rien n’arrêtera le tueur…

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L’INTRO :

Jean-Claude Lord fait partie de ces cinéastes au nom lointainement connu mais dont finalement peu de gens connaissent réellement la filmographie ou ont vu les films qui la remplissent. Ce cinéaste québécois est pourtant derrière quelques pépites renommées comme Parlez-nous d’amour, film considéré comme culte par mal de cinéphiles ou ce Terreur à l’hôpital Central, sorte de slasher psychologique à la bonne petite réputation auprès des amateurs du genre. Sorti en 1982, en plein boom du slasher post-Halloween et Vendredi 13, Terreur à l’hôpital Central, alias Visiting Hours en version originale, a réussi à s’extraire hors des frontières du Canada grâce à son casting juteux peuplé de noms qui, avec le temps, ont gagné des galons d’acteurs incontournables de la pop, geek ou contre-culture, ce qui lui permet de s’inscrire aujourd’hui dans la catégorie des « classiques » d’un genre et d’une époque. D’abord, et surtout, grâce au génial Michael Ironside, ici en tueur psychotique complètement cintré pourchassant une vedette de la télévision en semant la mort sur son passage, mais aussi, grâce à William Shatner (l’incontournable capitaine Kirk) dont le rôle est certes secondaire mais que l’on prend toujours plaisir à retrouver. Complètent la distribution, Lee Grant (illustre comédienne oscarisée qui a débuté avec les plus grands de Wyler à Sturges en passant par Mankiewicz avant d’être une victime du Maccarthisme) et Linda Purl, un jolie brin de comédienne à l’énorme carrière à la télé.

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L’AVIS :

Culte pour les uns, ennuyeux slasher bas de gamme pour les autres, Terreur à l’Hôpital Central est pourtant un film particulier et à plusieurs égards très intéressant. Un pur produit de genre mais lorgnant dans le même temps vers le thriller psychologique, recyclant notamment pas mal de la recette d’un de Palma époque Pulsions, Blow Out ou Body Double. En lieu et place d’un traditionnel boogeyman dézinguant du jeune à tout va dans une intrigue minimaliste laissant essentiellement la part belle aux meurtres gores et fun, Jean-Claude Lord privilégie une autre approche dissonante de la production à la mode de l’époque. Son boogeyman est remplacé par un maniaque déséquilibré auquel il essaie de donner corps et profondeur, ses jeunes et stupides victimes sont évacuées au profit d’une star de télé à l’âge mûr, l’ensemble de ses personnages est doté d’une histoire et ne se résument pas à une « fonction » dans l’histoire et le basiquement fun, postulat de départ de la grande majorité des slashers, est écarté pour faire place à une intrigue plus écrite, plus approfondie, plus proche du thriller, ce qui donne au film une mécanique et un rythme radicalement différents qui pourront dérouter les plus impatients attendant essentiellement un enchaînement de meurtres graphiques.  Enfin, le gore et le sexe sont remplacés par l’ambiance et quelques embardées psychanalytiques (point de cul mais un glissement vers des thématiques comme la frustration ou le machisme presque impuissant).

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Trop grandement mésestimé, Terreur à l’Hôpital Central est pourtant une petite réussite notable dans le registre dans lequel il s’inscrit, essayant de varier les plaisirs de son temps. Haletant si on le voit davantage comme un thriller ou soporifique si on l’aborde comme un pur slasher, c’est dans tous les cas un film qui ne laissera pas indifférent par l’effort auquel il se livre même si celui-ci n’est pas d’une subtilité à toute épreuve. Par ailleurs, Lord n’est pas un fin génie de la mise en scène et ça se ressent au détour de ses nombreux emprunts tant dans la réalisation que dans l’écriture. Son film pioche autant chez De Palma (surtout Pulsions) que dans le mythique Cruising, jette un œil furtif du côté du slasher en traînant des réminiscences d’Halloween 2, Terreur sur la Ligne ou Black Christmas et aligne quelques références à Maniac. Mais voilà, dans sa globalité, il reste un thriller horrifique efficace traversé par quelques séquences fortes préfigurant presque parfois un Maniac Cop signé Lustig quelques années plus tard.

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Les premières louanges seront à adresser en priorité à Michael Ironside, l’atout principal du métrage qui éclipse d’ailleurs l’ensemble de la distribution. D’une part, par son rôle étoffé mais surtout par la qualité de son interprétation qui tranche d’ailleurs pas mal avec le reste du casting entre comédiens très moyens et acteurs cachetonnant. Mutique, il n’aligne que quelques très rares répliques et passe quasiment la totalité du film dans le silence, jouant avec essentiellement avec ses expressions et son regard psychotique ou sa gestuelle et son attitude névrotique. Terrifiant, le comédien se livre à un beau numéro d’acteur qui aurait pu encore davantage gagner en tension et en puissance si le script ne s’égarait de temps à autres dans quelques digressions pas forcément indispensables. Second atout, si le script ne brille pas dans sa finition et ses détails, il réussit quand même à étonner dans certaines situations et coups narratifs brillamment imaginés soulignant la ruse de ce personnage de traqueur acharné vindicatif.

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Terreur à l’Hôpital Central n’est pas un film d’horreur pour amateur de gore craspec voire pour amateur d’horreur tout court tant il s’éloigne de son registre de départ pour développer une histoire misant principalement sur le suspens. On sent d’ailleurs un léger déséquilibre dans les intentions et la situation entredeux du film, explicables par le simple fait que les producteurs de l’affaire ont tenu à rajouter quelques morts au travail de Lord, histoire de pouvoir vendre le film selon les canons en vogue à l’époque dans l’horreur. visiting-hours-ironsideEn gros, ce qui était à la base un thriller horrifique, se retrouve parasiter par des velléités de slasher, ce qui n’était pas du fait du cinéaste et se ressent parfois. Au final, Visiting Hours fonctionne plutôt bien, pas idéalement car il souffre d’une forme de schizophrénie, mais bien. Produit par les financiers du Cronenberg des débuts (d’où probablement Ironside qui avait joué dans Scanners), Terreur à l’Hôpital Central est un film visant un autre public. Moins adolescent et plus adulte, cette série B essaie de formuler de la qualité en lieu et place de la stupidité des produits d’exploitation alors en vogue. Malgré des improbabilités et facilités scénaristiques, malgré une absence de finesse dans l’arc dramatique, cette tentative plus sombre et froide a le mérite d’essayer de s’élever et de proposer quelque-chose au carrefour du thriller intense et psychologique, du slasher et du giallo. Elle se tire parfois une balle dans le pied à trop vouloir concilier assujettissement aux canons à succès et différence affirmée mais le résultat ne manque pas de charme même si sa conduite aurait mérité d’être plus soutenue. L’impression reste globalement positive, surtout si l’on essaie de se focaliser sur l’imbrication des thématiques psychanalytiques glissées (frustration maladive, construction mentale défaillante, traumatisme de l’enfance, basculement dans la folie par un élément déclencheur) avec notamment une semi-critique certes peu délicate, de la frustration de la masculinité virile réduite à la violence pour s’imposer face à la montée du féminisme.

La très imaginative bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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