SUPERCONDRIAQUE de Dany Boon
Critique – en salles (comédie)

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21057533_20131113175943179.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :note 5
Carte d’identité :
Nom : Supercondriaque
Mère : Dany Boon
Livret de famille : Dany Boon (Romain Faubert), Kad Merad (Dimitri Svenka), Alice Pol (Anna), Valérie Bonneton (Isabelle), Judith El Zein (Norah), Jérôme Commandeur (Guillaume), Bruno Lochet (le flic de l’immigration), Jean-Yves Berteloot (Miroslav), Marthe Villalonga (mère de Dimitri), Stéphane De Groodt (l’avocat)…
Date de naissance : 2013
Majorité : 26 février 2014 (en salles)
Nationalité : France
Taille : 1h47 / Poids : 31 millions €

 

Signes particuliers (+) : Grosse machine calibrée pour satisfaire le grand public et les amateurs des pitreries d’un duo Dany Boon/Kad Merad, qui s’affairent à retrouver la recette des classiques d’antan façon De Funès/Bourvil, Supercondriaque témoigne de quelques sursauts comiques éparses qui font mouche, notamment lorsque le film s’adonne au vaudeville loufoque à l’ancienne. Pas désagréable, au mieux on trouvera ça confortable, au pire on sera indifférent. Dans tous les cas, rien de honteux.

Signes particuliers (-) : Étrangement, Dany Boon cerne et reproduit bien tous les ingrédients qui façonnaient les comédies de l’époque Gérard Oury. Et pourtant, l’effet n’est pas le même. Logique de nostalgie absente ? Ressorts comiques désuets en inadéquation avec les codes modernes ? Le cabotinage du tandem vedette, Dany Boon en tête, paraît vite insupportable là où celui de De Funès nous régalait et l’humour reste trop sporadique pour soutenir efficacement l’ensemble.

 

DANS SUPERCONDRIAQUE, IL Y A « DRIAQUE »…

LA CRITIQUE

Résumé : Romain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenska, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le docteur Zvenska pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Flaubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu…334009.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’INTRO :

Attention, le rouleau compresseur du Nord vient ch’timisser dans cette fin de mois de février marquée par les Cérémonies en tout genre, pour rappeler que le cinéma populaire labélisé « tradition française » est toujours là. En l’espace de quelques années, le Dany Boon version acteur-réalisateur a complètement fait oublier le comique pour devenir l’une des figures les plus successfull du cinéma français. Bienvenu chez les Ch’tis a dépassé les 20 millions d’entrées, de quoi faire passer Rien à Déclarer et ses 8 millions de spectateurs pour un échec !  Trois ans et quelques comédies plus tard, le p’tit gars du ch’nord est de retour aux affaires avec Supercondriaque, une comédie débridée visitant l’univers d’un hypocondriaque notoire qui rend la vie impossible à son entourage, à commencer par son médecin traitant et néanmoins ami, campé par le fidèle complice Kad Merad. Derrière ce duo apprécié du grand public, la jeune et fraîche Alice Pol, la moins jeune et moins fraîche mais tout aussi sympathique Valérie Bonneton, et une pléiade de seconds rôles ou caméos allant de Jérôme Commandeur à Bruno Lochet en passant par Jean-Yves Berteloot, Marthe Villalonga, l’excellent Stéphane De Groodt et même l’animateur Arthur, histoire certainement de le remercier d’autant faire la promo de ses films à la télé.158673.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Supercondriaque, nouveau SuperCarton en vue ? Il y a quand même de sacrées chances de voir le public se ruer en masse devant les pitreries du couple Boon/Merad, qui une fois n’est pas coutume investissent le créneau de la grande comédie populaire à l’ancienne. Car c’est ça au fond Supercondriaque, un cinéma de tradition populaire, simple et drôle, exhumé avec la volonté affichée de renouer avec l’esprit des duos classiques d’antan à l’image de l’éternel tandem Bourvil/De Funès. De fait, en décryptant avec attention les codes et les ingrédients qui façonnent ce dernier blockbuster made in France, on se rend bien compte que le cinéaste n’aurait pas pu mieux s’y prendre pour recréer la recette de ces illustres prédécesseurs qui ont marqué la comédie française grand public des années 60-70. C’est bien simple, tout y est dans les intentions. On sent l’esprit et la légèreté d’un humour old school pas loin du boulevard, vrillant vers le film-spectacle mais sans cesse bordé par ses velléités comiques qui suintent de chaque idée cherchant à davantage creuser le sillon d’une situation de départ amusément emberlificotée. Derrière, Boon s’applique à restituer le même type de dynamique narrative, le même type de personnages s’opposant dans des interactions comico-agitées, la même façon de se laisser aller à un gentil surjeu caricatural, la même naïveté de ton et surtout la même simplicité mêlée à une générosité qui, quoiqu’on en dise, est résolument humble. Des intentions louables qui se dégagent d’un travail mineur par le résultat mais majeur par la place qu’il occupe avec son maousse budget dopé à la sur-médiatisation. On pourra peut-être reprocher beaucoup de choses à Dany Boon mais certainement pas celle d’essayer, comme avec ses films précédents.015175.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Et par instants, même d’y arriver. Pour reprendre une formule détournée empruntée à Cédric Klapisch, Supercondriaque c’est « Ni Bon ni Mauvais, bien au contraire ». Concrètement, on ne peut pas dire que c’est inconfortable, pas plus qu’on ne pourra dire que c’est agréable. Le résultat proposé n’est pas tragique mais impossible quand même d’en louer les qualités humoristiques. Supercondriaque, c’est un peu un mélange entre les deux derniers méfaits du cinéaste. L’ambiance sympathico-franchouillarde (à défaut d’être hilarante) de Bienvenu chez les Ch’tis rehaussée par quelques moments cocassement drôles comme en était capable Rien à Déclarer dans sa première demi-heure. On rit (trop) sporadiquement, on regarde sans réel déplaisir le reste du temps, et dans l’ensemble on passe un moment que l’on ne saurait trop comment qualifier sinon de nous laisser dans une certaine forme d’indifférence.  588611.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Le problème de la démarche « boonesque » est d’assumer une filiation avec un certain cinéma sur les traces duquel il marche mais sans retrouver la saveur qui en faisait le succulent cachet. Si la recette est pourtant bien respectée, qu’est-ce qui explique cette fadeur gustative à l’arrivée ? Peut-être le manque d’âme. Ne dit-on pas souvent que la cuisine est affaire de talent mais d’âme aussi ? On a beau penser à De Funès et Bourvil en contemplant les gesticulations de Dany et Kad, il reste toutefois impossible de dire de Boon qu’il est le nouveau Gérard Oury. Car tout reste trop sporadique, les éclats de rire sont trop éphémères, cantonnés à quelques scènes isolées dans un vaste océan de deux heures de large où s’entremêlent poussivité, cabotinage et facilité paresseuse. Le propre d’une comédie de qualité étant le rire bien reparti sur toute sa surface, Supercondriaque lâche la rampe de la réussite et chute. Malgré une dernière demi-heure un cran au-dessus lorsque la trame se décide enfin à faire éclater son meilleur ressort comique en emboîtant quiproquo, romance et action dans une histoire de méprise appelant le vaudeville, l’ensemble reste gentillet mais insuffisant et surtout trop long. Deux heures quand même (1h47), là où sans aucun doute 20 minutes auraient pu être coupées. Peut-être aussi que ce cinéma là est finalement trop commun ou en décalage avec son époque, coincée dans une facture désuète qui n’a plus sa place après que Les Nuls ou Les Inconnus aient réinventé et modernisé l’humour.108041.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

En ressortant, une phrase de Marie-Anne Chazel dans Les Bronzés font du Ski nous est venue en tête. Lorsqu’elle est coincée avec Balasko dans le refuge et que la question de ne pas mourir sans avoir fait une dernière fois l’amour, vient sur la table à l’initiative de Michel Blanc. Chazel évoque une anecdote dans un ascenseur avant de lâcher en pleine figure de notre pauvre Jean-Claude Dusse : « Oui mais attention Jean-Claude, le mec dans l’ascenseur, il me plaisait lui ! ». Supercondriaque et les classiques d’antan, c’est un peu pareil. « Oui mais attention Dany, les films avec De Funès, ils me faisaient rire eux ! ».

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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