SUPER TYPHOON : LA TEMPÊTE DU SIÈCLE (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Chao Qiang Tai Feng
Parents : Xiaoning Feng
Livret de famille : Xiaowei Liu, Xiaoying Song, Gang Wu…
Date de naissance : 2008
Nationalité : Chine
Taille/Poids : 1h30 – 10 millions $

Signes particuliers (+) : Éventuellement, le fait d’avoir essayé au moins.

Signes particuliers (-) : Mielleux, ultra-nationaliste. Script très basique. Long et vide. Un manque de moyens évident et des effets spéciaux bricolés d’une autre époque.

 

TEMPÊTE DANS UN VERRE D’EAU

Résumé : Un typhon à la puissance rare se dirige vers les côtes chinoises. Une ville dirigée par un maire consciencieux, étudie les différentes possibilités de se préparer à l’éventuelle catastrophe…

Les conséquences cinématographiques du tragique tsunami de 2004 en Asie se sont faites attendre mais ont fini par arriver. La peur d’une nouvelle catastrophe dévastatrice et les traumatismes engendrés par la précédente, semblent creuser leur sillon dans les différentes cinématographies locales. Après le Japon et son plutôt honorable Sinking of Japan (2006), après la Corée du Sud et son médiocre Haeundae (2009), après la Thaïlande et son très mauvais 2022 Tsunami, voici venu le tour de la Chine (chronologiquement, c’est pas vraiment ça mais le film nous parvient tardivement) avec Super Typhoon vendu comme « le premier film catastrophe de l’histoire de la Chine ». Pays confirmant sa pleine expansion et explosion, la Chine avait les moyens d’investir des sommes conséquentes pour un blockbuster ambitieux et ultra-spectaculaire. Du moins, c’est ce que l’on pouvait espérer en souhaitant plus voir un film proche de l’apocalyptique œuvre japonaise que des deux nanars coréen et thaïlandais précités. Sauf que le cinéaste Xiaoning Feng se prend royalement les pieds dans le tapis et nous offre… une troisième bouse.

Fort de son succès au box-office du pays des pandas en 2008, Super Typhoon débarque chez en ce début d’année 2012, directement en DVD. Il ne faut cependant pas y avoir un signe, ce genre de blockbuster ne parvenant que très rarement à se frayer un chemin dans nos salles obscures. Mais pour le coup, il faut admettre que les distributeurs ont été inspirés sur ce coup là. Habitué aux méga-productions américaines aux effets spéciaux crédibles et réalistes bien qu’informatisés, le public occidental ne peut dès lors que tiquer devant le triste spectacle proposé par ce Super Typhoon qui pourtant, techniquement, transpire la sincérité et la bonne volonté mais ne peut faire mieux que le qualitativement mauvais. Evitant les effets numériques médiocres des séries B cheap, Super Typhoon tente une approche différente : la reconstitution. Fort d’un budget de près de 50 millions de yuan soit environ 10 millions de dollars, Xiaoning Feng s’acharne à concevoir des maquettes immenses reconstituant des pans entiers de ville avec tout ce qui la compose, maisons, rues, véhicules etc. Sauf… (et bien sûr, il y a forcément un hic caché quelque part) que malgré ses efforts pour le masquer avec une mise en scène efficace, les effets se trahissent vite au point que l’on ne voit plus que cela. Tous les engins ou véhicules projetés par le fameux typhon dévastateur (voitures, camions, bateau, tracteurs) sont autant de majorettes en ferraille. On se croirait presque revenu aux années 60 et d’un comique involontaire, on passerait presque à une forme de tendresse nostalgique pour un ancien cinéma rétro.

Mais si l’on peut pardonner cette technique hésitante, Feng ayant eu au moins la décence de nous proposer une alternative au numérique parfois affreux et bon marché, il est en revanche bien plus difficile de pardonner le reste du métrage. Si l’on taxe souvent Michael Bay de publicitaire pour l’armée américaine, si l’on attaque souvent Emmerich pour ses envolées nationalistes clichées, alors que dire du film de Xiaoning Feng ?! Pur film de propagande communiste glorifiant les valeurs du régime et du peuple chinois, Super Typhoon perd toute crédibilité au fil de ses scènes toutes plus ridicules et comiques les unes que les autres tant elles n’ont pour but que de soutenir un discours publicitaire n’ayant rien de cinématographique. Portant aux nues la solidarité chinoise, le sens du devoir et du sacrifice des faibles comme des puissants dans un élan commun de partage et de soutien national, le film n’a aucun recul et semble avoir été entièrement écrit par le bureau du parti ou par le comité de censure cinématographique ! S’ensuivent des scènes tragi-comiques involontaires suivant ce maire courageux n’hésitant pas à aller sauver lui-même la population quand personne n’ose y aller, au péril de sa vie car… « pourquoi sa vie serait plus importante que celle des autres ? ».

Bref, on l’aura tous compris, Super Typhoon n’est pas un film mais seulement un cruel retour en arrière pour le cinéma chinois, un retour aux années maoïstes où fleurissaient des productions entièrement dévouées à glorifier le régime. Véhiculant un discours aussi lourdingue que stupide tant le trait est exagéré, l’œuvre proposée perd alors tout intérêt. D’autant que la structure narrative employée laisse songeur. Comme la grande majorité des films du genre, l’exposition est longue et s’étend ici sur environ 55 minutes. Sauf que contrairement à la majorité des productions spectaculaires ricaines par exemple, il ne s’y passe concrètement pas grand-chose, même pas de petites alertes avant-coureuses faisant office de teaser avant le grand moment de bravoure. Seulement de la parlotte pour se décider sur la question d’évacuer la ville ou pas. Et bien sûr, l’occasion d’entamer cette parabole peu fine sur le sérieux d’un régime plaçant la population avant toute question pécuniaire. Le plus étonnant vient ensuite. Passé le grand moment catastrophe tant attendu, durant une bonne quinzaine de minutes et laissant quelque peu sur notre faim par son manque de diversité visuelle (essentiellement des vagues d’eau déferlantes et une explosion d’un camion citerne), vient l’après. Et la grande question. Nous en sommes à 1h10 de film. Comment remplir le temps restant ? Et Feng d’opter pour le vide le plus abyssal puisqu’il ne se passera concrètement plus rien pendant les dizaines de minutes restantes.

Plombé par une BO insupportable d’omniprésence surlignant chaque faits et gestes et surtout complètement pompée sur des thèmes américains célèbres (du Seigneur des Anneaux à Un Eté 42 avec un soupçon de Braveheart), puis par ses mauvais comédiens jouant un scénario mal écrit et mal ficelé, coulé définitivement par son discours tellement appuyé qu’il passe finalement au premier plan, Super Typhoon est un bel échec manquant le coche du métrage ambitieux qui aurait pu permettre à la Chine de s’illustrer dans un autre domaine que le traditionnel film épique médiéval, genre pour l’instant le plus maîtrisé dans l’Empire du Milieu.

Bande-annonce :

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