STONEWALL de Roland Emmerich : la critique du film
Sortie DVD

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Carte d’identité :
Nom : Stonewall
Père : Roland Emmerich
Date de naissance : 2015
Majorité : 19 mai 2016
Type : Sortie en DVD
Nationalité : USA
Taille : 2h09 / Poids : NC
Genre
: Drame, Historique

 

Livret de famille : Jeremy Irvine, Jonny Beauchamp, Vladimir Alexis, Caleb Landry Jones, Jonathan Rhys-Meyers, Ron Perlman, Karl Glusman…

Signes particuliers : Loin d’être aussi honteux que la presse américaine a pu le dire.

ROLAND EMMERICH RACONTE LA LUTTE LGBT

LA CRITIQUE DE STONEWALL

Résumé : Inspirés des faits survenus dans le bar Stonewall, à Greenwich Village, le 28 juin 1969 : un raid de police a été organisé dans ce bar déténu par la mafia, dans lequel la communauté LGBT se retrouvait. Ce lieu est devenu important dans les combats menés par la communauté homosexuelle…

Après avoir enchaîné les superproductions épiques traditionnellement démontées par la critique pendant des années, Roland Emmerich a fini par éprouver un désir d’autre chose, une envie d’alternance, de diriger des projets plus personnels. En 2011, le père d‘Independence Day faisait une première infidélité au blockbuster avec Anonymous, thriller en costumes loin de son univers habituellement marqué par les destructions massives ultra-spectaculaires. En 2015, coincé entre son actioner White House Down et son gargantuesque 2012, Emmerich s’offrait une nouvelle incursion dans le drame historique à budget réduit avec Stonewall, petite production courage, revenant sur les célèbres événements qui ont secoué Greenwich Village en juin 1969. Cet été là, le mouvement gay allait naître de son malheur. Alors que les homosexuels étaient mis au banc de la Communauté, persécutés par une société qui niait jusqu’à leurs droits les plus fondamentaux, la Christopher Street, une rue emblématique du quartier de Manhattan, allait connaître une vague d’émeutes qui mèneraient à la naissance de la lutte pour la cause gay. Ce fut là, dans ces bas-fonds hauts en couleurs où s’entassaient homos, lesbiennes, drags, bisexuels et transgenres, que le « Gay Power » allait vivre sa première percée, que le mouvement LGBT allait trouver ses origines. Avec Stonewall, Roland Emmerich, lui-même cinéaste homosexuel connu pour son militantisme à Hollywood, quitte le divertissement grand public, pour narrer l’histoire de cet épisode à l’origine d’une transformation sociétale majeure. Ou plutôt, pour narrer une histoire confectionnée autour de cette toile de fond.

Avec Stonewall, Roland Emmerich surprend… à moitié. Il surprend parce qu’il évacue tout sens du spectaculaire, et on n’a pas forcément l’habitude de voir le germano-ricain niché dans ce créneau là. Quoique ceux qui ont eu l’occasion de voir son tout premier long-métrage (Le Principe de l’Arche de Noé) savent qu’il est capable d’autre chose que de faire exploser la planète toute entière. Avec Stonewall, on sent surtout que Roland Emmerich s’intéresse à un sujet qui lui tient à cœur, qu’il a envie de défendre une cause, un propos, de raconter quelque chose de fort qui le touche personnellement, comme tout membre de la communauté LGBT un brin soucieux de parcourir son histoire. Respectueux de l’importance de son matériau, Emmerich ne voulait pas faire n’importe quoi et il va s’appliquer à ne pas le faire. Mais entre réussite et échec, Stonewall va malheureusement vaciller. Emmerich avait beau être légitime à l’égard du sujet, il est toujours difficile de tourner le dos à sa vraie nature, et celle du cinéaste incarne une rhétorique pensée pour le grand public. Précédé d’une réputation désastreuse après avoir été littéralement laminé par la critique américaine, alors qu’il avait déjà dû faire face à une pseudo-polémique dispensable, Stonewall a été un échec retentissant. Au point de voir son exploitation internationale réduite à peau de chagrin. En France, le film est toujours inédit. La cabale à son encontre fut d’ailleurs si violente, que l’on ne pouvait que s’attendre au pire. Étonnement, les premières minutes ne témoignent pas de l’atrocité annoncée. Et celles qui suivront, non plus.

En s’attachant au parcours d’un jeune adulte qui va faire l’expérience de la difficulté d’être gay dans une petite ville du Wisconsin des années 60, rejeté et mis à la porte du domicile familial par son paternel rigoriste, débarquant ainsi seul et sans le sous à New-York, Roland Emmerich nous entraîne en douceur dans un monde marginal, fantasque, tragique, chaleureux, dur et fantaisiste, où la joie de vivre côtoie la douleur d’un quotidien amer voire horrifiant, entre désoeuvrement, misère et lynchage policier. Si Emmerich fait le choix d’un héros assez lisse et propre sur lui, c’est pour permettre à son Stonewall d’être accessible au plus grand nombre au lieu de s’adresser à une niche en ne faisant aucune concession. Beaucoup lui ont reproché le manque de radicalité de son récit initiatique (le personnage principal a tout du bel hétéro découvrant le monde homosexuel) mais l’attaque paraît injuste. Emmerich y va certes avec des gants, mais c’est pour mieux accompagner le spectateur lambda dans la pénétration d’un monde qu’il va ensuite dépeindre avec une certaine justesse et authenticité. Entre deux clichés pardonnables, la galerie de personnages secondaires de Stonewall sera plus haute en couleurs et finalement, si l’on devait vraiment reprocher quelque-chose au film, ce serait plutôt l’interprétation de l’acteur Jeremy Irvine, jeune premier vu dans le War Horse de Spielberg, aussi bon comédien que les One Direction sont artistes-chanteurs.

Pendant deux bons tiers, Roland Emmerich parvient à nous intéresser à ce qu’il raconte pour de nombreuses raisons. Parce que ses personnages sont attachants (bien qu’un peu trop schématiques), parce que dureté du contexte et légèreté d’un univers au fantasque sublimé se marient bien dans l’histoire, parce que la trajectoire dramatique de ce jeune garçon rejeté par son père et persona non grata dans sa ville, est finalement symbolique du drame de nombreux gays à travers le monde qui n’osent exprimer leur condition par peur des conséquences. Pendant deux bons tiers, Emmerich entremêle surtout avec adresse, petite et grande Histoire, se montrant soucieux des détails historiques et de la sincérité du portrait brossé de ce Greenwich Village de l’époque. Seul reproche, cette tendance très emmerichienne à demeurer trop lisse, à verser dans le démonstratif, à jouer avec des ressorts orchestrant une mécanique très classique. On n’attendait pas du Gus van Sant ou du Larry Clarke mais peut être un peu d’audace face à un tel sujet.

Et puis vient le dernier tiers, les émeutes de Stonewall. Et là, Emmerich se gamelle comme un enfant auquel on viendrait de retirer les petites roues de son vélo. Alors que le film en arrive enfin à ce que vendait son titre (devenu finalement plus une toile de fond que le vrai sujet du récit), Emmerich expédie ce qu’il avait de plus intéressant à raconter en seulement quelques minutes, tombant dans le résumé anecdotique, tordant au passage le cou à la réalité. Les émeutes de Stonewall ont duré plus de cinq jours. Chez Emmerich, elles s’étendent sur une nuit. Si le cinéaste garde les passages emblématiques (la descente de police, le bar attaqué, le pavé lancé dans la vitre, le feu, les affrontements), il condense, trahit un peu, et ne rend fidèlement cette semaine de lutte cruciale. Quand on appelle son film Stonewall, comment peut-on passer à côté du plus important et faire à ce point l’impasse sur le déroulé des événements ? On pourra toujours arguer que là n’était pas le coeur du film d’Emmerich mais bien malgré lui, c’était le moment le plus attendu, et le cinéaste l’aura dénié à ses spectateurs, préférant verser dans le drama à la saveur aléatoire, plutôt que de nous plonger dans la fièvre d’un tournant historique capital. Dommage.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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