SAVAGES (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Savages
Parents : Oliver Stone
Livret de famille : Taylor Kitsch (Chon), Aaron Taylor-Johnson (Ben), Blake Lively (O), Benicio Del Toro (Lado), John Travolta (Dennis), Salma Hayek (Elena), Emile Hirsch (Spin)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h10 – 45 millions $

Signes particuliers (+) : Malgré sa fin, un polar de haute volée. Stone est de retour avec un thriller sec, brutal, rageur et sauvage ! D’excellents comédiens dont un B. Del Toro énorme.

Signes particuliers (-) : Un fin conceptuelle à l’idée terriblement stupide et quelques effets stylistiques superflus.

 
 

OLIVER EST STONE !

Résumé : Ben et Chon sont deux amis d’enfance aux trajectoires très différentes mais qui se sont rejointes aujourd’hui. Le premier a été diplômé en botanique et est passé maître en son domaine, le second est un ancien GI’s qui a combattu en Afghanistan. Ensemble, ils cultivent le meilleur cannabis du monde, chez eux, dans leur paradis californien. Ben est à la création, Chon règle les éventuels « problèmes » avec les clients. Un business juteux et légal qui plus est, puisqu’ils le fabriquent sous couvert de la production à des fins thérapeutiques ! Bien entendu, cela ne les empêche pas d’en dealer un peu sous le manteau, avec la complicité de Dennis, un agent fédéral des stups ripoux. Tout roule pour eux et pour O, leur petite-amie qu’ils aiment profondément et qu’ils partagent dans un ménage à trois heureux. Tout roule jusqu’au jour où leur entreprise fait des envieux. Contacté par un puissant cartel mexicain désireux de s’associer à eux, Ben et Chon refusent, ce qui a le don de contrarier l’impitoyable Elena qui fera kidnappé O. pour leur forcer la main…

On pensait le cinéma d’Oliver Stone mort à jamais, comme celui de plusieurs de ses confrères d’une génération sur le déclin… Il était seulement en jachère. Ou comment le laisser reposer, à l’abandon, dans un néant informe pourrissant, pour mieux le faire revivre et renaître de ses cendres dans la sueur et le sang. Forgé dans la hargne, la peur et la violence et nourri à l’alcool, à la dope et à la furie déchaînée et passionnée, Savages est l’impressionnant retour coup-de-poing d’un cinéaste auquel on ne croyait plus guère. Malgré son pas trop mal W. : L’Improbable Président,  le cinéma d’Oliver Stone n’avait plus grand-chose à voir avec ses grandes heures passées. Alexandre ne convainquait pas des masses, World Trade Center était une purge propagandiste insupportable, Wall Street 2 sonnait comme un effet de bouche-à-bouche d’un metteur en scène essayant de réanimer son cinéma d’il y a vingt ans pour revenir sur le devant de la scène. On était quand même bien loin des Tueurs Nés, U-Turn et autre L’Enfer du Dimanche et encore plus loin du cinéma engagé de ses débuts, entre les JFK, Nixon, Platoon ou Salvador. Et voilà qu’en cette rentrée 2012, dans une conjoncture globale où l’on remarque le retour d’un cinéma américain plus racé, plus violent, plus teigneux et rageux (voir le Killer Joe de Friedkin ou le Des Hommes sans Loi d’Hillcoat en attendant le prochain Cogan : Killing Them Softly d’Andrew Dominik) Oliver Stone fait un retour fracassant sur le devant de la scène avec un film très attendu, à la distribution galactique, s’annonçant comme une fresque romantique archi-violente sur fond de narcotrafic tentaculaire et implacable.

Le cinéaste réunit un casting en effet royal, associant la crème d’une nouvelle génération à des anciens old school toujours aussi charismatiques, les convoquant à une valse meurtrière et impitoyable au son de l’éternelle lutte entre le bien et le mal. D’un côté, Taylor Kitsch (qui trouve enfin un premier vrai bon rôle au cinéma depuis qu’il s’est révélé dans la série Friday Night Lights) et Aaron Taylor-Johnson (Kick-Ass, Nowhere Boy, Ch@troom) forment le duo Ben et Chon, avec au centre de leur vie, la belle O. interprétée par une Blake Lively qui n’aura jamais été aussi sexy et attrayante. Face à eux, se dresse une armée dirigée de main de maître par la cruelle Elana (une Salma Hayek vieillissante mais ressuscitée) et emmenée par le monstrueux Lado (le toujours excellent Benecio Del Toro). Dans ce bal ouvert, gravitent enfin Dennis, agent des stups ripoux campé par un John Travolta qui, quoi qu’en en pense ou dise, apporte toujours une petite touche de charisme qu’il doit essentiellement à son retour made in Tarantino via Pulp Fiction et Emile Hirsch (révélé par Into The Wild) en hacker sympathique.

Nerveux, violent, sans concession, Savages pourrait être une sorte de croisement né de la fusion d’un Scarface et d’un Traffic. Oliver Stone revient à son cinéma des années 90, celui de Tueurs Nés notamment mais aussi celui de U-Turn. La violence s’associe à une stylisation permanente de l’image afin d’envouter le spectateur, de le plonger avec douceur et grâce dans une aventure romantique qui va prendre une tournure tragiquement démente et méchante, un peu à la façon de True Romance ou de Tueurs Nés. Le trio Blake Lively-Taylor Kitsch-Aaron Taylor-Johnson forme un ménage à trois heureux bien qu’ayant les pieds dans un business aussi florissant que légal (plus ou moins) mais aussi que risqué et dangereux attirant les abeilles comme les miels. Sauf que ces abeilles là, ont plus des allures de taons. Dangereux, venimeux, les bestioles qui viennent frapper à la porte des trois amoureux vont bouleverser leur vie, leur équilibre et faire naître d’une grande histoire d’amour, une plongée hallucinante dans la violence extrême. Et derrière tout ça, la thématique de la lutte entre le bien et le mal en permanence qui se dessine des personnages à l’histoire. Qui sont les « sauvages » du titre ? Pour chacun des deux camps, c’est résolument l’autre. Au final, c’est un peu tout le monde. Alors que Ben apparaît comme un ange pur, doux et bon, et que Chon est un démon brut, mal apprivoisé et rude, O. est comme une Eve dans son paradis terrestre, une belle nymphette au centre de ces deux hommes qui à eux deux, représentent toutes les facettes de l’homme complet qui n’existe pas, chacun ayant en lui ce que l’autre manque et vice-versa. Mais quand le drame va venir, quand les moments de vérités vont se présenter, chacun va devoir changer en profondeur, remettre en question ses convictions. Et Oliver Stone de s’attacher à la trajectoire changeante de ses personnages pris dans une tempête puissante entre le Bien, le Mal, aussi bien à l’intérieur d’eux-mêmes que frontalement face à eux. Le très bon script sur lequel est bâti Savages, adapté du roman éponyme de Don Winslow par ce dernier et Oliver Stone, laisse une grande place à l’étude des caractères et des personnalités de chacun des protagonistes, tous complexes, avec leurs failles et leurs forces.

On n’avait pas vu le metteur en scène de Né un 04 Juillet et de Wall Street aussi en forme depuis un bon moment. Avec Savages, il livre une plongée hallucinée dans un milieu sans pitié, sans sentiments, où la naïveté est une faiblesse vite croquée par la déshumanisation des puissants. Si ce nouveau film ne dit pas grand-chose sur le fond, hormis un éventuel discours que l’on peut voir comme, soit anti-drogue et dont on se fiche un peu (elle mène les protagonistes au pire finalement), soit légèrement irrévérencieux dans la critique de la lutte contre un système accepté de tous sauf des autorités en prise avec la réalité actuelle, entrant ainsi dans la deuxième catégorie du cinéma d’Oliver Stone, celle d’un cinéma de spectacle outrancier orienté série B à l’ancienne par opposition à son cinéma engagé, celle illustrée par les années 90 par opposition aux années 80, il n’en est pas moins que la réussite est là et l’uppercut efficace et savoureux. Il passe même pas loin de la claque magistrale qui aurait pu s’imposer comme l’une des meilleures réussites de cette année 2012. Mais Savages n’est pas parfait. En cause, quelques effets stylistiques superflus déjà vus dans Tueurs Nés (passage du noir et blanc à la couleur rappelant une esthétique de pub à la Giorgio Armani ou Dior) et une fin qui laisse à désirer et qui aurait presque pu tout gâcher si le film n’était pas aussi bon dans son ensemble. En voulant surprendre le public à tout prix au lieu de se concentrer sur la solidité et la cohérence de son récit, Oliver Stone a une bien mauvaise idée qui sonne l’esbroufe et le faux, mais qui surtout tranche avec le reste du film dans lequel elle s’insère mal et paraissant bien artificiellement construite. Mais cette fausse note dissonante n’anéantit heureusement pas à elle seule, l’excellent travail fournit deux heures durant avant, proposant un face à face tendu entre deux naïfs qui sortent les crocs devant la cruauté des plus dangereux de ce monde qui s’en prennent à eux comme une araignée lancée sur sa frêle proie. Et même si le film essaie de ruser avec roublardise pour nous mener un peu en bateau (la tirade d’ouverture sur le final où tout est possible), Savages a au moins pour lui d’être honnête dans son titre : ce thriller dramatique sulfureux et craspec, cocktail d’action nerveuse, d’humour, d’érotisme et de violence, est bel et bien d’une sauvagerie sacrément… sauvage !

Bande-annonce :

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