JASON BOURNE : L’HÉRITAGE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Bourne Legacy
Parents : Tony Gilroy
Livret de famille : Jeremy Renner (Aaron Cross), Rachel Weisz (Martha Shearing), Edward Norton (Byer), Scott Glenn (Kramer), Stacy Keach (Turso), Albert Finney (Hirsh), Donna Murphy (Dita), Zeljko Ivanek (Foite)…
Date de naissance : 2012 / Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h15 – 125 millions $

Signes particuliers (+) : Un nouvel élan relançant la franchise avec efficacité dans son alliage de virilité et de technologie avancée. Renner y est charismatique. Sec et brutal.

Signes particuliers (-) : Une scène de course-poursuite finale longue et totalement à côté de la plaque, gâchant un peu le plaisir.

 

A FAIRE PASSER JASON POUR UNE BURNE

Résumé : Les péripéties de l’ex-agent Jason Bourne, poursuivi par toutes les forces à la disposition du gouvernement, ont fichu une sacrée pagaille en hauts lieux. Son enquête sur qui il est, et à quoi il appartient, lui a permis de lever le voile et d’entrevoir ce que le gouvernement souhaitait pardessus tout garder secret : le programme Treadstone. Par peur de l’épanchement dans la Presse, il décide d’y mettre un terme et d’enterrer le tout, y compris le programme Outcome, son digne successeur, visant à former des sur-agents. Première étape, éliminer les traces à commencer par ces derniers. Mais l’agent Aaron Cross va en réchapper…

Les Gilroy de l’info embrayent, passent la deuxième et se lancent à l’attaque. Alors que la franchise Jason Bourne en était restée sur une trilogie de qualité et cohérente, où tout a été dit et qui se suffisait à elle-même, pour l’heure encore épargnée par le « film de trop », les studios producteurs ne pouvaient décemment pas laisser filer une telle manne financière. En trois films, la saga n’a fait que systématiquement décuplé ses recettes, atteignant un juteux 450 millions de dollars dans le monde pour le troisième volet ! Intelligemment, la Universal cherchera alors une solution pour poursuivre l’aventure tout en lui insufflant un nouveau souffle. Et la première bonne décision sera de confier le projet au scénariste Tony Gilroy, auteur des scripts des trois précédents opus, dès lors que le cinéaste Paul Greengrass et l’acteur Matt Damon déclareront à l’unisson forfait au début du processus de production. Gilroy a fait ses preuves en tant que scénariste et même que réalisateur même si son Michael Clayton avec George Clooney avait un petit quelque chose de soporifique que l’on espérait ne pas retrouver dans ce quatrième Jason Bourne. En revanche, l’idée de savoir qu’un cinéaste sachant écrire des scènes efficaces et tourner des films moins « survitaminés » que ceux à la mode hollywoodienne actuelle, est aux commandes, semble plutôt être un gage rassurant.

En famille, Tony Gilroy écrira le script de ce nouvel opus (annonciateur d’une nouvelle franchise) avec son frère Dan Gilroy (alors que le troisième de la fratrie, John se chargera du montage). La mission est de taille : trouver un moyen de relancer la saga sans pour autant s’inscrire dans la tradition du reboot faisant table rase du passé et reniant ce qui a été fait, comme c’est souvent le cas ces derniers temps (voir le cas Spiderman pour n’en citer qu’un). Et pour le coup, on peut tirer notre chapeau aux deux frangins qui pondent un script à la fois malin, brillant et intelligent, respectueux de la franchise tout en lui insufflant de la nouveauté pour un redémarrage inspiré. Exit Jason Bourne, du moins physiquement, puisque dans le texte, son nom reste très présent, revenant sans arrêt dans les conversations, permettant ainsi de faire un lien clair et compréhensible avec les volets précédents en rattachant ce nouveau film aux autres comme une wagon à une locomotive. Dix ans séparent le tout premier The Bourne Identity et ce The Bourne Legacy qui, comme son nom l’indique, s’impose comme l’héritage d’une franchise, à la fois close et toujours ouverte, vivant encore au travers de cette nouvelle aventure qui commence.

Les Gilroy s’affairent à écrire une histoire duelle, qui permet à la fois aux fans d’explorer des sentiers qui prennent source dans la série Jason Bourne en retrouvant l’univers qu’ils aiment, tout en s’ouvrant à un public de néophytes éventuellement nouveau sur la question et ignorant des précédents films. Le pari était difficile et il est brillamment relevé. Ironiquement au vu du titre, Jason Bourne est finalement le grand absent de The Bourne Legacy qui accueille en lieu et place, le nouveau venu Aaron Cross. Matt Damon cède sa place au nouveau chouchou d’Hollywood, l’excellent Jeremy Renner qui prend la relève des aventures musclées d’un agent devant échappé au gouvernement tout en enquêtant pour essayer de comprendre de quoi il en retourne autour de lui. Le passage de témoin est fait en grande intelligence par Gilroy. Alors que Bourne a soulevé un voile censé rester fermé à jamais, l’héritage de ses investigations pour comprendre ce qui se tramait autour de sa personne, a laissé un sacré foutoir que le Gouvernement s’empresse d’essayer d’étouffer pour éviter que cela ne devienne public. A commencer par l’abandon et l’enterrement en urgence du mystérieux programme Outcome, né dans la lignée programme Treadstone auquel appartenait Jason Bourne. Outcome, qui ambitionnait de former des agents extrêmement performants, légèrement modifiés après quelques manipulations génétiques médicamenteuses, fruits d’expériences et de recherches de pointe par des pontes de la science, capables d’accomplir seuls des missions périlleuses. Aaron Cross était l’un d’eux. Mais face à la panique causée par le bazar sans nom fichu par ce diable de Bourne, le Gouvernement s’affaire à vite liquider ces agents et tous les participants au programme de sorte à ce que plus rien ne puisse filtrer ou être découvert. Et nous voilà reparti de la même manière. Aaron Cross va être le nouvel agent poursuivi par les sbires du Gouvernement et qui va devoir redoubler d’ingéniosité pour s’en sortir tout en essayant d’enquêter pour comprendre le pourquoi de cet inversement des pôles au-dessus de sa tête.

Nouvelle histoire, nouveau casting. Outre Gilroy qui remplace Greengrass, devant la caméra, la franchise Jason Bourne semble attirer du beau monde puisque le film va être étoffé par une distribution franchement dantesque. Bien sûr, le premier à courtiser tous les regards, c’est bien Jeremy Renner qui va endosser sur ses épaules le poids de ce nouveau départ. Lui que beaucoup aurait bien vu comme un James Bond parfait, va prêter sa stature maousse-baraquée et son charisme magnétique au personnage d’Aaron Cross. Ce qui est bien avec Renner, c’est qu’il n’a rien du jeune premier beau-gosse, du héros lisse au physique propret. Bien au contraire. Tout en virilité pure, tout en animalité primaire, l’acteur va composer un Aaron Cross à la fois bête traquée et presque apeurée et machine de guerre destructrice et mortelle à l’impact impressionnant, comme si James Bond version Daniel Craig rencontrait la totalité des gueules burinées des Expandables. Autour de lui, que des noms et pas des moindres. La mignonne Rachel Weisz campe une séduisante scientifique embarquée malgré elle dans cette traque internationale, Edward Norton, un glacial Colonel impitoyable chargé du programme, Scott Glenn et Stacy Keach de hauts dignitaires du Gouvernement, Oscar Isaac, un autre agent du programme et l’on a même droit à Albert Finney en scientifique et l’incontournable Zeljko Ivanek (photo ci contre), acteur que l’on voit tout le temps, partout, dont on connaît tous la tête sans jamais en retenir le nom, qui se glisse dans la peau d’un scientifique à la trajectoire imprévisible.

Lancée à pleine vapeur vers le succès, cette nouvelle locomotive flambante neuve issue de récits de Jason Bourne fonctionne à merveille et sans accrocs. The Bourne Legacy est même pas loin d’être l’un des meilleurs de la série ! Tony Gilroy entremêle un alliage de muscles qui dépote dans des séquences d’action brutales et dynamiques et une grâce technique magistrale par une réalisation enlevée, tout en légèreté et jamais statique (comme le héros qu’elle filme), épousant avec magie les mouvements de ses personnages dans le cadre. En alternant temps forts et temps de répit avec une grande maîtrise, Gilroy livre plus qu’un film d’action, il élève The Bourne Legacy au rang de drame impacté à des aventures qui déménagent. Complexe, son intrigue est suffisamment bien ficelée pour être suivie sans difficulté mais sans non plus prendre le spectateur pour plus bête qu’il ne l’est alors que le personnage d’Aaron Cross a droit à une écriture passionnante, le rendant à la fois attachant dans ses faiblesses et terrifiant dans sa violence animale brute et douloureuse pour quiconque se dresse sur sa route.

On n’avait pas eu droit à pareil film d’action depuis un petit moment. A l’heure où James Bond reste sur un échec artistique (le pas bon Quantum of Solace) et où le dernier Mission : Impossible alternait le meilleur comme le pire, le retour de la traque gouvernementale sur un homme pris comme proie via Jason Bourne fait du bien. Efficace, solide, généreux sans jamais trop tomber dans le too much insipide et fade, et bien entendu divertissant, The Bourne Legacy est un must que l’on apprécie et qui fait du bien par où il passe. Et malgré quelques petites imperfections comme une séquence de course-poursuite à moto pas très lisible et surdécoupée et un démarrage un peu tortueux pour ceux qui auraient raté le début de la franchise, ce nouvel opus parvient à construire sa propre identité sans toutefois s’affranchir de l’esprit de la série à laquelle il se rattache avec intelligence. The Bourne Legacy ou un bon spin-off cinématographique remarquablement emballé, jonglant dans son montage entre plusieurs points de vue qui vont finir par trouver une ligne narrative commune avec perte et fracas. Un bon moment de détente seulement abîmé par ses quelques excès.

Bande-annonce :

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