REVENGE (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Haevnen
Parents : Susanne Bier
Livret de famille : Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Markus Rygaard, William Jøhnk Nielsen…
Date de naissance : 2010
Nationalité : Danemark, Suède
Taille/Poids : 1h58 – 5,5 millions $.

Signes particuliers (+) : Ambitieux. Un drame existentiel intense et puissant, chaleureux et terrifiant. Une grande subtilité et sensibilité psychologique.

Signes particuliers (-) : Une mise en scène parfois un peu trop appuyée. Quelques maladresses empreintes de facilité. Un scénario qui s’égare par moments.

 

JEUX D’ENFANTS

Résumé : Christian est un enfant perturbé. Sa mère vient de mourir d’un cancer, il vient de déménager avec son père auprès de sa grand-mère au Danemark. Il fait la connaissance à l’école d’Elias, tête de turc de l’établissement, sans cesse raillé par ses camarades. Les deux jeunes garçons développent une amitié fondée sur les bases de la vengeance…

Le Danemark a toujours eu une culture solidement ancrée dans le Septième Art. L’aventure avait commencé il y a très longtemps avec Carl Theodor Dreyer et même si elle a connu un long passage à vide, elle fut ravivée bien des années plus tard par le déjanté Lars Von Trier, habitué des manifestations et des Prix divers, qui lui aura de nouveau offert une place sur le devant de la scène internationale pour ne plus la quitter. Depuis, le Dogme, Thomas Vinterberg, Lukas Moodysson, Bille August, Anders Thomas Jensen ou plus récemment l’explosion de Nicolas Winding Refn. Parmi ces auteurs remarqués, figure la réalisatrice Susanne Bier. Son Brothers en 2006 glane un grand nombre de récompenses et fera l’objet d’un remake américain par Jim Sheridan, After The Wedding, l’année suivante, est nommé à l’Oscar du meilleur film étranger et Nos Souvenirs Brûlés, en 2008, bénéficie de la présence de Sam Mendes à la production. Mais pour cette cinéaste qui œuvre dans le milieu depuis presque 20 ans, la réelle consécration viendra en 2010 avec Revenge, tragique récit d’une amitié enfantine, qui raflera le Golden Globes et l’Oscar du meilleur film étranger.

Revenge est l’histoire d’une mauvaise rencontre chimique. En science, certains mélanges de produits donnent lieu à des découvertes, à des réactions fascinantes à étudier. A l’opposé, certains produits ne font pas bon ménage et leur mariage produisent des effets aussi inattendus que catastrophique. Il en va de même pour certains rencontres humaines que le hasard place sur notre route. C’est le cas de la rencontre entre Christian et Elias, deux jeunes enfants tout deux en proie à des troubles personnels pour des raisons bien différentes. Christian est meurtri par la mort de sa mère, récemment décédée d’un cancer. L’enfant a du mal à faire son deuil, intériorise, décharge parfois son ressentiment sur un père dépassé et paumé devant une situation épouvantable à gérer avec un enfant. De son côté, Elias a deux parents aimants mais en pleine séparation. A côté de cela, il est la tête de turc de ses camarades d’école et notamment d’une bande de vauriens dirigée par Sofus, brute épaisse turbulente, malicieuse et infect.Le hasard va les placer sur la même route. L’un a eu profonde colère et haine intérieure sans raison ou exutoire pour l’exprimer, l’autre, renferme une grande frustration associée à une terrible tristesse et solitude, causée par les brimades et humiliations incessantes. Ensemble, ils sont un explosif latent complet s’apportant mutuellement ce que l’autre n’a pas ou manque. Tissant une amitié forte, les deux jeunes gamins vont alors glisser vers de sombres actes aux conséquences douloureuses et tragiques. Entraîné par Christian, Elias va trouver en lui le moteur déclenchant à ses désirs intériorisés de réaction envers l’hostilité. Mais plus important, il va surtout trouver pour la première fois, une épaule, un allié, un soutien. Au-delà de tout désir de vengeance, c’est d’une amitié dont Elias a besoin. Mais pour la préserver, pour ne pas la trahir, il va se faire prendre aux jeu d’un Christian plein de haine et de ressenti, désireux de faire exploser sa rage à la face du monde, trouvant le premier prétexte venu pour se venger non pas d’un fait anodin, mais au fond, de l’injustice de la vie en général. Sans parti pris ni jugement, Susanne Bier scrute la jeunesse sous un angle psychologique en s’attachant à sa dureté, à sa douleur et à sa violence. Par extension à son histoire dramatique, elle montre également le besoin de tout un chacun de tenir et d’entretenir une amitié solide et inaltérable. Mais par le biais de cette relation nouée entre deux êtres écorchés, en proie à un sentiment de solitude mélancolique, la réalisatrice va au-delà pour en évoquer les dangers, les sentiments dans l’enfance étant si exacerbée qu’ils occultent parfois toute lucidité ou raisonnement logique. C’est de simple et triste constat que découlera les évènements dramatiques qui vont entraîner ces deux jeunes êtres (formidables Markus Rygaard mais surtout William Johnk Nielsen jouant Christian) bien loin de leurs attentes ou motivations originelles réelles.

Susanne Bier impressionne malgré quelques faux-pas et maladresses. Dans l’écriture tout d’abord, cherchant à philosopher par un jeu de miroir entre la vie bourgeoise danoise et l’Afrique noire en guerre et ses drames quotidiens (où le père d’Elias est médecin humanitaire) alourdissant son récit d’un propos sur la relativisation de la violence et du désir de vengeance qui aurait pu être tout à fait compréhensible sans ces dérives scénaristiques ponctuant régulièrement le métrage comme autant de hors propos peu homogènes avec le reste et atténuant la force de l’histoire principale. Dans son final ensuite, complaisant et étonnement facile et convenu en regard du reste d’une œuvre ne manquant pas de mordant, tirant vers le bas l’analyse plutôt juste proposée jusqu’alors. Enfin, dans sa mise en scène parfois un peu trop poseuse, alourdie par des effets de style dispensables et trop appuyés (plans sur le ciel, sur les paysages, zooms et décadrages…)

Revenge n’est pas parfait. Revenge était surtout très ambitieux dans ses idées, pas toujours justement retranscrites. Mais malgré les maladresses et un résultat parfois bancal, le film de Susanne Bier fait preuve d’un bel humanisme en narrant cette (ou ces) touchante(s) tragédie(s) existentielle(s) au détour de laquelle se déploie la force de sentiments à la fois chaleureux et dramatiques.

Bande-annonce :


Revenge – Bande Annonce (VOSTF) par publikart

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