PAPERBOY (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Paperboy
Parents : Lee Daniels
Livret de famille : Zac Efron (Jack), Nicole Kidman (Charlotte), Matthew McConaughey (Ward), John Cusack (Hillary), Macy Gray (Anita), David Oyelowo (Yardley), Scott Glenn (W.W. Jansen), Ned Bellamy (Tyree)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h48 – 12,5 millions $

Signes particuliers (+) : Un beau casting.

Signes particuliers (-) : Tous les défauts du cinéma de Daniels sont de retour avec lui : misérabilisme outrancier, effets arty, prétention et le grotesque toujours proche…

 

LA CRASSE AMÉRICAINE

Résumé : 1969, dans une petite ville en Floride. Ward Jansen, un journaliste du Miami Times, revient dans sa ville natale avec son partenaire, pour mener une enquête et écrire un papier qu’il espère, le propulsera sur le devant de la scène journalistique. A la demande de Charlotte Bless, une femme au look un peu vulgaire qui entretient une correspondance avec Hillary Van Wetter, un chasseur d’alligators condamné à mort qu’elle pense innocent, Ward tâtonne, conduit par Jack Jansen, son jeune frère, qui rêve également de devenir journaliste. Jack est quant à lui fasciné par la troublante Charlotte…

Attention, Lee Daniels est de retour ! Planquez votre moral quelque part à l’abri avant qu’il ne vous le colle dans les chaussettes ! Révélé avec Shadowboxer en 2005, c’est quatre ans plus tard, en 2009, que le cinéaste atteindra la consécration avec son plombant Precious, drame glauque qui fera le tour des festivals, allant de Cannes aux Oscars. Et au passage, on aura eu l’occasion de cerner le cinéma de son auteur : un cinéma de l’excès. Lee Daniels est en effet, l’incarnation même de « l’excessivité » non canalisée. Precious se voulait être un drame sordide mettant en lumière une certaine frange de la population américaine abandonnée à son propre sort : les laissés-pour-compte. Sauf qu’à sans cesse empiler le rebondissement dramatique de trop, à sans cesse écrire la ligne de dialogue pathos de trop, à toujours filmer le plan glauque et misérabiliste de trop, à sans arrêt rajouter l’effet « arty » de trop, Lee Daniels réussit la prouesse de nous faire passer de l’autre côté de la barrière de ton. Son drame lourd et dur devenait le prétexte à une belle séance de fous-rires non contrôlés. En cause, cette façon de, systématiquement, aller toujours trop loin, de toujours rajouter une louche là où c’était déjà très surchargé, comme un insensible du palais accumulerait les sucres dans son café jusqu’au point de non-retour où ce n’est plus du café sucré mais du sucre au café. C’est ça Lee Daniels, le metteur en scène de l’excès par excellence qui ne sait jamais s’arrêter à temps et qui se vautre dans le ridicule à force de trop vouloir dépasser les bornes de l’entendement dans un cinéma qui aime à contempler le drame pesant et sans limite, l’humainement pathétique avec une surenchère de misérabilisme, la crasse des bas-fonds de l’Amérique peinte avec des litres de noirceur. Si l’on était en droit de se demander comment il pouvait faire plus glauque que son précédent Precious (être obèse, moche, analphabète, pauvre, battue par sa mère, violée et enceinte de son père -qui l’avait déjà mise en cloque une première fois- et avoir le sida, c’est pas donné à tout le monde), pas d’inquiétude, Lee Daniels a la réponse.

Avec The Paperboy, adaptation d’un roman de Peter Dexter, le cinéaste capitalise sur son succès d’estime auprès d’une certaine intelligentsia qui avait vu dans Precious, l’explosion d’un génie moderne, défenseur de la cause des pauvres et des oubliés. Soit. Toujours est-il que cette soudaine mise en lumière attire du beau monde qui se précipite au portillon pour venir tourner avec le gars du moment. Et voilà Daniels qui se retrouve avec Zac Efron, qui essaie de tourner la page High School Musical et de se construire une vraie carrière, Nicole Kidman, qui essaie de donner une nouvelle impulsion à la sienne qui s’enlise dangereusement, abîmée comme sa figure, déformée à coups de bistouri maladroit, Matthew McConaughey qui bénéficie d’un regain d’attractivité ces temps-ci, après une certaine forme passage à vide, et que l’on retrouve souvent dans des productions un peu plus huppées (Killer Joe de Friedkin et bientôt dans le prochain Scorsese) et enfin John Cusack qui aimerait juste arrêter de passer pour un branquignole et avoir un minimum de crédibilité en tant que comédien.

Casting intéressant et truffé de contre-emplois étonnants pour un film annoncé comme étant assez « choc », The Paperboy pourrait-il être le film de la réconciliation avec Lee Daniels ? On aurait aimé y croire mais premier signe pas vraiment engageant quand on connaît le bonhomme, son film sera hué au Festival de Cannes par une bonne partie des spectateurs qui lui ont reproché ses dérives trash. Alors certes, c’est Cannes mais le motif mis en parallèle avec le résultat de l’expérience atroce Precious a de quoi faire flipper d’avance dans l’angoisse que Daniels récidive… en pire ! Et pourquoi s’en priverait-il d’ailleurs ?! Une fois de plus, le cinéaste investit le registre du misérabilisme, du glauque, du pathétique, du tragique et une fois de plus, il en fait des caisses au point d’en devenir révulsif. The Paperboy est du pur Lee Daniels, toujours cette excessivité, toujours le plan, la scène, la ligne de texte, l’effet de trop, qui vient décrédibiliser l’entreprise d’un film qui non seulement est ennuyeux comme la pluie, mais qui se drape dans une esthétique qui se veut moderno-arty » là où elle est juste inutile. Mais on aurait presque envie de dire, qu’importe la forme (même si clairement, pas mal de cinéaste aurait pu faire de l’or avec un tel matériau) car derrière elle, il y a le fond. Et ce fond là est une nouvelle fois gerbant. Daniels enfonce sans arrêt le clou pour que son œuvre soit la plus épouvantable possible, la plus désespérée possible, la plus poisseuse possible. Au point de nous fatiguer, entre la déchéance de ses personnages (Zac Efron qui sombre dans le n’importe quoi par amour/fascination pour une Nicole Kidman relooké en vieille poupée barbie écervelée passée d’âge pendant que McConaughey subit plein de choses répugnantes, histoire de tragédiser son personnage qui passe de l’élégance aux caniveau craspec) et son accumulation idiote de plans caricaturalement chocs, pour la plupart d’un inintérêt total et destinés seulement à faire dans le sensationnalisme qui fera jaser et parler (Super, Nicole Kidman pisse sur le visage de Zac Efron, et que dire des quelques scènes grand-guignolesques soudaines dont l’intérêt reste à débattre…). Oui, Lee Daniels fait une fois de plus ce qu’il sait faire le mieux : pousser le bouchon trop loin au point de tomber dans l’excès de tout. Outrancier, son enquête policière dans la chaude et miteuse Floride profonde de la fin des années 60 essaie de s’imposer comme une caricature grinçante en jouant des coudes mais réussit seulement à se reléguer lui-même au rang de ridicule par sa prétention démesurée. Car la caricature, registre très difficile et délicat, a les moyens de fonctionner qu’à condition de disposer d’un recul suffisant et non d’une suffisance reculée, le défaut d’un Lee Daniels qui se prend tellement au sérieux que le grotesque de ses personnages se communique au film tout entier qui bascule dans la médiocrité.

On s’est fait avoir une fois, deux fois, c’est pas d’ici demain la veille que l’on se laissera embarquer une troisième. Le cinéma de Lee Daniels, on a compris.

Bande-annonce :

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