SKYFALL (critique)

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Mondo-mètre :
note 8
Carte d’identité :
Nom : Skyfall
Parents : Sam Mendès
Livret de famille : Daniel Craig (Bond), Javier Bardem (Silva), Judi Dench (M), Albert Finney (Kincade), Ralph Fiennes (Mallory), Naomi Harris (Eve), Bérénice Marlohe (Severine), Ben Wishaw (Q), Rory Kinnear (Tanner)
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis, Angleterre
Taille/Poids : 2h23 – 200 millions $

Signes particuliers (+) : Un des meilleurs (voire le meilleur) James Bond de tous les temps. respectueux e l’esprit et moderne à la fois. Sam Mendès convoque la classe et le grandiose, esthétique, narratif, iconique et idéologique avec un vrai fond troublant d’écho à l’actualité. Quel Craig (enfin Bond) et quel Bardem !

Signes particuliers (-) : Une fin un poil en-deçà du reste. La James Bond Girl manque de présence.

 

LE CIEL TOMBE, ET BOND REMONTE…

Résumé : Marqué par une dernière mission ratée durant laquelle tout le monde pense qu’il a péri, Bond s’est exilé. Un exil de courte durée puisque Londres a besoin de lui. Après une attentat sur les locaux du MI6, l’agence est fragilisée. M aussi. L’identité du coupable qui semble organiser dans l’ombre une vaste opération d’ébranlement est à découvrir et pour cela, Bond va devoir agir en avançant masqué…

Et la passe de trois pour Daniel Craig. Le musculeux et charmeur britannique aux yeux bleus endosse à nouveau le costume chic sur mesure du plus célèbre des espions made in England pour ses 23ème aventures et, au passage, pour son cinquantième anniversaire sur grand écran. Un demi-siècle traversé avec des films aux fortunes diverses comme les acteurs qui se sont glissés dans un rôle à vous transformer une vie. Un tel événement avait de quoi mettre la pression aussi bien sur le comédien que sur le cinéaste qui allait diriger ce nouveau volet. Surtout sur le cinéaste. Et c’est, tradition oblige, toujours à un britannique qu’est confié le soin de relever la saga après le désastreux Quantum of Solace de Marc Forster. L’oscarisé Sam Mendes (American Beauty) prend en charge ce volet très attendu au tournant et avec lui, c’est un enthousiasme plutôt général qui se dessine avec des espoirs de qualité tant il a su, dans sa pour l’instant jeune carrière (5 films seulement), prouver qu’il est un immense metteur en scène capable d’accoucher de films à la lisière entre le film d’auteur et le blockbuster, prenant à chaque fois le meilleur des deux registres pour des mariages souvent savoureux. Que ce soit avec le souvenir de Jarhead ou des Sentiers de la Perdition, l’idée d’un Bond conduit par Mendes avait de quoi séduire. Et il le faudra de toute manière car le film ne pourra éviter la comparaison incontournable avec le récent Casino Royale, avant-dernier James Bond en date et de loin le meilleur de l’ère moderne ouverte avec GoldenEye en 1995. Il devra également raviver la flamme dans le cœur des fans, flamme ternie par un piteux dernier opus en date, actionner nullissime et insipide de sinistre mémoire réalisé il y a déjà quatre ans.

Skyfall, titre annonciateur de nouvelles aventures plus sombres, réunit donc quelques habitués à commencer par Daniel Craig qui vient de reconduire son contrat pour vraisemblablement deux films supplémentaires avant d’entamer sa sortie, lui qui a déjà commencé à assurer sa carrière hors des sentiers du MI6. Judi Dench rempile en M comme Rory Kinnear dans les habits de son assistant, Bill Tanner. Pour le reste, Bond fait peau neuve. Et avec du très bon. La grande et belle idée tout d’abord est d’avoir su confier le rôle du méchant à un acteur charismatique qui devra faire oublier la prestation terne de Mathieu Amalric dans le précédent épisode. Et qui de mieux actuellement pour jouer les méchants insensibles que l’espagnol Javier Bardem, déjà monstre de froideur dans le No Country for Old Men des Frères Coen et capable de toucher à tout avec talent ? Ben Whishaw sera un Q plus juvénile marquant un lifting de la série, de même que la présence de Ralph Fiennes en bureaucrate anglais semble indiquer la préparation d’un nouveau casting récurrent pour l’avenir. Côté James Bond girls, toujours au nombre de deux, elles seront campées par, d’un côté, Bérénice Marlohe, une jeune actrice/mannequin française qui jusque-là n’avait quasi-rien fait, et de l’autre, la belle anglaise Naomie Harris (aperçue ou vue dans tout plein de choses comme entre autres 28 Jours plus Tard, Pirates des Caraïbes II ou Ninja Assassin). Et à noter, cerise sur le gâteau, la présence de cette vieille trogne d’Albert Finney.

Skyfall s’annonce donc comme un volet plus noir, plus violent et plus introspectif aussi, remontant aux racines mêmes du mythe. Mais plus que cela, il sera la confirmation que le cinéma d’action actuel se porte sacrément bien à en croire les derniers Jason Bourne, Mission Impossible ou la virée décomplexée-fun des Expandables. Alors, meilleur ou moins bien que Casino Royale, sorte de mètre-étalon servant désormais d’instrument de mesure qualitatif ? Au-dessus ou en-dessous de Quantum of Solace, symbolisant quant-à lui le niveau de la mer ou niveau zéro ?

Ce que n’a pas Skyfall par rapport à Casino Royale au démarrage, il va le gagner au fil des minutes, au fur et à mesure que son imposante mécanique va commencer à se dérouiller et à se mettre en marche pour trouver sa pleine puissance, avec un pied solidement enraciné dans la légende du mythe bondien d’antan alors que l’autre est ancré dans son avenir projeté, dans ce qui apparaît au final comme un film de transition, celle que l’on a jamais vraiment eu d’ailleurs entre les anciens et l’ère moderne. La traditionnelle scène d’ouverture n’égale peut-être pas C.R. mais Skyfall fonctionne comme un solide diesel, prenant son temps pour se mettre en route, poser son sujet et trouver son véritable rendement maximum. Passé une introduction correcte mais qui sonne un peu fausse et artificielle (dans sa mise en scène, ses chorégraphies ou ses effets spéciaux), vient le fameux générique tant attendu qui a fait couler beaucoup d’encre. Sur une chanson de la jeune chanteuse Adèle, Mendes signe un véritable clip hors du temps et du film, un moment de bravoure esthétique magistral qui fait un peu dans l’esbroufe visuelle mais qui, à l’instar de celui du Millenium de Fincher, vaut presque le déplacement à lui-seul par sa splendeur. Si jusque-là Skyfall n’avait pas toujours pas trouvé le moyen de rivaliser avec Casino Royale, il enclenche ouvertement la seconde. Et c’est là que le film déploie toute sa force, jonglant entre deux histoires qui s’entremêlent dans un Bond prodigieux, plus sombre et viscéral, d’une part, avec l’histoire de ce patriote torturé n’en ayant pas fini avec ses démons intérieurs qui le ronge depuis sa tendre enfance et qui expliquent bien des choses sur le personnage et de l’autre, une menace qui vient le toucher de près et qui va le rappeler à ce qu’il sait faire de mieux : son job. Action spectaculaire, élégance innée avec la classe et le raffinement à la britannique, tension sexuelle avec le sexe opposé dans des joutes sensuelles à couper le souffle, sens de l’humour et de la répartie comme jamais, pas de doute, Daniel Craig est définitivement James Bond et Skyfall est définitivement LE retour de l’esprit du mythe souvent trahi, dénaturé ou affaibli ces dernières années. L’acteur d’abord, s’est approprié le rôle, sa troisième dans son costard nœud-pape est la consécration d’un acteur dont on a douté et qui démontre aujourd’hui qu’il était né pour ce rôle. Autour du monde, un méchant, des femmes, des vodka-martini et Skyfall déroule, passant la troisième lors d’une séquence à Shanghai qui a de grande chance de mettre tout le monde d’accord. Un pur moment d’action tendue et de poésie digne d’un ballet qui, au passage, rappelle le brillant génie qu’est Mendes, un auteur qui domine son sujet avec maestria.

Skyfall va donc être le James Bond que l’on aura attendu, celui qui va faire la liaison et donner une nouvelle impulsion à la franchise de la firme au lion qui rugit. Bourré de références et de clins d’œil aux précédents volets (aussi bien dans le visuel, que dans le narratif ou les dialogues) le film s’applique surtout à moderniser le mythe sans pour autant balayer d’un revers de la main cinquante ans de mythologie et de traditions. Mendes fait dans la douceur, dans la nostalgie, dans l’humour (ravageur et très osé) pour essayer de rafraichir cette saga qui piétinait sans trouver de porte de sortie pour aller de l’avant. Et le film de multiplier les allers et retours, de nous balloter entre l’esprit des anciennes œuvres et une sorte de révolution inexorable en marche qui va changer la face de la légende. Mais attention, Skyfall ne passe pas non plus son temps à se regarder le nombril et à disserter sur sa nature même s’il se plaît par moments et avec intelligence à analyser le mythe dont il traite. Pour ses 23ème aventures, James Bond nous entraîne dans des aventures palpitantes reposant pourtant sur une trame des plus simples, allégée de beaucoup de choses. Des James Bond girls par exemple, moins présentes, de même que le Bad Guy de service, ce qui n’a comme effet que de renforcer la teneur de ses scènes et de rappeler qu’il est un méchant d’un nouvel ordre, « oeuvrant dans l’ombre » pour citer M. Plein de changements mais à côté de ça, un film d’une extraordinaire diversité ne se contentant pas de proposer une simple chasse à l’homme fonctionnant en mode « je te poursuis, je te rattrape » mais une véritable guerre ouverte déclarée entre les bons et les méchants, même si la frontière se brouille parfois. Convoquant Michael Mann, Sam Peckinpah et même le Spielberg d’Indiana Jones, Sam Mendes réussit son coup en nous offrant bel et bien l’un des meilleurs James Bond jamais vu, au son d’une BO parfaitement maîtrisée et orchestrée entre attente frustrante et exultation, un Bond qui roule côte-à-côte avec Casino Royale qu’il égale sans toutefois l’enterrer mais qu’il surpasse quand même par moments seulement freiné par un démarrage qui fait pâle figure devant l’impressionnant à suivre et par un final qui, dans ses dernières minutes, après avoir atteint des sommets, ne trouve pas la puissance émotionnelle de son rival (il faut dire que le final de Casino Royale était puissant et ravageur) et pourrait presque décevoir un peu et encore que. C’est ça de faire trop bien, on cherche à redire !

Mais la vérité est que ce 23ème James Bond tient toutes ses promesses et surclasse même les attentes exception faite des quelques petits points qu’il cède à Casino Royale. Pour le reste, c’est de la haute volée à la fois étourdissante et magistrale (la scène dans l’immeuble de Shanghai est le véritable tournant qui donne l’impulsion dont avait besoin le film pour décoller avant d’enchaîner les séquences de légende entre celles du casino, du manoir ou la rencontre Craig/Bardem…). Mais aussi sensuelle et, sans oublier, hilarante (enfin, Bond redevient un classieux espion à l’humour ravageur) en grande partie via un Bardem une fois de plus parfait, à la fois cynique, décalé et flippant. Skyfall est un cru complet, un James Bond idéal pour couronner son interprète du titre de « Grand Maître Bondien » et surtout idéal pour relancer une franchise qui peut, désormais, regarder vers l’avant alors que symboliquement, le nécessaire a été fait ici pour assurer la transition. Ah c’était autre chose que Quantum of Solace ! Skyfall, déjà un classique de la série voire son meilleur représentant renouant avec ses fondements sans pour autant s’enfermer dans un style rétrograde. Le mariage de rêve entre nostalgie et modernité, entre action, classe et humour. James Bond quoi.

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