NEW WORLD de Park Hoon-jung
Nouveauté DVD – critique (thriller)

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New-World-2013-Movie-PosterMondo-mètre :
note 6
Carte d’identité :
Nom : Sinsegye
Père : Park Hoon-jung
Livret de famille : Min-sik Choi (Capitaine Kang), Hwang Jung-Min (Jeong Cheong), Lee Jung-jae (agent Ja-Sung), Park Seong-Woong (Lee Joong-gu), Ji-hyo Song (Sin-woo), Jang Gwang (Directeur Yang), Il-hwa Choi (Director Jang Su-ki)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 16 octobre 2013 (DVD)
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h15
Poids : 5 millions €

Signes particuliers (+) : Un thriller mafieux aux accents de polar et de policier solidement troussé et embelli par une mise en scène à l’élégance instantanément frappante. Une belle distribution parachève de rendre New World agréable. Un efficace divertissement.

Signes particuliers (-) : New World marque la force mais aussi les limites d’un cinéma coréen qui, dans certains genres, peine à se renouveler formellement et thématiquement. Aussi solide soit-il, le film de Park Hoon-jung ne brille pas par son originalité.

 

UN BON PLAT CORÉEN

Résumé : Suite au décès du patron de Gold Moon, le plus important syndicat du crime en Corée du Sud, une bataille de succession fait rage entre Jung Chung, le numéro 2 au sein de l’organisation, et Lee Joong-gu, le numéro 3. Afin de pouvoir surveiller et contrôler cette transition, la police met en place l’opération “New World” et fait appel pour cela à un officier infiltré depuis de nombreuses années dans le conglomérat…

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L’AVIS :

Quand le scénariste de la baffe rageuse J’ai Rencontré le Diable de Kim Jee-woon passe derrière la caméra, il ne fait pas le voyage pour rien. New World est son second film après une première tentative de film en costumes passé inaperçu en 2011 (The Showdown) et il aura marqué le cinéma local de l’année avec rien de moins que 4 millions d’entrées au box office sud-coréen, soit une énorme performance. Brièvement, New World est un énième polar sur la mafia coréenne utilisant le canevas classique (et mondialement usité) du policier en infiltration qui commence à présenter des signes de ras le bol, tiraillé à la longue entre son monde de couverture dans lequel il a bâti une nouvelle vie et sa réelle nature de flic, au point que la frontière entre les deux se brouille. Le flic en question, c’est l’acteur Lee Jeong Jae, vu dans le remake de The Housemaid ou le film catastrophe Typhoon. Face à lui, une armada de gueules (dont Hwang Jeong-min, vu dans A Bittersweet Life) et un supérieur campé par l’excellent Choi Min-sik, que l’on ne présente plus depuis Old Boy et qui retrouve en tant que réalisateur, celui qui lui avait écrit son titanesque rôle de serial killer dans J’ai Rencontré le Diable.

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L’AVIS :

Construit sur les codes du polar sombre avec tout ce qu’il faut de malversations et de complots dans les méandres obscures de l’univers de la mafia suite à la mort d’un parrain, croisés avec ceux du policier dramatique au détour du dilemme moral d’un flic à qui l’on en demande trop, abandonné en équilibre précaire dans un contexte en pleine mouvance, New World est typiquement le genre de film qui montre à la fois la force et les limites du cinéma coréen actuel, et à plus forte raison dans le registre. D’un côté, il est un film noir élégant, soigné, maitrisé et surtout d’une grande efficacité factuelle et de l’autre, une œuvre très classique tant dans sa conception que dans sa narration, égrenant une recette qui a fait ses preuves sans y apporter une véritable originalité ou un plus qui lui permettrait de se démarquer dans l’ensemble de la production du genre, reprenant au passage quantité d’éléments empruntés au voisin Hong-Kong et à son cinéma expert dans ce type de long-métrage.

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Gangsters, policiers et lutte de pouvoir sur fond de passation du rôle de patriarche d’un gigantesque clan mafieux, New World aligne les codes les uns à la suite des autres sans les tordre ni faire preuve d’une folle originalité, essayant de glisser ça et là quelques twists qui auront autant de chances de fonctionner auprès de certains que de tomber dans la prévisibilité pour d’autres. Mais en scénariste chevronné, Park Hoon-jung ficelle avec malice son intrigue en la blindant 21019487_20130715140305558.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxde tous les cotés et assure un boulot simple et adroit, agrémenté de personnages suffisamment bien cartographiés pour rendre l’ensemble solide dans son arc narratif stéréotypé mais qui déploie des interactions frictionnelles qui à elles seules, feront le travail et lui permettront de s’ouvrir sur une forme de richesse intérieure. Si les enjeux injectés n’auront rien de follement nouveaux tant ils ont été mainte et mainte fois traités au cinéma (et en mieux) par d’autres, de Hong-Kong aux Etats-Unis en passant par le Japon ou la Corée même, le cinéaste accouche néanmoins d’une belle fresque de 2h15 dense et étoffée, qui, chose pas négligeable, compte pour elle une mise en scène assez virtuose dans le classique, soutenue par une technique impeccable de laquelle émerge une photo remarquable. Une facture léchée et plaisante qui vient appuyer une histoire incarnée et solidement menée, entre drame, polar, policier et action, disséminée avec parcimonie mais réservant quelques moments d’anthologie (comme cette bagarre géante dans un parking qui laisse bouche bée). Par petites touches et petits détails d’écriture aussi simples qu’intelligents, Park Hoon-jung réussit finalement à nous embarquer pleinement dans une histoire palpitante malgré quelques baisses de rythme très légères, et s’affirme comme un metteur en scène doué dans l’art de transcender un pitch conventionnel. Avec beaucoup de précision millimétrée, de concision et d’assurance, il parvient à démontrer des talents de conteurs indéniables dont on se rend réellement compte après coup, une fois que l’on mesure l’ampleur de ce qu’était New World, un film en apparence rudimentaire mais rendu superbe tant par sa plastique que par sa faculté à nous happer dans son récit modeste mais s’élevant grâce à la maestria avec laquelle il noue ensemble plusieurs directions narratives convergentes. New World est le symbole du paradoxe du cinéma coréen actuel, touchant du doigt les frontières d’un genre et ses difficultés de renouvellement thématique mais qui, une fois de plus, impressionne par sa capacité à produire des œuvres ancrées dans un sillage balisé mais qu’il emprunte avec un confort épatant, évitant la caricature et l’overdose. Simple, beau et efficace, trois mots qui résument à la perfection un film sous tension et porté par une belle distribution.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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