MY WONDER WOMEN d’Angela Robinson : la critique du film
sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : Professor Marston & The Wonder Women
Mère : Angela Robinson
Date de naissance : 2018
Majorité : 18 avril 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h03 / Poids : NC
Genre
: Biopic, Drame

Livret de famille : Luke Evans, Rebecca Hall, Bella Heathcote, Connie Britton, Oliver Platt…

Signes particuliers : L’histoire de l’homme qui a créé Wonder Woman.

WONDER WOMAN, ICÔNE DE LA SUBVERSION

LA CRITIQUE DE MY WONDER WOMEN

Résumé : Professeur de psychologie à Harvard dans les années 30, William Marston mène avec sa femme les recherches sur le détecteur de mensonges. Une étudiante devient leur assistante, et le couple s’éprend de la jeune femme. Un amour passionnel va les lier, et ces deux femmes deviennent pour Marston la source d’inspiration pour la création du personnage de Wonder Woman. 

Vous connaissez William Marston ? Probablement non, comme beaucoup de gens. Professeur de psychologie à Harvard et accessoirement inventeur du détecteur de mensonge, William Marston est aussi l’homme qui a créé le personnage de Wonder Woman, imaginant ainsi en 1941, l’une des premières super-héroïnes de l’histoire du comics, sorte d’alter-ego féminin aux préexistants Superman et autre Batman. Avec My Wonder Women, la réalisatrice de séries Angela Robinson (The L World, True Blood ou Charlie’s Angels) revient sur l’histoire d’un homme que rien ne prédestinait à devenir l’un des héros de la culture geek, ici incarné par Luke Evans, mais surtout sur l’étonnante naissance du personnage culte de l’amazone aux super-pouvoirs, dont l’imagerie à sa création était bien loin de ce qu’elle deviendra par la suite, victime de la censure. Rebecca Hall et Bella Heathcote (The Neon Demon) complètent la distribution d’un biopic très porté sur la psychologie, analysant par ce prisme, les codes qui définissent Wonder Woman, et construit autour d’un sulfureux triangle amoureux dans une Amérique alors très puritaine.  My Wonder Women, ou les dessous de la naissance d’une super-héroïne dont le look et ce qu’elle véhiculait, ont bousculé la morale de l’époque en incarnant les débuts du mouvement féministe dans une Amérique marquée par la suprématie masculine. My Wonder Women, ou un film qui tente de mêler psychologie et art, mais aussi histoire d’amour anti-conformiste et analyse sociologique sur l’évolution de la place de la femme et la lutte entre le poids des moeurs et les tentatives subversives pour les ébranler. En se penchant sur la fascinante histoire de la conception de Wonder Woman, le film d’Angela Robinson reposait sur un sujet passionnant… à condition d’être vaguement intéressé par les super-héros pourrait-on se dire. C’est peut-être d’ailleurs la limite d’un film dont le récit de façade risque de réduire sa portée à une niche. Sauf que rapidement, Angela Robinson montre que Wonder Woman n’est pas vraiment le sujet principal de son long-métrage.

Au-delà de l’étonnante histoire de sa création qui pourra chatouiller la curiosité des geeks alors que le film montre pourquoi le lassot, pourquoi le mini-short ou pourquoi ses traits de caractère et ce côté ultra-sexy, la cinéaste souhaitait surtout porter son film sur d’autres terrains, à la fois psychologiques et sociétaux. En réalité, My Wonder Women parle de féminisme, dresse le portrait d’une Amérique des années 30-40 très patriarcale où les ligues de vertus exerçaient leur fort pouvoir à l’encontre de tout ce qui pouvait bousculer l’ordre établi, et le personnage de Wonder Woman y existe davantage pour le fantasme et la matérialisation des travaux de William Marston. Ainsi en dépassant l’anecdote pour déployer une analyse de ce qu’incarnait le personnage en son temps, My Wonder Women prend une autre résonance et trouve un tout autre intérêt dans le sens où il articule l’histoire de sa curieuse création, fruit d’une relation intime provocante et des recherches sur la psyché de la femme, à une époque où elle jaillissait comme une arme de subversion massive. Et au passage, côté geek, le film est l’occasion de découvrir les inspirations qui ont mené à son invention, Wonder Woman n’étant rien de moins qu’une projection de l’amour que portait un homme pour deux femmes. Passionnant ou presque…

Car un sujet solide ne fait pas forcément un bon film, et My Wonder Women va en être la démonstration. Imbriquant les trois idées directrices qui régissent son scénario (un triangle amoureux, les travaux sociologiques de Marston et la création de Wonder Woman) pour parfaire un film qui essaie de brasser large pour toucher autant les geeks que les moins geeks, Angela Robinson finit par perdre le fil de son effort. Et My Wonder Women de se déliter progressivement. Dans un premier temps, on est séduit par cette histoire des dessous, qui permet de voir à quel point le comics Wonder Woman était truffé de références osées, conséquences de ce que son créateur y a projeté de sa vie et de ses recherches. Mais les deux récits censés évoluer ensemble finissent par s’embrouiller mutuellement, faute d’une écriture suffisamment intelligente pour valoriser les intentions de fond. A l’arrivée, le film d’Angela Robinson prend les allures d’un biopic assez plat, dont les vaines tentatives de montage déstructuré pour créer du sens ne parviennent pas à réveiller un spectateur semi-endormi par la monotonie et le manque d’ambitions formelles de l’effort. D’autant que My Wonder Women est un film sur la différence, la subversion, la volonté de combattre la norme imposée par la société en utilisant l’art. Dommage que le film lui-même ait oublié le postulat qu’il met à l’honneur, pour faire dans l’œuvre terne et plate, trop bien rangée dans le superficiel et le conventionnel.

BANDE-ANNONCE :


Par David Huxley

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