MOI, DANIEL BLAKE de Ken Loach : la critique du film
Sortie cinéma

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note 4.5 -5
Carte d’identité :
Nom : I, Daniel Blake
Père : Ken Loach
Date de naissance : 2015
Majorité : 26 octobre 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : Angleterre
Taille : 1h39 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan…

Signes particuliers : Ken Loach signe un retour grand comme l’Everest.

UNE PALME D’OR POUR L’HONNEUR

LA CRITIQUE DE MOI, DANIEL BLAKE

Résumé : Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…485157Et dire qu’il voulait arrêter le cinéma il y a deux ans, au lendemain de Jimmy’s Hall… Ken Loach a finalement changé d’avis et il a bien fait de revenir sur sa décision, puisqu’à 80 ans, le cinéaste britannique s’est vu décerner la deuxième Palme d’or cannoise de sa carrière pour ce bouleversant Moi, Daniel Blake, retour magistral à son cinéma de toujours, dans la lignée de ses plus grandes œuvres sociales des années 90. En voyant à l’écran ce touchant Daniel Blake, citoyen anglais tout ce qu’il a de plus banal et magistralement interprété par l’humoriste Dave Johns dont c’est le premier film au cinéma, on pense à Raining Stones, à, Ladybird, à Peter Mullan dans My Name is Joe, on pense à Bread and Roses ou à The Navigators et tant d’autres, de Family Life à It’s a Free World. Ken Loach n’en avait pas fini avec sa lutte cinématographique et on le remercie d’être revenu ainsi, avec un tel panache, une telle force, une telle rage !u03ukp-hcL’innocence des faibles et des petites gens normaux contre le cynisme déshumanisé du système actuel. Voilà de quoi parle Moi, Daniel Blake, remarquable portrait d’un charpentier sommé de prendre sa retraite par son médecin à la suite d’une attaque cardiaque, mais forcé de rechercher à nouveau du travail par l’agence pour l’emploi, afin de pouvoir prétendre à toucher des indemnités. Le monde à l’envers. Même Kafka n’aurait pas imaginer pareille délire incongru. Et pourtant, c’est l’Angleterre qu’observe Ken Loach, lui qui affirme avoir rencontré des gens dans des situations encore plus épouvantables que celle que traverse son superbe Daniel Blake. Sans jamais forcer le trait dans le tire-larmes, toujours animé par cette pudeur du regard qui rend ses œuvres si justes, si authentiques, si poignantes, Ken Loach livre un drame dévastateur. Moi, Daniel Blake est un film d’auteur engagé, mais teinté de cette manière de raconter douce et accessible à tous, typique du cinéma « loachien », capable de toucher tout le monde parce qu’il sait concilier un cinéma « grand public » et un cinéma social fermement dénonciateur et ancré dans la réalité. Parce qu’il a ce don de savoir s’exprimer simplement, pour que tout le monde puisse entendre et comprendre. Parce qu’il a ce talent de savoir mélanger drame, émotions et drôlerie s’amusant des travers insensés.moi-daniel-blake-le-meilleur-deAvec ce nouveau long-métrage bouleversant d’humanité où deux âmes en difficulté trouve un écho l’un chez l’autre dans une relation tendre et émouvante, Ken Loach signe un formidable retour après quelques films en-dessous de ses plus grandes heures. Parce qu’il a encore des choses à dire, parce qu’il a encore ce regard alerte sur les maux de la société, parce qu’il n’en a pas terminé avec son combat pour donner la parole et une tribune aux petites gens non-entendus, cet avocat des travailleurs dont les films sont des plaidoiries, reprend sa caméra, aiguise son discours, et offre un nouveau brûlot jamais dans l’agressivité, toujours dans l’échange et l’envie d’exprimer, dénonçant seulement ce que notre monde pourrait essayer d’améliorer pour mieux respecter ses concitoyens valeureux. Sans cynisme, sans calcul, sans manichéisme, Moi, Daniel Blake est aussi subtil qu’intelligent et intelligible, seulement motivé par l’envie de témoigner pour son prochain, parce que Loach sait pertinemment qu’il a plus de chance d’être entendu que ces pauvres voix que l’on dénigre, que l’on n’écoute pas, que l’on oublie.143639-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxEncore une œuvre forte, essentielle, importante, dont la richesse est sidérante. Car dans chaque plan, Ken Loach a quelque-chose a dire. Aucune image n’est jamais gratuite. Comme ce plan presque insaisissable à l’agence pour l’emploi, où notre Daniel Blake se lève pour son rendez-vous. Il quitte sa chaise, un autre Daniel Blake arrive, presque le même. Subtilement, ce plan de quelques secondes dit tout. Ils sont des milliers comme lui, broyés et méprisés par le système. Daniel Blake n’est qu’une représentation d’une masse invisible. Encore, comme cette scène d’arrivée à la Banque alimentaire. Rien de plus anodin que voir nos personnages aller faire la queue. Et pourtant, la scène n’est pas « anodine ». Devant eux, dans la file, un militaire. Un homme qui a risqué sa vie pour son pays, et qui se retrouve à venir mendier à la soupe populaire dans la honte cruelle et bouleversante. Ces deux exemples sont la démonstration du brio retrouvé de Ken Loach, capable de dire des tas de choses dans un film, et encore plus au détour de plans à peine remarquables (ou remarqués).648x415_ken-loach-film-daniel-blakeLe jour où le cinéma perdra Ken Loach, ce ne sera pas seulement le septième art qui sera en deuil. Ce sera l’humanité des opprimés toute entière. Car il est son meilleur représentant, son meilleur avocat, celui qui a passé sa vie à s’exprimer en sa faveur. Et toujours avec une sincérité d’âme qui transpire à chaque instant de ce magnifique Moi, Daniel Blake, Palme d’or peu audacieuse mais méritée dans le fond.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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