L’OMBRE DU MAL (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Raven
Père : James McTeigue
Livret de famille : John Cusack (Edgar A. Poe), Luke Evans (Fields), Alice Eve (Emily), Brendan Gleeson (Cpt Hamilton), Sam Hazeldine (Ivan), Kevin McNally (Maddux), Olivier Jackson-Cohen (Cantrell)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis, Espagne, Hongrie
Taille/Poids : 1h51 – 26 millions $

Signes particuliers (+) : Le mix « horreur en costume » fonctionne et le film fait passer un agréable moment en compagnie de Poe resitué dans un scénario mineur mais habile. Un produit correct, pas transcendant, mais sympathique.

Signes particuliers (-) : Des baisses de rythme et un manque d’ambition à tous les niveaux. La générosité n’est pas constante et le script un peu trop mécanique et lisse.

 

POE DE CHAGRIN

Résumé : La police de Baltimore est embarrassée. Un tueur sadique semble sévir en ville en reproduisant les meurtres décrits dans les nouvelles de l’auteur Edgar Alan Poe. L’écrivain se retrouve directement mêlé à l’affaire…

James McTeigue aime souffler le chaud et le froid. Il avait soufflé le chaud en 2006 avec le plutôt bon V Pour Vendetta avant de souffler le froid trois ans plus tard avec l’hideux Ninja Assassin, nanar aussi cosmique que comique. Et comme on reste souvent, nature humaine oblige, sur la dernière impression, autant dire qu’on l’avait dans le pif le McTeigue quand il débarque avant son The Raven, film horrifique qui exploite le filon décidément inépuisable d’Edgar Allan Poe. C’est son année d’ailleurs au mythique poète du macabre américain qui, après un tour dans le fantasmagorique (et nul) Twixt de Coppola père, se retrouve à nouveau personnifié au cinéma, cette fois-ci sous les traits de John Cusack.

Décidément, c’est la grande mode du moment de retravailler les histoires d’hommes célèbres par des visions fictionnalisées délirantes, leur réinventant une vie ou une portion de vie farfelue. Alors que Lincoln chassait du vampires, Poe lui, traquait dans les derniers jours de sa vie un serial killer, copiant ses œuvres littéraires dans lesquelles il trouvait l’inspiration pour reproduire des meurtres diaboliques. Bientôt, à ce rythme-là, Napoléon se battra avec des zombies, Saint-Exupéry aura voyagé dans le temps en avion et aura affronté des vikings pendant que De Gaulle aura traqué un clone d’Hitler robotisé renfermant l’âme du despote à moins que ce ne soit Léon Blum qui ait dû faire face à une invasion d’aliens patibulaires que le gouvernement du Front Populaire a bien caché des manuels d’histoire…

Bon, reprenons plus sérieusement le fil de notre sujet, Shakespeare et Livingstone s’attaquent donc à Edgar Allan Poe. Non, il ne s’agit pas là de la couverture d’un très très vieux Closer  (d’autant que Shakespeare et Poe, c’est pas tout à fait la même période) mais du dernier film de ce cher James McTeigue. Et Shakespeare et Livingstone ne sont pas respectivement ici le célèbre dramaturge et l’explorateur missionnaire mais les noms des deux scénaristes de The Raven donc, film historique haletant placé sous le signe de l’enquête policière et de l’horreur via quelques séquences graphiques piquées ni vu ni connu chez le furieux voisin Saw. Enfin, gageons plutôt que ce soit les auteurs de Saw qui aient lu Poe mais bon…

Après le chaud, le froid, McTeigue nous sert le… tiède ! Oui, le monsieur au fond de la salle ! C’est que le bonhomme est terriblement logique dans la conduite de sa carrière, jusqu’à présent. The Raven n’est ni très mauvais, ni vraiment très bon, il est plutôt moyen, et tiède semble être une bonne impression qui lui colle comme un gant et le résume à la perfection. Car c’est à la fois avec une première impression plutôt correcte que l’on ressort de ce élégante production honorable, relativement rassasié et l’esprit divertit par un spectacle pas trop dégueulasse, de bonne tenue, assez bien rythmé et exécuté proprement. Mais dans le même temps, un peu frustré aussi par un film justement un peu trop propre, un peu trop lisse, qui aurait probablement gagné à être un peu plus craspec dans ses embardées graphiques sanglantes, qui aurait gagné aussi à être un peu moins mécanique, déroulant soigneusement sans faire de vague un script bien étudié, peut-être un tantinet trop « programmé » même. Le projet était courageux en tout cas, les films d’horreur à budget confortable ne courant pas les rues comme vous l’aurez remarqué dans votre cinéma préféré. Question horreur, les petits budgets, oui, les DTV, oui, mais les séries sous-entendues « A » ou séries B un peu luxueuses en revanche, on peut pas dire qu’on puisse s’en mettre sous la dent tous les quinze jours. Et courageux surtout car en prime, c’est un film à costume, genre qui n’est jamais facile ni à monter, ni à produire, ni à commercialiser. Alors du coup, on en vient à apprécier les quasi deux heures proposées par The Raven et son intrigue un poil rocambolesque et tirée par les cheveux. Sympathique, le film bénéficie d’un scénario habile qui mêle adroitement diverses nouvelles de Poe avec quelques points de son histoire réelle même si la finalité de ces emprunts sert surtout le scénario fictif inventé ici. Côté réalisation, McTeigue signe un film sobre et soigné dans son esthétique, pas très inventif ou créatif mais élégant à défaut d’avoir de folles ambitions. Alors certes, les défauts sont légions, l’œuvre est très passive, manque de folie, ne cherche jamais à s’élever dans la beauté gothique, certes les emprunts nombreux (Corman, le Sherlock Holmes de Ritchie tant dans la façon de conduire son whodunit que dans les interactions entre les personnages) et la thématique de l’artiste face aux conséquences de son œuvre est traitée sans grande imagination mais malgré sa simplicité, The Raven fait passer un moment agréable et rien que pour ça, on prend volontiers.

Bande-annonce :

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