LES VOISINS DE DIEU (critique – drame)

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note 7
Carte d’identité :
Nom : Les Voisins de Dieu
Père : Meni Yaesh
Livret de famille : Roy Assaf (Avi), Gal Friedman (Kobi), Itzik Golan (Yaniv), Rotem Ziesman-Cohen (Miri), Gili Shushan (Rabbi)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : Israël, France
Taille/Poids : 1h34 – Petit budget

Signes particuliers (+) : Un film passionnant, fin et intelligent dans son processus, sur un sujet sensible, la jeunesse israélienne coincée entre désir de modernité et traditionalisme, entre haine et amour.

Signes particuliers (-) : Le film n’évite pas certains schématismes narratifs et thématiques et s’auto-freine par respect.

 

AMOUR ET RELIGION

Résumé : Avraham, Kobi et Yaniv sont trois jeunes juifs de la banlieue de Tel-Aviv. Auto-proclamés garants des lois du Talmud dans leur quartier, ils font respecter les commandements à la dure…

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Pour son premier film, Meni Yaesh a choisi de parler de ce qu’il connaît, de son quartier, de sa culture de juif séfarade, de ses coutumes, de ses joies et de ses tourments. Les Voisins de Dieu, fortement remarqué dans pas mal de festivals (nommé à la Caméra d’Or à Cannes et Prix SACD de la semaine internationale de la Critique 2012) investit un quartier israélien et s’attache au destin d’une bande d’amis, Avraham en tête, jeunes bagarreurs qui font régner leur vision du talmud dans leur quartier, sorte de garants du traditionalisme extrême. Meni Yaesh navigue dans des eaux troubles sur un sujet très sensible et parvient à sen tirer haut la main grâce à la force de son drame initiatique poignant magnifié par des comédiens époustouflants pour une bonne partie non-professionnels à l’image du héros interprété par le débutant Roy Assaf.

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Dur et doux à la fois, Les Voisins de Dieu traite du complexe thème de la foi, de son application au quotidien selon les regards divergents mais surtout, le film l’aborde sous l’angle de la tolérance en venant y mêler l’amour, son principal moteur et frein. Meni Yaesh chronique l’histoire d’Avraham, un jeune de Bat Yam, une ville de la banlieue de Tel-Aviv, qui à la tête d’un trio d’amis, se comporte en véritable garant de la bonne application du Talmud dans son quartier. Trop obnubilé par sa vision des choses, Avi comme on le surnomme, cherche à imposer son regard, son mode de vie ultra-respectueux des textes, à l’ensemble de son microcosme, quitte à mener des vendettas contre les mauvais pratiquants respectant mal le shabbat ou ne s’habillant pas de façon respectueuse ou conforme comme dans le cas de Miri, une jeune voisine attirante. Dans une société régie par les questions religieuses, facilement inflammable pour sa juxtaposition de peuples aux idéologies divergentes, le cinéaste plonge ses protagonistes au cœur d’un sujet passionnant d’actualité pour en tirer une réflexion intéressante même si elle n’évite pas certains schématismes dommageables à l’ensemble de l’œuvre. Un défaut partiellement pallié par l’efficacité du film dans ses scènes « d’action », fortement influencées par le cinéma de Tarantino dixit le metteur en scène, mais surtout par l’intelligence dont il fait preuve dans l’étude du cheminement psychologique de son personnage principal, jeune radical représentant la bêtise fascisante qui peut parfois draper la religion, qui va voir ses convictions ébranlées par l’arrivée d’un sentiment des plus doux, l’amour. Un sentiment qui va lui apprendre frontalement la différence, la tolérance et le respect, mettant à mal ses idéaux extrémistes.

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Ambitieux, Les Voisins de Dieu flirte avec une frontière délicate entre le recul et l’immersion dans les traditions juives dont on sent qu’elle rythme aussi bien le quotidien de ses personnages que celui du cinéaste Meni Yaesh. Ce dernier arrive à faire dans le respect de la culture judaïque tout en étant dans la critique de certains de ses sombres aspects, tirant le meilleur de son sujet avec sensibilité et un vrai talent dans l’intimiste. Œuvre forte voire poignante, Les Voisins de Dieu malgré ses défauts et un manque d’impact dans la critique freinée par le respect que le metteur en scène doit à sa religion, reste un film passionnant, pas toujours subtil, parfois maladroit, mais qui met en exergue tour à tour avec délicatesse et avec brutalité, l’ambivalence de la jeunesse israélienne actuelle tiraillée entre fanatisme et ouverture à la modernité, alors qu’elle est assise sur une marmite bouillonnante, héritière d’années de conflits humains et religieux. Ce drame terrifiant, tellement qu’il préfère se tempérer de lui-même, arrive à nous faire comprendre avec finesse et simplicité les ressorts qui animent cette communauté, les tenants et les aboutissements de ses actions et la situation qui imprègne ce monde à part. Yaesh nous plonge au plus près de son sujet, de son monde et nous laisse l’entrevoir sans jamais nous fermer la porte, lançant un joli appel à la tolérance même s’il reste mesuré par certaines contraintes existentielles, ce qui est bien dommage car ça limite l’impact qu’aurait pu avoir cette œuvre phare et coup-de-poing.

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Sur un sujet sensible et très délicat à aborder frontalement, Yaesh réussit quand même son coup en la jouant fine, ne tombant jamais ni dans l’irrespect ni dans l’indélicatesse et sans chercher à donner des leçons ni prétendre de livrer clé en main des solutions toutes trouvées, il réalise avec Les Voisins de Dieu un beau film perturbant plein de pudeur au-delà de ses débordements radicaux, tempéré par de subtiles notes d’humour. Intéressant.

Bande-annonce :

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