L’AMIRAL de Kim Han-min : la critique du film [DVD]
Sortie DVD

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L_amiral_DVDMondo-mètre
note 2.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Myeong-ryang
Père : Kim Han-min
Date de naissance : 2014
Majorité : 05 juillet 2016
(Editeur : AB Vidéo)
Type : Sortie DVD
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h08/ Poids : 17 M$
Genre : Action, Historique

Livret de famille : Choi Min-sik, Jin Goo, Jo Jin-woong, Kim Myeong-gon, Kim Tae-hoon, Kwon Yul, Lee Jeong-hyeon, Noh Min-woo-I, Ryohei Otani, Ryoo Seung-ryong…

Signes particuliers : Un gros morceau de cinoche ultra-spectaculaire, qui aurait pu être vraiment formidable s’il n’était pas aussi mal écrit.

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LA CRITIQUE DE L’AMIRAL

Résumé : A la fin du XVIème siècle, le Royaume de Joseon est sous la menace d’une invasion japonaise. La dynastie s’en remet à l’Amiral Yi, commandant de la flotte royale, qui n’a plus à sa disposition qu’une douzaine de navires pour défendre le royaume contre une flotte japonaise qui en compte plus de 300. La bataille de Myeong-Ryang se prépare.L_amiral_film_coreenSorti durant l’été 2014 en Corée du Sud, L’Amiral s’est imposé en quelques semaines comme l’un des plus gros succès de tous les temps au box office local, avec plus de 17 millions de spectateurs. Cette fresque historique menée entre spectacle épique et puissance d’une illustration guerrière aux relents de nationalisme, revient sur l’un des hauts faits d’arme de l’histoire militaire coréenne, la fameuse bataille de Myeongnyang en 1597, qui aura vu le célèbre amiral Yi Sun-shin mettre en déroute l’armée nippone avec seulement 12 navires, alors que l’envahisseur en comptait plus de 300. Les amateurs de cinéma asiatique savent pertinemment à quel point la Corée du Sud est capable de délivrer de grands spectacles cinématographiques rondement menés et exécutés avec une qualité rivalisant sans peine avec l’industrie hollywoodienne. Rien que pour cela, L’Amiral, qui sort tardivement chez nous en vidéo, méritait largement que l’on s’y attarde, son potentiel évident laissant poindre une histoire forte et visuellement ébouriffante. D’autant que le film bénéficie du talent de Kim Han-min (le bien fichu War of the Arrow), solide faiseur aux commandes de l’entreprise, mais aussi de la présence du toujours impeccable et charismatique Choi min-sik Old Boy, dans le costume du légendaire chef de guerre.L_amiral_film_coreen_2Fierté nationale, patriotisme, héroïsme, combats grandeur nature et récit de courage et d’abnégation sont au cœur de L’Amiral, immense spectacle produit pour 18 millions de dollars. Une somme colossale pour le cinéma coréen, qui aura mis les moyens pour reconstituer le fameux épisode de la bataille de Myeongnyang, véritable illustration d’une lutte entre David et Goliath, ce ressort narratif archi-classique mais qui fonctionne toujours (exemple, le 300 de Snyder). Une illustration dans tous les cas, pleine de générosité et de panache, mais dont l’impact se voit vite égratigné par de trop nombreux défauts qui en amenuisent la qualité. On oubliera très vite la crédibilité historico-militaire conférée à son entreprise par un Kim Han-min qui s’octroie toutes les libertés possibles pour privilégier la grosse distraction au sérieux. Entre anachronismes (le coup du missile aéroporté, fallait oser quand même) et délires maritimes rappelant le sympathiquement nanardeux Battleship de Peter Berg et ses bateaux capables de faire des dérapages sur l’eau, L’Amiral ne manque pas de tirer quelques sourires, au choix entre amusement et consternation. Un premier problème pour le film, qui peine à se positionner entre reconstitution historique et fun pas loin du second degré. Mais parce que L’Amiral se plaît à faire dans l’action éclatante, on peut être aisément tenté de faire l’impasse sur ces égarements grotesques pour se contenter de savourer le lustre clinquant d’une gigantesque fresque épique. Mais pour cela, encore aurait-il fallu que Kim Han-min se montre inspiré pour se hisser à la hauteur des meilleurs films d’un genre, que le cinéma coréen maîtrise généralement, sans forcément faire dans l’originalité débordante.L_amiral_film_coreen_3Kim Han-min ne manquait pas d’ambitions pour régaler le spectateur. Son idée évidente, était de poser son contexte et ses personnages de manière à identifier les forces en présence au centre de la lutte, avant de propulser son public au cœur d’un épisode guerrier qui va occuper rien de moins qu’une bonne moitié du film. Après tout, le cinéaste savait pertinemment que celui-ci se déplacerait en masse pour s’abreuver d’un intense spectacle où les coups de canons allaient répondre aux abordages de vaisseaux et aux empoignades viriles et violentes. Malheureusement, rien ne suit vraiment derrière. Côté écriture, L’Amiral est trop brouillon pour réussir à nous immerger pleinement dans son aventure. Entre son exposition confuse et assommante, son leader militaire dénué de charisme et de psychologie, au point d’étouffer son pouvoir iconique, et des seconds rôles sans aucune consistance, jamais le film ne parvient à nous attacher à qui que ce soit. Et c’est fort logiquement que l’émotion pâtît de cette erreur coupable, probablement la plus grande qui habite cet effort chancelant, que l’on traverse à défaut de le vivre. Visuellement ensuite, c’est la surenchère permanente qui finit par lasser, là où elle aurait dû au contraire, séduire et impressionner. Une surenchère qui vient s’additionner à une mise en scène souvent hasardeuse, poussant le spectateur à décrocher des subtilités stratégiques au centre de l’action et de la narration, pour simplement se limiter à contempler les images grandiloquentes sans chercher à comprendre.L_amiral_film_coreen_4L’Amiral avait tout pour exalter les passions et transporter dans un récit galvanisant, entre le mythologique et l’épique. Mais s’il reste un divertissement fréquentable à l’efficacité éprouvée, la frustration reste le sentiment qui prime au final face à ce gros morceau de cinéma gonflé au spectacle mais délesté des bases incontournables. Parce qu’il ne développe jamais de liens forts entre son public et les personnages qu’il contemple en raison d’une écriture superficielle oubliant tous les impératifs nécessaires au bon fonctionnement de ce type d’aventure, le film de Kim Han-min provoque un détachement qui lui est nuisible et qui impacte colossalement sa proposition.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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