LA DAME EN NOIR (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Woman in Black
Parents : James Watkins
Livret de famille : Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet McTeer, Liz White, Roger Allam, Shaun Dooley, Sophie Stuckey…
Date de naissance : 2011
Nationalité : Angleterre, Suède, Canada
Taille/Poids : 1h35 – 17 millions $

Signes particuliers (+) : L’ambiance de la première partie rappelant la Hammer Films. Le travail visuel dans les décors, lieux et reconstitution. Un climax de terreur central très efficace.

Signes particuliers (-) : En dehors d’un segment tendu, le reste est ennuyeux. Un potentiel très mal exploité. Inégal dans son déroulement. Trop rigide et mécanique dans son développement.

 

NOIR, C’EST NOIR, IL N’Y A PLUS D’ESPOIR…

Résumé : Arthur Kipps, notaire de profession, se rend dans un petit village reculé pour se charger de la succession d’une cliente décédée possédant un vieux manoir imposant. Il va y être confronté à l’hostilité des villageois sur fond de secrets mystérieux alors qu’une étrange dame en noir fantomatique semble le poursuivre…

Depuis son retour gagnant sur le devant de la scène cinématographique anglaise, la fameuse Hammer Films monte en puissance et en ambition dans ses projets. Après avoir pris part au remake anglo-saxon de Morse par Matt Reeves, la société de production s’atèle avec cette Dame en Noir, adaptation d’un célèbre roman d’horreur anglais des années 80, a un nouveau film de genre sortant des sentiers étriqués de la série B. Plus ambitieux en moyens, en visibilité et fort d’une star de renom, Daniel Radcliffe, essayant de s’extraire d’années d’Harry Potter, La Dame en Noir est confiée au prometteur britannique James Watkins, qui persévère dans l’horreur après son excellent Eden Lake et un passage sur le scénario du moins bon The Descent II.

La Dame en Noir cherche clairement à renouer avec la grande tradition des films de l’ancienne et légendaire Hammer. Prenant pour cadre des contrées anglaises reculées dans un film d’époque, le film de James Watkins fonctionne surtout à l’atmosphère et à l’ambiance, plus qu’à l’horreur efficace et graphique selon les modes actuelles. Surtout, le film reprend de vieux ingrédients qui ont fait leurs preuves : manoir fantomatique angoissant, région sinistre et étrange à la population mutine et terrifiée, légendes obscures locales et mystères fondés sur des faits tragiques inexpliqués, atmosphère lourde et brumeuse, rythme lent, personnage étranger perçu comme non désiré et intrusif dans un village vivant reclus en vase clos. La Dame en Noir se veut un film à l’ancienne, traquant la peur par l’établissement d’une ambiance pesante tout en intégrant des éléments résolument empruntés au cinéma d’horreur moderne et en particulier au cinéma fantastique à l’asiatique, spécialisé dans les récits de fantômes. Pour cela, Watkins croise un imaginaire et un rendu visuel venu tout droit sorti de l’époque victorienne anglaise avec des effets de peur actuels entre parquet grinçant, portes qui claquent, apparitions, manifestations et phénomènes terrifiants et surprenants… La volonté du cinéaste est d’accoucher d’un film où le spectateur va être confronté à la peur associée avec l’angoisse. L’angoisse est symbolisée par le contexte glacial à la fois du village et à la fois de ce vieux manoir désolé donnant une étrange impression d’être vivant dans des décors renvoyant pourtant à une atmosphère de cimetière. La peur, quant à elle, va venir des nombreux effets visuels inventifs s’accentuant crescendo au fil des minutes, plongeant le jeune héro dans une sorte de cauchemar sans fin pour un séjour et surtout une nuit éprouvante où ses nerfs (et les nôtres) vont être soumis à rude épreuve.

Watkins avait des intentions nobles et ambitieuses avec un film se traversant comme un bref voyage en mini-train dans une maison fantôme digne des meilleurs parcs d’attractions. Visuel superbe et effets de terreur garantis tout au long de la traversée. Le problème est que sa Dame en Noir ne repose quasiment que là-dessus. Étirant son exposition sur une durée interminable, le film prend son temps pour installer sa mince intrigue, pour poser son atmosphère inquiétante lourde sans se soucier de faire vivre son récit. Ce n’est qu’au bout d’une bonne heure que Watkins entre dans le vif de son sujet, le temps d’une nuit où Arthur Kipp va être soumis au déchaînement furieux des sombres habitants fantomatiques de la vieille bâtisse qu’il a investi. Sauf qu’à partir de là, la cinéaste se contente d’aligner effet de peur sur effet de peur, certes réussis et efficaces pour la plupart, fonctionnant à merveille car souvent terrifiants et glaçants d’effroi, mais hors de la narration. Comme un chapitre hors du film, ce quart d’heure horrifique intense aligne sa bouillonnante envie d’accroître la pression sur le spectateur, de la submerger pour un climax de trouille efficace. Mais qu’en reste-il au final si ce n’est un film qui aura déroulé trop tranquillement son histoire distillant ça et là des effets de rhétorique horrifique qui finalement, ne constituent que la seule substance du métrage ? Pas grand-chose. La Dame en Noir livre un script assez conventionnel de fantômes revanchards, guère passionnant dans son ensemble, sauvé seulement par les bonnes idées de Watkins en matière d’évènements étranges visant l’épouvante old school. Si l’on appréciera ces intenses moments d’angoisse, le reste paraîtra bien longuet et finalement peu intéressant malgré la tentative d’apporter un peu de profondeur mélancolique au personnage d’Arthur Kipp, veuf écorché par la mort de sa femme adorée et donnant le change pour son fils bien que n’étant au fond, plus que le fantôme de lui-même depuis cette tragédie.

La Dame en Noir est bourré de bonnes intentions, de l’atmosphère envoûtante et effrayante à son climax horrifique tendu en passant par une fin redoutable et originale. Mais l’ensemble est à la peine et souffre d’un manque de caractère fatal dans un scénario couché sur papier glacé où les nombreuses bonnes idées ne parviennent pas à s’enchevêtrer ensemble dans un tout cohérent et perpétuellement du même niveau. Mais surtout, le film ne repose finalement sur pas grand-chose et manque d’implication et d’une construction plus efficace. On se retrouve presque dans un entre-deux sans savoir vraiment si l’on est déçu par un sentiment de gâchis devant un fort potentiel mal exploité ou si l’on a aimé un film singulier, cherchant à renouer avec les vraies racines et valeurs de la Hammer, est truffé d’éléments de satisfaction.

Bande-annonce :


La dame en Noir – Bande-Annonce / Trailer VOstFR par ohmygore

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