LA COMTESSE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : La Comtesse
Père : Julie Delpy
Livret de famille : Julie Delpy (Bathory), Daniel Brühl (Istvan Thurzo), Anamaria Marinca (Darvulia), William Hurt (Gyorgy Thurzo), Vizakna Sebastian Blomberg (Dominic), Charly Hübner (Nadasky), Anna Maria Mühe (Bertha), Frederick Lau (Janos)…
Date de naissance : 2009
Nationalité : France, États-Unis, Allemagne
Taille/Poids : 1h34 – 8,5 millions $

Signes particuliers (+) : Une reconstitution magnifique de sobriété et de classe qui prouve qu’académisme ne rime pas forcément avec manque d’inspiration. Somptueux.

Signes particuliers (-) : Avec un peu plus d’audace, c’eut été parfait.

 

SA MAJESTÉ JULIE DELPY…

Résumé : Les sanglants exploits de la comtesse Bathory qui, obsédée par sa jeunesse qui se fane, assassinera plusieurs jeunes femmes vierges afin de se baigner dans leur sang aux prétendues propriétés régénératrices.

Longtemps comédienne atypique, un brin mystérieuse, dans le paysage cinématographique français, Julie Delpy a fini par se lancer dans l’aventure de la mise en scène en 2002. Après deux films indépendants, Looking for Jimmy et 2 Days in Paris, Delpy surprend en s’attelant à un projet historique en costume plus ambitieux que ce qu’elle a pu faire jusqu’à aujourd’hui. Un film presque de genre oscillant entre horreur et histoire dramatique avec un casting international allant de l’Allemagne avec Daniel Brühl aux Etats-Unis avec le grand William Hurt, Delpy faisant office de « française » et d’héroïne puisque la comédienne se charge de l’interprétation de cette figure légendaire, la Comtesse Bathory autrement surnommée « la comtesse Dracula ».


Avec La Comtesse, Delpy ne se plonge pas dans la réalité biographique pure de la véritable comtesse Bathory mais plus dans le folklore et les légendes qu’elle a inspiré et notamment ces crimes qui lui ont été attribués et tout cet imaginaire sanglant avec bains de sang et jeunes femmes vierges afin de conserver jeunesse et beauté. Un folklore semble t-il inventé avec le temps déformant les atrocités que cette noble châtelaine et quelques complices ont pu commettre, la comtesse ayant été emprisonnée pour des cas de tortures épouvantables sur de jeunes femmes (les écrits parleraient de passage à tabac, morsures, brûlures, mutilations etc.).

On a connu une Delpy pétillante à la mise en scène enjouée et virevoltante pleine d’énergie, voici venir la Delpy à la réalisation sobre, limite austère et figée. A l’image de son personnage central, la jeune cinéaste applique une élégance étrange et classieuse où la beauté des images côtoie l’austérité vénéneuse et envoûtante. Simple et impressionnant de précision glacée, la mise en scène de Julie Delpy sublime l’académisme au cinéma rappelant qu’il n’a pas à être forcément poussiéreux et ringardisé mais qu’il peut être preuve de maturité participant à la peinture d’une classe sociale guindée, encadrée, « supérieure ». À l’opposé stylistique d’un Marie-Antoinette, Delpy aspire le spectateur dans une lenteur hypnotique loin du rock n’ roll cher à Sofia Coppola, les deux partageant seulement un refus du conformisme facile et soporifique.

Avec une vraie sensibilité renforcée par son incroyable interprétation, Delpy confirme son talent et s’impose comme une véritable réalisatrice et non une actrice capricieuse désireuse de faire joujou avec une caméra. On ne peut même que s’étonner de l’absence totale de prix pour ce La Comtesse qui s’attache à construire un véritable personnage autour de la légendaire Erzsébet Bathory, une grande romantique transit déçu de l’amour et basculant dans la psychose de l’âge comme seule raison possible à ce chagrin d’amour. Même si l’on est assez loin de toute réalité historique, Delpy fait l’effort de tenter d’apporter une vraie touche d’historisation crédible à son film basé sur le légendaire plutôt que de se contenter avec facilité de n’évoquer que son sanglant et folklorique destin. Ainsi, Delpy évoque les arcanes de la haute et de la politique de l’époque, la place qu’y a une femme aussi puissante soit-elle, la théorie du complot soulevée par quelques historiens etc.

Chapeau bas l’artiste, d’autant qu’elle a tout fait ici, actrice, scénariste, productrice et réalisatrice.

Bande-annonce :

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