HHhH de Cédric Jimenez : la critique du film
Sortie cinéma

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Carte d’identité :
Nom : HHhH
Père : Cédric Jimenez
Date de naissance : 2016
Majorité : 07 juin 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h00 / Poids : NC
Genre : Guerre, Drame

Livret de famille : Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell, Jack Raynor, Mia Wasikowska, Céline Salette, Gilles Lellouche…

Signes particuliers : Solide, tendu, douloureux et déchirant.

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QUAND L’HÉROÏSME DES UNS RÉPOND À L’HORREUR DES AUTRES

LA CRITIQUE DE HHhH

Résumé : L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la solution finale. Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés au côté de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire. Jason Clarke/HEYDRICH

Adaptation du roman éponyme de Laurent Binet paru chez Grasset en 2010 (récompensé d’un Goncourt), HHhH revient sur l’opération Anthropoid, épisode clé et pourtant méconnu de la Deuxième Guerre Mondiale, au cours de laquelle deux parachutistes tchécoslovaques formés par l’armée britannique, ont été envoyés à Prague pour y préparer et exécuter l’assassinat de Reinhard Heydrich, l’un des pires dignitaires du régime nazi de l’époque, maillon essentiel de l’organisation de la Shoah surnommé « le boucher de Prague ». Avec son visage anguleux et inquiétant, c’est l’acteur Jason Clarke qui embrasse courageusement le rôle difficile d’Heydrich, dans cette production internationale réunissant Rosamund Pike, Jack O’Connell, Jack Raynor, Mia Wasikowska, Céline Salette ou encore Gilles Lellouche.HHhH_photo2

Pour son premier long-métrage en langue anglaise, Cédric Jimenez (La French) signe un film radical, du genre à laisser le spectateur en plein désarroi lorsque les lumières se rallument et qu’il ne reste qu’un écran blanc encore marqué à vif, par le long cauchemar traversé durant deux heures. Car c’est de cela dont il s’agit quand on évoque ce versant de la Deuxième Guerre Mondiale, un long cauchemar, si abominable, qu’on peine encore à croire, plus de 70 ans après, qu’il a bel et bien eu lieu, que tout ce déversement d’atrocités a réellement eu lieu un jour sur Terre. Et après l’émoi, après nous avoir sonné par son récit balancé entre l’horrible et l’héroïsme, les questions. La construction en deux temps (empruntée au roman) était-elle une bonne idée ? Cette première partie s’attachant au portrait de l’une des pires figures du régime nazi était-elle nécessaire ? Au final, ce choix narratif ne participe t-il pas à rendre le film sur-appuyé jusqu’à l’overdose, en plus du malaise occasionné par le fait de suivre dans l’intimité, une figure à l’inhumanité horrifiante ? Peut-être, peut-être pas. Les deux points de vue peuvent être entendus et justifiés. D’un côté, HHhH est effectivement une machine dramatique implacable au voyeurisme un peu montreur. De l’autre, cette première moitié collée aux basques de l’un des plus grands criminels de guerre nazi permet de grimper si haut dans l’insoutenable horreur, que la seconde (sur l’opération visant à l’éliminer) apparaîtra comme un soulagement salvateur. Et au centre, le spectateur de comprendre que l’impact de l’une ne pouvait pas aller sans l’autre. Pour comprendre, il fallait montrer, pour ressentir l’urgence, il fallait observer au plus près. Dans ces deux parties bien distinctes, HHhH est tour à tour horrifiant puis poignant, et toujours passionnant.

Jason Clarke/HEYDRICH

Mais on n’oubliera pas ce que raconte vraiment HHhH. Dans l’histoire, les pires actes de barbarie ont toujours été combattus par les plus grands gestes de bravoure. L’humanité a toujours répondu à l’inhumanité, et à grands méchants monstrueux, grands héros inoubliables. HHhH raconte ça, certes avec une démonstration qui ne fait pas dans la finesse, certes avec une mise en scène bourrée d’effets et chargée en motifs, mais il le montre avec une émotion lourde et viscérale. Car une chose est sûre, on ne pourra pas reprocher à HHhH son manque de sensations. De l’effroi au poignant, du dégoût aux larmes, le film de Cédric Jimenez fait l’effet d’une bombe émotionnelle à répercussions. A l’écran, Jason Clarke se révèle époustouflant en dignitaire nazi sans affect, semblable à une machine de mort dénuée du moindre état d’âme (un rôle aussi difficile que celui jadis tenu par Marlon Brando dans Le Bal des Maudits). Face à lui, Jack O’Connell et Jack Reynor bouleversent en soldats anglais courageux. Jimenez s’est offert le luxe d’une distribution de rêve jusque dans les seconds rôles, il a su en tirer le meilleur, pour un film choc, difficile à oublier, capable de souffle et qui remue en profondeur en explorant les plus sombres heures de l’histoire de l’humanité. Solide, tendu, douloureux et déchirant.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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