EVERY THING WILL BE FINE de Wim Wenders [Critique – Sortie Ciné]

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every thing will be fineMondo-mètre
note 3 -10
Carte d’identité :
Nom : Every thing will be fine
Père : Wim Wenders
Date de naissance : 2014
Majorité : 22 avril 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Allemagne, Canada, Norvège, France, Suède
Taille : 1h55 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : James Franco (Tomas), Charlotte Gainsbourg (Kate), Marie-Josée Croze (Ann), Rachel McAdams (Sara), Noah Taylor (Christopher), Patrick Bauchau (père de Tomas), Peter Stormare (l’éditeur)…

Signes particuliers : C’était un pari à facettes multiples auquel s’est frotté le grand Wim Wenders pour son retour au long-métrage de fiction. Un script complexe et ambitieux pour un drame en 3D avec un casting multilingue…

SOS D’UN CINÉASTE EN DÉTRESSE

LA CRITIQUE

Résumé : Après une dispute avec sa compagne, Tomas, un jeune écrivain en mal d’inspiration, conduit sa voiture sans but sur une route enneigée. En raison de l’épaisse couche de neige et du manque de visibilité, Tomas percute mortellement un jeune garçon qui traversait la route. Après plusieurs années, et alors que ses relations volent en éclats et que tout semble perdu, Tomas trouve un chemin inattendu vers la rédemption : sa tragédie se transforme en succès littéraire. Mais au moment où il pensait avoir passé ce terrible événement, Tomas apprend à ses dépens que certaines personnes n’en ont pas finis avec lui… every_thing_will_be_fine_6L’INTRO :

Parti convoler du côté du documentaire avec Pina (sur la danseuse-chorégraphe Pina Bausch) puis le magnifique Le Sel de la Terre, on n’avait plus revu Wim Wenders à la tête d’un long-métrage de fiction depuis Rendez-vous à Palerme en 2008. Et vu la nature et les talents en présence derrière sa nouvelle œuvre Every Thing Will Be Fine, on ne pouvait qu’être intrigué et impatient de retrouver ce grand artiste et artisan du cinéma européen. Coproduction germano-canado-norvégienne en 3D (un choix artistique assez rare pour un drame), réunissant un casting international allant de James Franco à Charlotte Gainsbourg en passant par Rachel McAdams, Patrick Bauchau, Marie-Josée Croze ou Peter Stormare, Every Thing Will Be Fine est l’histoire d’une offrande. Celle d’un jeune scénariste norvégien que Wenders a voulu soutenir et qui lui a alors fait parvenir une histoire spécialement écrite pour son nouveau « mentor ». Une histoire que le père des Ailes du Désir va trouver tellement splendide et puissante, qu’il décidera de se lancer dans sa mise en scène.every_thing_will_be_fine_4L’AVIS :

On se souvient de Wim Wenders pour ses très grands films, pour certains des chefs d’œuvre éternels de l’histoire du cinéma. Et au nom de son exceptionnelle filmographie truffée de joyaux, on fermera les yeux sur ce faux pas particulièrement navrant. Drame psychologique allégé en matières grasses et appelant à la consternation, Every Thing Will Be Fine est un film d’ambitions restées sur le papier et qui n’ont jamais pu sauter le pas de la matérialisation à l’écran. Certains diront qu’il faut prendre du recul pour saisir l’essence subtile de cette fresque tragique. Probablement. Le meilleur recul sera alors celui qui nous amène à l’extérieur de la salle, loin de cette erreur de parcours aussi étonnante qu’incompréhensible.every_thing_will_be_fine_5Wim Wenders loupe à peu près tout sur son Every Thing Will Be Fine… A commencer par son découpage narratif qui n’a ni sens ni cohérence, multipliant les allers et retours entre ses personnages aux existences parallèles liées par un événement tragique sans réelle maîtrise, fluidité ou virtuosité, découpage qui ne souffre pas de quelques maladresses mais qui s’impose plutôt comme une maladresse générale en soi. Le cinéaste exploite bien mal cette dialectique, l’enlisant dans des couches de scènes inutiles à la progression et à la dynamique de son récit. Un arbre qui cache la forêt, où l’on distingue de loin, un montage particulièrement bâclé, un mélange des genres qui ne prend pas, de bonnes idées rapidement sabotées (l’entame était tellement intéressante et porteuse d’espoir), le déploiement d’une psychologie de comptoir, une enfilade de séquences complètement grotesques (mention à celle du parc d’attraction), une plausibilité générale sans cesse remise en question par un sentiment de faux permanent, une mise en scène poseuse, des longueurs alourdissantes, une musique d’Alexandre Desplat, magnifique au demeurant, mais employée avec une telle lourdeur, qu’elle en devient agaçante, et enfin ce recours à la 3D. Pourquoi ? On pense d’abord à un caprice de metteur en scène passé une introduction que l’on avouera soignée et élégante où elle s’illustre à merveille au détour de beaux plans artistiques. Sauf que Wenders le justifie son caprice. Selon lui, la 3D oblige les acteurs à « être » plutôt qu’à « jouer ». On ne discutera cette réflexion théoricienne un peu fumeuse mais toujours est-il que James Franco semble l’avoir pris au pied de la lettre, coupable d’un non-jeu étrange. Ou peut-être l’inverse, la faute à avoir voulu s’acharner à saisir ce que c’est que « de ne pas jouer ». Résultat, l’acteur se révèle plus cabotin comme jamais, traînant un regard de basset artésien constipé comme s’il était sous influence permanente de vapeurs de cannabis, fronçant les sourcils à chaque confrontation avec la vie. Ridicule. Seule Charlotte Gainsbourg s’échine à tirer la distribution vers le haut, mais ses scènes, à l’image de son personnage, sont cruellement mal exploitées (fou à quel point on a dû mal à y croire à la douleur de cette mère ayant perdu un enfant) au point de la reléguer à un simple artifice dramatique sans écho.every_thing_will_be_fine_1Tragédie existentialiste mi-pesante mi-romanesque, à la fois moderne et poussiéreuse, Every Thing Will Be Fine est un incroyable manqué, confus, brouillon, désordonné, désorienté, semblable à des fragments de films mis bout à bout sans jamais qu’une quelconque homogénéité ne s’en dégage. On finit par être gêné par les rires contenus que soutire un film consternant de vide sur la forme et profondément confondant de prétention sur le fond, dont les fondations branlantes sont entraînées par le glissement de terrain d’un projet artistique qui navigue sans réelle vision globale de son sujet.every_thing_will_be_fine_7Avec Every Thing Will Be Fine, Wim Wenders souhaitait s’interroger sur la place de la douleur et du drame dans le processus créatif d’un artiste. Plus précisément, sur la culpabilité consciente ou inconsciente, d’un artiste qui exploite les malheurs auxquels il est confronté ou seulement témoin, au cours de son existence. Une mise en abîme et une réflexion sur son propre métier de créateur ? En tout cas, un sujet difficile, que le cinéaste perd totalement de vue durant son pénible drama sibyllin et maladroit. Every Thing Will Be Fine souffre d’un irrévocable problème de cohérence général, scénaristique en particulier. Le récit se disperse aussi bien dans ses thématiques que dans le suivi de ses différents personnages, dont il ne semble trop savoir que faire, comment les aborder, les quitter, les retrouver. D’ailleurs, à ce titre, Wenders peine à imposer un héros, un vrai point de vue, et de fait, un regard. Le cinéaste les exploite, les ménagent, les utilise sans cesse trop ou pas assez, les met de côté puis les ressort, pour s’en resservir quand les roues motrices de son œuvre patinent dans la boue dans laquelle elle s’est elle-même enlisée. En résulte, un projet confus, avec une vision certes, mais branlante, prenant les allures d’un puzzle maladroitement emboité. Long, fastidieux et profondément soporifique, Every Thing Will Be Fine est un pénible voyage, plastiquement capable d’être admirable, mais dont la substance est soit trop noyée pour faire front, soit trop écartée d’un récit auquel on ne croit jamais. Dur.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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