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VIVARIUM de Lorcan Finnegan : la critique du film

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Spectateurs

La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Vivarium
Père : Lorcan Finnegan
Date de naissance : 2019
Majorité : 11 mars 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : Irlande
Taille : 1h38 / Poids : NC
Genre : Thriller, Fantastique

Livret de famille : Jesse Eisenberg, Imogen Poots, Jonathan Aris…

Signes particuliers : Le genre de séance qui ne vous laissera pas indemne.

UNE (TERRIFIANTE) MÉTAPHORE DE LA CONDITION HUMAINE

NOTRE AVIS SUR VIVARIUM

Synopsis : À la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement… 

Après quelques courts-métrages remarqués puis un premier long franchement dispensable (Without Name), le réalisateur irlandais Lorcan Finnegan frappe un grand coup avec Vivarium et entre dans la catégorie des jeunes cinéastes à suivre de très près. Porté par de solides (quoique parfois un poil cabotins) Jesse Eisenberg et Imogen Poots, Vivarium piège un couple tout ce qu’il y a de pus charmant, dans un lotissement infernal dont ils ne peuvent sortir. L’étrange agent immobilier qui les a accompagnés pour visiter ce qui pourrait devenir leur nouveau chez-eux a disparu, toutes les maisons et allées se ressemblent et chaque tentative pour s’échapper les ramène inlassablement au même point de départ : cette maison visitée qui pourrait bien devenir leur demeure pour l’éternité s’ils ne trouvent pas une échappatoire…

Rares sont les films de genre qui s’illustrent du côté du festival de Cannes. Cette année, ils ont été deux à faire pas mal de bruit, d’un côté le The Lightouse de Robert Eggers primé à la Quinzaine des Réalisateurs, et de l’autre Vivarium de Lorcan Finnegan, récompensé du côté de la Semaine de la Critique. Dans un paysage cinématographique souvent trop formaté, Vivarium fait figure d’ofni du mois. Pour les curieux amateurs d’étrangetés, voilà une pièce de choix aussi angoissante qu’intelligente.

Dans le récent Nightmare Island, des personnages sont prisonniers d’une île mystérieuse et vont vivre un cauchemar en essayant de la quitter. Dans Vivarium, des personnages sont prisonniers d’un lotissement mystérieux et vont vivre un cauchemar en essayant de le quitter. La différence, mise à part une considération géographique ? Tout simplement que Vivarium est un petit bijou qui ose et propose quelque chose, là où le navet produit par Jason Blum se contente de servir une soupe tiédasse et sans goût. Vivarium est différent, et sa différence le rendra probablement clivant. Certains y verront un ofni étrange et diabolique, d’autres un objet pompeux et arty. Tout dépendra de la manière dont chacun sera réceptif à cette étrangeté qui oscille constamment entre fascination et malaise.

Avec Vivarium, Lorcan Finnegan ne signe pas qu’une petite série B d’épouvante inoffensive comme on en voit des tonnes chaque année. Il signe avant tout une métaphore effrayante et anxiogène de la condition humaine. Pour ceux qui seraient à la recherche d’une simple distraction fun et joyeuse, autant prévenir, Vivarium n’est pas pour vous. A travers le calvaire de ce couple enfermé dans une vie dont on a forcé les apparences pour l’imaginer parfaite (une belle maison bien rangée dans un lotissement impeccable, un enfant propre sur lui, une nourriture fonctionnelle qui tombe du ciel), le cinéaste tire à boulets destructeurs sur nos vies schématiques et moulées dans les canons d’une société qui gomme la différence pour imposer l’uniformisation des gens comme de leurs rêves. Tout est dans le titre… Vivarium. C’est dans ce type de prisons de verre que vont être mis nos malheureux protagonistes, pour que l’on puisse les observer de l’extérieur. Une prison où ils seront nourris et logés par de mystérieux geôliers. Par cette métaphore assez limpide, Finnegan imagine notre condition actuelle avec une noirceur terrible. Nous sommes tous comme ce couple coincé dans une sorte de représentation de l’enfer, prisonniers d’une société qui dicte insidieusement nos vies selon ses codes (couple, maison, bébé). Comme des pantins dirigés par un monde opaque.

Mais l’intelligence du fond n’est rien si elle n’est pas soutenue par la forme et l’efficacité de sa marche. Et là-dessus, Vivarium coche toutes les cases du bon film original et prenant. Sur la forme, Lorcan Finnegan déploie une mise en scène inspirée qui ne manque pas de trouvailles pour masquer l’étroitesse d’un budget que l’on devine serré. Stylisée, elle vient renforcer la terreur sourde qui suinte d’un récit redoutable, aussi simple sur le papier qu’il est malin dans l’exécution et l’orchestration de son propos. Sur le déroulé, Vivarium est époustouflant, angoissant, doté d’une atmosphère qui emprisonne le spectateur dans un cauchemar halluciné qu’il va vivre intensément, comme les protagonistes malchanceux de ce mauvais songe. On regrettera seulement qu’en dehors d’un propos exposé avec génie, le récit en lui-même ne mène à rien si ce n’est à des impasses et mystères, la métaphore qui trône au-dessus de tout étant censée être une réponse suffisante à toute éventuelle interrogation. Parfois, l’effet est intrigant mais ici, il laisse poindre une petite frustration car Vivarium se résume au final à un effort théorique distillant une fascinante mise en abyme sur le genre humain où l’on en vient à s’observer nous-mêmes avec frayeur. Il devient alors impératif de n’avoir rien contre les histoires ouvertes qui ne referment pas toutes leurs portes.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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