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MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : The Life and Death of John F Donovan
Père : Xavier Dolan
Date de naissance : 2018
Majorité : 13 mars 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : Canada
Taille : 2h03/ Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Kit Harington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Natalie Portman, Kathy Bates, Chris Zylka, Thandie Newton, Michael Gambon, Ben Schnetzer, Emily Hampshire…

Signes particuliers : Magnifique, bouleversant, riche, Dolan réussit son premier film en langue anglaise.

LE NOUVEAU CHEF-D’ŒUVRE DE XAVIER DOLAN

LA CRITIQUE DE MA VIE AVEC JOHN F DONOVAN

Synopsis : Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

Au lendemain de la présentation de son Juste la fin du monde pas mal chahuté par certains malgré sa puissance viscérale, Xavier Dolan s’est vite replongé dans le travail avec Ma Vie avec John F Donovan. Il ne savait pas à ce moment-là que le chemin allait être si difficile. Les médias se seront régalés des problèmes rencontrés par le prodige québécois. Après un long tournage fragmenté sur plusieurs mois et plusieurs lieux, Dolan est entré en montage de son premier film emmené par une galerie de comédiens anglo-saxons. Kit Harington, Jessica Chastain, Natalie Portman, Kathy Bates, Susan Sarandon, Jacob Tremblay, Thandie Newton… La distribution de ce septième long-métrage faisait rêver. Et puis est arrivé l’accroc tant commenté. Englué dans une post-production compliquée, Dolan se rendra à l’évidence, son film estimé à plus de 3h ne fonctionnait pas. Seule solution, couper entièrement le personnage campée par Jessica Chastain afin de retrouver une fluidité perdue. Le cinéaste en fut terriblement désolé, l’actrice comprendra, et le résultat prouve que ce choix déchirant était la bonne chose à faire. Car Ma Vie avec John F. Donovan est un grand film, du grand Dolan, une œuvre quasi parfaite qui touche au sublime même si, Dolan oblige, elle sera clivante, discutée et âprement débattue.

Sur le papier avec son casting de stars 5 étoiles, ses moyens confortables et son look de film plus accessible et moins radical, on aurait pu croire que Dolan s’éloignait de l’essence de son cinéma. Grosse erreur. Derrière son côté clinquant (qui fait avant tout écho à ce que le film raconte), Ma Vie avec John F Donovan est sans doute l’œuvre la plus personnelle du génie québécois. Dolan s’y raconte beaucoup, intimement, passionnément, véritablement, mais sans jamais verser dans la projection nombriliste. A travers cette histoire de correspondance entre un jeune garçon qui rêve de cinéma et une star de télévision à succès, le metteur en scène se remémore l’époque où lui-même était un enfant solitaire et passionné, qui rêvait de devenir comédien et écrivait à Leonardo DiCaprio pour lui témoigner toute son admiration. Et au-delà des apparences trompeuses, Dolan reste Dolan avec ce nouvel effort. Le cinéaste ne sacrifie pas son style et ses thématiques sur l’autel du spectacle.

À sa manière et preuve que le metteur en scène est capable de constamment se réinventer, Ma Vie avec John F Donovan est du pur Dolan dans l’âme, différent et pourtant connecté à sa filmographie, avec tout ce qui fait la force de son cinéma. Les personnages et l’intensité des émotions d’abord, une patte qui conjugue le formalisme stylisé, la sincérité du geste et l’authenticité ensuite, et enfin des thèmes forts, abordés frontalement avec cet éternel mélange de force du propos, d’intensité qui prend aux tripes, de poésie du langage et d’intelligence dans la manière de coudre ses idées entre elles. Et les idées sont justement très nombreuses dans cette nouvelle offrande cinéphile d’une densité vertigineuse. Avec une grâce qui force le respect tant l’équilibre et la maîtrise n’étaient pas des évidences devant le pari de ce puzzle au dispositif liant des récits séparés et emboîtés comme un jeu de poupées russes, Dolan parle d’amour maternel, de la dureté de l’enfance, du génie précoce, des contraintes de la vie d’artiste, des difficultés à vivre la différence et à supporter le rejet, de l’importance de trouver sa voie et surtout de savoir qui l’on est, des conséquences à l’affirmer dans un monde qui aime la standardisation, de la passion qui peut dicter une vie et des rêves, ou encore du star system et ses dérives critiquées avec virulence, le film renvoyant au show business et à Hollywood un miroir de sa terrible petitesse voire médiocrité. Il met aussi en garde contre la tentation des préjugés faciles, évoque la sensation d’étouffement dans une société uniformisante, souligne la complexité des sentiments et des liens familiaux, parle d’amour impossible, du poids des modèles inspirants et de la peur d’affirmer sa marginalité dans un monde qui pousse au secret par peur de perdre ce que l’on a construit… Car oui, en 019, il est encore difficile d’être gay et de le dire, surtout à Hollywood. Bref, énormément de choses, énormément de matériel en somme. Mais le plus fascinant dans l’histoire, c’est que rien de tout cela n’est expédié, rien n’est sous traité, survolé ou évoqué de manière superficielle. D’un désastre annoncé, Dolan a tiré un chef-d’œuvre où chaque idée, chaque propos, chaque couche de lecture existe en soi et pour soi dans un film multifacette qui donne du crédit et de la profondeur à tout ce qu’il aborde. A l’arrivée, Ma Vie avec John F Donovan est une leçon d’humanité, un portrait inspirant et une sincère déclaration d’amour au cinéma et à la vie en général. Le tout entre tendresse infinie et mélancolie cruelle, comme si le cœur de Dolan affrontait la difficulté du monde.

L’attente aura été longue mais elle a valu le coup. Dans le sillage d’un Dolan en fabuleux chef d’orchestre dirigeant une composition remarquable, chacun joue sa partition et tout s’emboîte avec magie. Des performances de comédiens prodigieux, dont un Jacob Tremblay hallucinant de conviction et un Kit Harington duquel Dolan arrive à tirer le meilleur, des images magnifiques sublimées par la virtuosité artistique du cinéaste, une BO exceptionnelle dont les notes oscillent entre le pop et la tragédie. Et au-dessus de tout, une richesse mirifique. Dolan nous immerge dans son histoire bouleversante, puis nous submerge par un flot d’émotions continu qui rythment un film épais et dont on ne sent jamais passer la moindre minute tant il est d’une fluidité magistrale. C’était l’une des craintes d’ailleurs, voir le film souffrir de son montage redouté chaotique. Il n’en est rien. Dans l’enfer, Dolan a su trouver le bon tempo, la bonne narration et la bonne dynamique pour que toutes les séquences se répondent et produisent sens, langage ou émotion. S’il est une mise en abyme (pour lui comme pour Kit Harington d’ailleurs, visage idéal pour camper une star de série étouffée, cernée et coincée par le succès), Ma Vie avec John F Donovan n’en demeure pas moins un film aux strates tellement nombreuses, qu’il réussit à être universel dans l’idée que chacun pourra y trouver une sous-composition qui lui parle. Merci Xavier pour cet immense moment de cinéma où l’on passe par toutes les émotions, des petits rires aux plus grosses larmes en passant par un appel à la réflexion qui reste encore longtemps après la séance.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

4 thoughts on “MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN de Xavier Dolan : la critique du film

  1. Bonjour, c’est fou comme ressenti est diamétralement différent du tien.
    J’ai assisté ce soir (28/02/2019) à l’avant première au mk2 bibliothèque en présence de Xavier Dolan et de deux acteurs : Kit Harrington et Susan Satandon.
    Ce long métrage est pour moi un naufrage quasi total et un douloureux désastre.
    Le thème principal du lien et de l’adulation d’un enfant pour une star est inconsistant (la correspondance et les liens qui unissent ces deux personnages sont à peine abordés, ça reste très artificiel. Seule la scène de la lecture par Natalie Portman du courrier final de John F Donovan à Rupert est réussie et poignante). Il y a bcp de scènes maladroites et même parfois assez embarrassantes qui sonnent faux (doublés de ralentis lourdauds), deux personnages principaux pas suffisamment fouillés et en tout cas qui suscitent peu d’émotion, des relations parfois simplettes entre les personnages avec des moments censés être forts qui sont loupés (la scène traitée à la truelle de réconciliation entre le personnage de Natalie Portman et son fils Rupert), des thématiques nombreuses mais aucune vraiment aboutie ou manquant cruellement de maturité et de réelle profondeur (theme de la célébrité et d’’être tout à coup adulé, le rôle des idoles pour les fans, le fait de vivre pleinement sa vie et de ne pas s’oublier, l’homesexualite et l’homophobie extérieure / le fait d’assumer sa nature et qui l’on est, le rôle des parents et en particulier la relation mère fils…).
    Prises individuellement, il y a pourtant des scènes intéressantes mais l’ensemble manque de cohérence, il y a des situations traitées de façon déconcertante de maladresse (la bagarre de John F avec un technicien / scène d’acouphènes à laquelle on ne croit pas un instant). Le casting est extraordinaire avec des acteurs pourtant plein de talent mais ils sont ici très mal exploités (Kit Harington surtout, assez monolithique dans le registre du personnage dépressif à côté de sa vie avec un air quasi perpétuel de chien battu). Il y a des personnages inutiles (la journaliste jouée par la pourtant sublime Tandy Newton), des personnages plaqués pour apporter une morale peu subtile (le personnage âgé qui apparaît à la fin dans le bar et qui parle à John F) et à l’inverse des personnages géniaux que l’on regrette ne pas être davantage présents (l’agent interprèté par la geniale Kathy Bates, le frère de John F qui lui sert de confident / support familial). Le film sombre souvent dans le psychodrame et le melo mal maîtrisé cherchant sa voie au fur et à mesure que le film avance avec des scenes finalement ennuyeuses qui ne suscitent pas d’émotion (John F qui veut renouer avec son boyfriend joué par Chris Zylka).
    Le manque de dramaturgie empêche de vraiment s’intéresser au sort des personnages qui ne suscitent pas de vrai intérêt ou d’empathie,. Meme les musiques ultra populaires desservent le propos car trop appuyées.
    Pour moi quasi rien ne fonctionne dans ce film qui est un errement narratif dans son propos et dans son fond.
    Seule la forme est parfaitement maîtrisée: photo, lumière et cadrage sont excellents.
    Franchement j’adore Xavier Dolan ainsi que tous les actrices et acteurs qui jouent dans ce film, c’est donc pour moi totalement incompréhensible que ce soit si raté.
    Pour cette avant première, les quelques applaudissements timides en fin de séance d’une salle normalement acquise à Xavier Dolan sont malheureusement symptomatiques de l’échec à venir de ce film.
    J’espère juste que Dolan s’en remettra vite et retrouvera tout son talent pour son prochain long métrage.

    1. jeune homme
      votre critique,bien qu’étayée, souffre d’un certain manque d’objectivité,vous gagneriez à vous limitez à des commentaires exemptes de toute prophétie…comment pouvez -vous affirmer l’échec de ce film? quels intérêts avez-vous à dire cela? Cherchez vous un emploi sur ce site?

      1. @argawean, ou plutôt « jeune personne »,

        D’entrée de jeu vous infantilisez Dom en le prenant de haut, peut-être pourriez-vous descendre de vos grands chevaux ? Pas très aimable en tout cas.

        Dom a émit une critique construite qui est celle de son ressenti sur le film, qui est partagé par d’autres personnes et de nombreuses critiques qui ont quelque peu froidement accueilli le film. Est-ce que ce sera un échec ? Si non, ce sera grâce au nom/marque de Dolan et au casting qui est, je dois bien l’avouer, un peu en roue libre sur ce long métrage.

        Ah oui, et ce n’est pas parce que quelqu’un prend le temps et la peine d’émettre un avis construit que cela vous donne l’autorisation de décrédibiliser l’auteur en le prenant de haut. Pour reprendre vos mots, quel intérêt avez-vous à dire cela ? Cherchez-vous à être reconnu comme un rageux sans objectivité ? parce que c’est gagné.

      2. Je rejoins assez Dom concernant la critique du film sauf que j’aurais été bien incapable d’expliquer pourquoi je n’ai pas été terriblement attendrie ou submergée par ce film qui m’a plus mais sans plus. J’ai passé un bon moment, c’est certain , pour autant manque d’émotions : étrange ! ??!
        Je ne lis pas les critiques pour critiquer mais pour m’apporter des éléments de réponses à ma subjectivité car enfin, soyons sérieux, à moins d’être focalisé sur les techniques cinématographiques tel un expert , la subjectivité est à l’origine de nos émotions ( même en ce qui concerne le jeu des acteurs ) alors pourquoi s’en offusquer ?
        Critiquer ce n’est pas dire qu’un film est mauvais, sans quoi on dit juste : ouais c’est de la M…. et puis on surtout on va pas le voir au cinéma !

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