WALL CINÉ PICTURES n°36 : Darkman, Hou Hsiao Hsien, Miracle Mile
Trois idées de films à voir ou à revoir

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36ème numéro du Wall Ciné Pictures, notre rendez-vous « ciné-club » du samedi. Au programme de cette nouvelle escale dans l’histoire du cinéma, l’édition collector ultime du célèbre Darkman de Sam Raimi, un coffret Hou Hsiao Hsien chez Carlotta Films, et la pépite Miracle Mile enfin en Blu-ray !

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DARKMAN
De Sam Raimi – 1990 – 1h35
Genre : Fantastique – USA
Avec : Liam Neeson, Frances McDormand, Colin Friels…
En Blu-ray steelbook le 07 novembre 2017

Synopsis : Peyton Westlake, brillant généticien, vient de réaliser la synthèse des cellules de la peau. Sa femme, avocate, a pour client un constructeur immobilier, Louis Strack Jr, dont un document confidentiel vient de lui révéler les agissements douteux. Elle cache le document dans le laboratoire de son mari. Louis Strack Jr envoie des tueurs pour récupérer son bien. Le professeur est laissé pour mort mais il survit a ses horribles blessures. Défiguré, il réussit à se recomposer un visage, mais qui ne tient qu’une heure, afin d’assouvir sa vengeance.

Film culte pour les uns qui y voient une série B mésestimée, ratage fantastique pour les autres qui pointent du doigt une ambitieuse tentative plombée par son allure nanarde, le Darkman de Sam Raimi a toujours divisé les fans du cinéaste, et ce n’est pas prêt de changer aujourd’hui. Pour certains, celui qui magnifiera le genre avec ses futurs Spider-Man était complètement passé à côté de ses intentions en créant cette sorte de super-héros aux allures de personnage de comics venu des tréfonds de l’épouvante. Vu d’aujourd’hui, il est vrai que Darkman peut paraître vieillot, qu’il est truffé de maladresses et qu’il fleure bon la bisserie à l’exubérance déconcertante. Mais en même temps, c’est exactement ces mêmes éléments qui font justement tout son charme. Ce côté bricolé, criard, parfois même amusément grotesque. Incarné par Liam Neeson, Darkman est un hommage à la culture à la culture comics, un hommage aux vieux monster movie, et à la série B toute entière. Sam Raimi n’y fixait aucune limite à sa folie et le résultat a un petit déjanté qui le rend plus qu’attachant. Alors oui, Darkman n’est pas un chef d’œuvre, mais en avait-il seulement l’ambition ? 27 ans après sa sortie française en novembre 1990, Darkman revient dans une nouvelle édition. Et quelle édition ! Le coffret collector pondu par L’Atelier des Images et distribué par Arcadès est une édition ultime, limitée et numérotée, qui enterre les trois précédentes sorties en France dans les années 2000. Au menu, le film bien sûr, en version restaurée. Somptueusement restauré d’ailleurs, avec une image qui lui offre une nouvelle jeunesse. Également ses deux suites signées Bradford May, présentes sur un second Blu-ray qui permet d’avoir la trilogie complète. Un Comics complète tout cela. Mais l’intérêt de cette splendide édition ne s’arrête pas là. Derrière, c’est plus de 3h30 de bonus qui est proposé pour un décryptage ultra-complet de l’univers de Darkman. On y retrouve des entretiens divers et variés, avec les journalistes Julien Dupuy et Stéphane Moïssakis, avec le directeur artistique, le responsable des décors ou le maquilleur, avec les comédiens Liam Neeson, Frances McDormand ou Larry Drake… Des interviews récents comme d’époque. Également au menu, des storyboard, photos, bandes annonces… A l’arrivée, jamais Darkman n’aura eu droit à un tel traitement. Chapeau, une édition indispensable pour tous les amoureux du film !

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COFFRET HOU HSIAO HSIEN
6 films de Hou Hsiao Hsien / 1980-1986
Genre : Drame – Taïwan
En Blu-ray le 08 novembre 2017

Six films, six œuvres de jeunesse du célèbre réalisateur taïwanais. C’est ce que propose le très beau coffret édité par Carlotta et dédié à l’incontournable Hou Hsiao Hsien. Bien avant son Prix de la Mise en Scène à Cannes pour The Assassin et bien avant ses deux Prix du Jury pour Le Maître de Marionnettes et Millenium Mambo, le chef de file de la Nouvelle Vague taïwanaise avait déjà eu une carrière productive. S’il voit aujourd’hui ses premiers longs-métrages comme des œuvres mineures, Cute Girl (1980) et Green Green Grass of Home (1982) ne manquent pourtant pas d’intérêt pour mieux comprendre l’évolution de ce metteur en scène majeur du cinéma chinois. Cute Girl était une comédie romantique, son premier film. Le réalisateur s’inscrivait dans un genre en vogue mais il tentait de le renouveler avec une approche différente, plus lente, et un style plus sophistiqué. Deux ans plus tard, Green Green Grass of Home est une sorte d’hommage à Ozu, une nouvelle comédie romantique où Hou Hsiao Hsien dessinait déjà les thématiques qui allaient jalonner son cinéma, en plus d’affiner son style. Premier grand tournant en 1983 avec Les Garçons de Fengkuei, son premier grand film à ses yeux. Le début d’un cycle plus personnel, plus autobiographique, relatant le récit d’initiatique d’une bande de copains quittant la campagne pour venir s’installer en ville. Hou Hsiao Hsien y oppose encore une fois la ville et la campagne, une récurrence chez lui, mais désormais, le metteur en scène est arrivé à maturité. Les Garçons de Fengkuei est un petit bijou, le film qui le fera connaître hors de ses frontières. Son sens du réflexif prime sur tout le reste, associé à une lenteur qui n’est pas seulement formelle mais fruit d’une volonté d’observer avec minutie, mille et un détails. Avec Un Temps pour Vivre, Un Temps pour Mourir, tourné en 1985, Hou Hsiao Hsien continue d’explorer le quotidien de la jeunesse taïwanaise. Un sujet qui le poursuit encore bien longtemps, à l’image de Millenium Mambo en 2000. POur beauciup, c’est ici que l’heure de la maturité a sonné et que le cinéaste atteint la quintessence de son art mettant en exergue le temps qui passe comme personne. Poussières dans le Vent (1986) viendra clore ce chapitre autobiographique de sa carrière. Épuré, lent et observateur, avec la balance ville-campagne et la jeunesse au cœur de l’histoire, cet ultime film « de jeunesse » est comme la somme des précédents. On sait clairement de quoi est faite l’essence du cinéma de Hou Hsiao Hsien. Et une chose est sûre, on accroche ou on accroche pas, pas de juste milieu possible. Tous les films de ce coffret sont proposés en version restaurée, avec des introduction de Jean-Michel Frodon. Des analyses de trois films par les critiques Cristina Alavrez Lopez et Adrian Martin permettent de nous conduire doucement vers le morceau de bravoure de ces suppléments : une analyse fleuve de ces films de jeunesse par le grand historien qu’est Jean Douchet (61 minutes). Seul regret, l’absence de Cheerful Wind, le second film de la carrière de Hou Hsiao Hsien.

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MIRACLE MILE
De Steve De Jarnatt – 1989 – 1h27
Genre : Thriller – USA
Avec : Anthony Edwards, Mare Winningham…
Sortie en Blu-ray : 13 novembre 2017

Synopsis : Los Angeles, 4h05 du matin. Après un rendez-vous raté avec la femme de sa vie, Harry décroche le téléphone d’une cabine qui ne cesse de sonner. Une voix lui apprend que des missiles nucléaires vont s’abattre sur Los Angeles dans 1 heure et 10 minutes. Une folle course contre la montre va s’enclencher.

On en avait parlé cet été alors que Splendor Films avait exhumé cette pépite méconnue pour une ressortie en salles, voici que l’on en reparle à nouveau car elle sort… en Blu-ray ! Oui, oui, vous avez bien lu, pas en DVD mais en Blu-ray ! L’éditeur Blaq Out aura fait preuve d’un respect sans faille pour le modeste thriller de Steve de Jarnatt, devenu soudainement « culte » tardivement après un espèce d’étonnant emballement médiatique, amusant quand on le plaque sur le sujet du film. En tout cas, là où bien des éditeurs frileux se seraient contentés d’une édition DVD expéditive, histoire de dire « on l’a édité », Blaq Out a fait les choses proprement, avec une superbe galette HD. Outre le film, on y retrouve un déluge de suppléments comme le score de Tangerine Dream, un entretien passionnant avec le réalisateur, avec les comédiens principaux (A. Edwards et M. Winningham), avec Paul Haslinger du groupe Tangerine Dream etc… Egalement au programme, un sujet sur les retrouvailles du casting, sur le tournage de la scène centrale du Diner avec le storyboard à l’appui, des scènes coupées et prises ratées, une fin alternative (à voir absolument !), et deux court-métrages de Steve De Jarnatt. Si c’est pas beau tout ça !

Pour rappel, Miracle Mile est un ofni déroutant sorti en salles il y a 27 ans, et longtemps tombé dans l’oubli après son triste échec. Porté par Anthony Edwards, le célèbre Dr Greene d‘Urgences, Miracle Mile est une série B fascinante, sorte de thriller pré-apocalyptique, de drame romanesque au milieu d’un contexte chaotique, et de film d’anticipation qui philosophe sur la nature humaine. Ou comment un simple coup de fil mystérieux va provoquer une panique à grand échelle dans tout Los Angeles. On préfère ne pas en dire plus et vous laisser regarder ce film formidable, soutenu par la somptueuse B.O de Tangerine Dream.

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A samedi prochain !

Par Nicolas Rieux

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