AVENGERS (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Avengers
Parents : Joss Whedon
Livret de famille : Robert Downey Jr (Iron man), Mark Ruffalo (Hulk), Chris Evans (Captain America), Jeremy Renner (Le Faucon), Scarlett Johansson (La veuve noire), Samuel L. Jackson (Nick Fury), Chris Hemsworth (Thor), Tom Hiddelston (Loki), Stellan Skarsgard (Dr. Selvig), Cobbie Smulders (Maria Hill), Gwyneth Paltrow (Mlle Potts)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h22 – 220 millions $

Signes particuliers (+) : Visuellement impressionnant. Un effort fait dans l’écriture et la construction. La volonté d’un grand spectacle total mais pas fade, réunissant tous les ingrédients nécessaires.

Signes particuliers (-) : Inégal. Une gestion aléatoire des personnages. Un manque de rythme dans la dynamique narrative. Des longueurs. La bonne direction choisie mais pas par le bon itinéraire. On en attendait plus.

 

RÉUNION DE SUPERHÉROS PAS ANONYMES

Résumé : Nick Fury, directeur du S.H.I.E.L.D., une organisation ayant pour mission de préserver la paix dans le monde, forme une équipe pour combattre une dangereuse menace. Loki, frère du demi-dieu Thor, du royaume d’Asgaard, a mis la main sur un cube cosmique aux pouvoirs illimités et projette de sombres desseins. Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Œil-de-Faucon et La Veuve Noire vont devoir s’allier pour former « les vengeurs » et apprendre à travailler en équipe…

Sept ans. Voilà sept ans que les studios Marvel préparaient ce projet ambitieux de l’adaptation ultime  du film de superhéros avec la transposition au cinéma des fameux Avengers, comics né en 1963 et s’étalant sur plus de 500 numéros. Depuis le tout premier Iron Man, lancé en 2006 et qui a vu le jour en 2008 au cinéma, la firme préparait lentement une finalité, un aboutissement. Et depuis, la sauce est montée et montée encore, la tension et l’excitation avec. Projet impressionnant et proportionnellement casse-gueule, The Avengers est le fruit d’une stratégie quasi-inédite dans l’histoire du septième art. Iron Man I et II, Hulk I et sa suite puis Thor et enfin Captain America, autant de gros blockbusters en forme de marche d’escalier menant progressivement aujourd’hui à ce Avengers, réunion de groupe où tous sont là, ensemble, pour former une équipe qui va devoir lutter ensemble contre le mal. Le projet était pharaonique. Chaque film a développé de son côté son personnage, a posé les bases, a présenté chacun des superhéros cités, en soi. Et chacun avait sa petite scène de fin, celle qui convergeait vers un projet commun, unique, celui-ci. L’attente aura été longue, les rumeurs les plus folles sont nées, l’évolution du projet aura été scruté à la loupe par les fans et le studio Marvel aura veillé au grain durant tout ce temps, car The Avengers est la méga-production ultime qu’il visait. Tellement « méga » que le film a un impératif, marcher. Pour des raisons artistiques d’une part, car il est le point de finalité et de rendez-vous de toutes ces étapes, mais aussi pour des raisons financières tant les ambitions dantesques ont nécessité évidemment, un investissement de temps et d’argent : 220 millions de dollars. Budget colossal pour film colossal réunissant un clique monstrueuse, porté par un casting qui l’est tout autant : Robert Downey Jr (Iron Man), Mark Ruffalo (Hulk), Chris Evans (Captain America), Chris Hemsworth (Thor), Scarlett Johansson (La Veuve Noire), Jeremy Renner (Œil-de-Faucon), le tout sous la direction de Samuel L. Jackson (Nick Fury) et face à Tim Hiddelston (War Horse, Minuit à Paris). Et au passage car rien n’est trop, Gywneth Paltrow, Stellan Skarsgard, Cobie Smulders (How I met Your Mother) et même, dans de petits rôles, Harry Dean Stanton et le réalisateur Jerzy Skolimowski. Tout est démesuré pour cette réunion d’artistes où pour notre plus grand plaisir, l’on ne nous offre pas un, ni deux, ni trois superhéros mais six !

Seule interrogation du coup, le choix du metteur en scène qui allait devoir orchestrer tout ça. Les noms les plus déments, les plus gros et en vue réalisateurs hollywoodiens ont été évoqués. Et c’est pourtant sur le cinéaste Joss Whedon que l’attention de Marvel s’est portée. Un choix qui, sur le moment, aura pu étonner voire dérouter. Créateur des séries cultes (pour beaucoup quant à la première ou pour un groupe d’aficionados pour la seconde) Buffy Contre les Vampires ou Firefly, Joss Whedon se sera imposé dans la lutte pour deux raisons majeures : sa vision annoncée fabuleuse du projet, et le fait qu’il maîtrise le comics originel sur le bout des doigts en grand fans de la saga qu’il est. Le choix reste néanmoins étonnant car Whedon à la barre d’un film aussi ambitieux, demeure source d’interrogation. Réalisateur du long-métrage originel de la série Buffy qui, qu’on se le dise, est une purge de série B, réalisateur du long-métrage dérivé de sa série Firefly qui n’est pas non plus très bon, Whedon est un créateur de génie mais aussi un scénariste qui a pondu notamment le Alien, la Résurrection de notre Jeunet national (sic). Bref, Whedon a encore tout à prouver et il doit le faire sur un film qui n’a pas le droit de se casser la figure et qui, par ailleurs, est très attendu au tournant par des millions de fans.

Le pari semble réussi lorsque les premiers échos laissent augurer un film énorme, le blockbuster ultime comme on a même pu le dire ça et là. Et voilà que l’excitation devient encore grandissante dans le monde entier et c’est la bave aux lèvres que l’on attend désormais a clique des Vengeurs. Quelle déception du coup lorsque l’on découvre le spectacle annoncé, un résultat seulement en demi-teinte, entre le spectacle abouti et l’œuvre ne transcendant pas tout sur son passage. Toutes les craintes se matérialisent. L’attente aura été si puissante que la perfection n’étant pas au rendez-vous, le déception rageuse prend le pas sur les évidentes qualités du métrage de Whedon. Si dans son ensemble, la presse semble louer les qualités du film pop corn de génie, quelques fausses notes ont commencé à crisser par-ci par-là. Et à juste titre. Non, The Avengers n’est pas l’éblouissement auquel l’on s’attendait, non, il ne défonce pas tout tel un broyeur d’œuvres passées. Pire même, il se classe même en dessous de certains des métrages qui ont jalonné sa préparation à commencer par le premier Iron Man du tâcheron Jon Favreau. Le projet était-il trop dur à adapter ? Whedon n’avait-il pas la carrure pour le diriger ? L’heure des questions se pose même si beaucoup semblent y trouver leur compte dans un joyeux spectacle distrayant.

Joss Whedon avait une vision. C’est une certitude et on la perçoit même assez aisément. The Avengers cherche à se focaliser sur les difficultés à réunir une « team », à faire travailler un groupe disparate ensemble, où chacun à son ego, son histoire, son statut de superstar dans son propre film éponyme. C’est tout l’enjeu finalement, bien plus que l’invasion extraterrestre ou que la lutte contre mal évoquée. Whedon essaie de retrouver ce qui a fait la force de sa série culte Buffy contre les Vampires où comment un groupe hétéroclite va être amené à œuvrer main dans la main pour un intérêt supérieur, pour la préservation de l’humanité, pour la lutte contre le mal. Les rancœurs doivent s’effacer, les inimitiés aussi. Chacun va devoir s’effacer au profit du groupe et ce n’est pas chose aisée. Mais la dynamique laborieuse va se mettre en branle, elle va prendre du temps mais va construire sur des échecs, sur des tensions, sur des grincements et des couacs. Whedon cerne bien ce point central et a l’intelligence de chercher à aller plus loin que le simple blockbuster basique où des superhéros en collant ou autre, se tatanent contre de gros méchants. Le cinéaste tente d’injecter une dose de psychologie à son film, de le doter d’un côté moins débilitant que la moyenne, d’une identité propre, de le placer, comme statut ne le nécessite, au-dessus des autres et la tentative est louable. Mais le gros problème de son The Avengers est que chaque bonne idée y est systématiquement sabordée par un manque de caractère, par un manque de personnalité et parfois d’intelligence et de clairvoyance. Le récit de la construction de la dynamique de groupe est malin mais mal amené, souffre de maladresse ou de différence de traitement selon les personnages. Il est aussi bien laborieux, manque de fluidité dans sa progression dramatique. Finalement, chaque personnage fait son show sans que le tout ne soit d’une cohérence et d’une homogénéité sans faille.  Et l’inévitable risque de se matérialiser : les divers protagonistes sont réduits presque à des caricatures d’eux-mêmes (tous sauf Spiderman et Wolverine absents pour cause de droits juridiques). Tony Stark alias Iron Man est réduit à un simple bouffon amuseur de galerie, caution humoristique à un blockbuster, incapable de prononcer une phrase sans plaisanterie ou vanne à l’appui, Hulk devient un enjeu psychologique intense mais sa trajectoire est handicapée par des incohérences ou points sombres et peu clairs, Captain America est l’archétype du soldat discipliné dans son pyjama peu saillant (mais finalement, c’est peut-être le personnage le plus cohérent au vu de son passé), Thor sort ses muscles mais manque de profondeur (alors que le grand méchant est tout de même son frère !) et enfin Œil-de-Faucon et La Veuve Noire sont sous- ou mal exploités et passe, comme ce fut le cas dans les métrages précédents où on les a aperçu, comme des faire-valoir aux quatre autres plus « importants ». Tantôt l’idée est intéressante en ce que chacun apporte sa personnalité, tantôt, elle va être agaçante car peut-être en attendait-on davantage.

Cette première déception n’est que le commencement de plusieurs qui vont s’enchaîner dans le même esprit. On aurait aimé profiter de cette méga-réunion de méga-superhéros pour donner lieu à un film épique et dantesque, défonçant tout sur son passage. Mais là encore, Whedon échoue. Pensant peut-être de trop à son épilogue où force est de constater, qu’il envoie le bois au détour d’une intense bataille finale longue et bien torchée, le reste de son métrage est quand même très paresseux limite ennuyeux et manque de peps et de climax à la hauteur des attentes. Toute son énergie serait-elle passée dans cette fin grandiose ? Allez savoir. Toujours est-il que même elle, manque d’un petit quelque chose de lyrique, manque d’un brin de souffle même si on ne peut décemment lui dénier qu’elle en a pas mal. On aurait aimé assister à un combat démesuré, à une invasion époustouflante qui aurait dépassé le stade d’une cinquantaine d’assaillants belliqueux et la déception, aussi infime soit-elle, vient s’inscrire dans la droite lignée de l’ensemble du film. On exagère presque mais l’épique peine à être au rendez-vous même si l’on se rapproche du final d’un Transformers 3 sans les défauts du film de Bay qui accumulait le too-much permanent au point d’en devenir saoulant par excès de générosité. Whedon met le paquet, ce n’est pas parfait (les grosses créatures destructrices et terrifiantes auraient pu être mieux exploitées), mais c’est déjà pas mal. Dommage qu’il ait fallu attendre si longtemps pour avoir notre dose de spectacle enfin un brin intense ! Car pour en arriver là, il aura quand même fallu se coltiner un très long-métrage poussif tant dans son arc narratif que dans sa construction.

Le bilan est à se demander finalement l’intérêt de l’apport de Whedon sur le projet. On perçoit certaines de ses thématiques phares mais mal exploitées, pas suffisamment creusées, elles manquent de profondeur et n’apportent pas au film la stabilité espérée et ne satisfont pas, pas plus qu’elles ne convainquent. De même d’ailleurs dans la réalisation, qui n’a rien de virtuose et dont les grands moments de bravoure sont plus à mettre à l’actif des infographistes et spécialistes des effets spéciaux qui ont trimé qu’au cinéaste. On pensera par exemple au superbe plan-séquence sur les divers personnages lors de la grosse bataille, splendide mais qui relève des technologies informatiques. The Avengers passe du coup partiellement à côté de son sujet. Gros blockbuster distrayant, parfois enjoué et palpitant, il est surtout avant tout un film bien long inutilement au vu du résultat. On ne pouvait décemment pas torcher une si vaste histoire en 1h30 mais Whedon peine à le rendre palpitant de bout en bout et accrocheur et ennuie plus qu’il ne passionne avant d’attaque son grand baroud d’honneur final. The Avengers ou le blockbuster ultime ? Non. Un blockbuster, oui, mais pas ultime.

Parsemé de défauts, certains plus mineurs que d’autres, le film manque à ses devoirs à trop d’égards et gâche un peu son énorme potentiel. On se plaît à se demander quel aurait été le résultat si un réalisateur habitué à ce type de production et si possible doué avait été à la barre ? Peut-être le film eut-il été plus impressionnant, peut-être nous en aurait-il foutu davantage plein les mirettes, peut-être eut-il été moins chiant sur son ensemble ? Whedon a voulu faire ambitieux. Il a voulu conjuguer le grand spectacle avec une structure laissant la part belle à l’évolution d’un groupe, à la psychologie dramatique, ce que Bryan Singer avait fait brillamment sur son premier X-Men, par exemple. Malheureusement, il laisse sur sa faim d’un côté comme de l’autre. On y était presque pourtant tant les intentions sont bonnes, tant les idées partent souvent dans la bonne direction, tant le mariage entre différents styles, différentes tendances, différents registres (de l’humour à l’action en passant par l’intimiste avec construction posée) mais The Avengers souffre avant tout d’un problème de rythmique et d’erreurs de construction empêchant de profiter d’un spectacle qui aurait pu être totalement jouissif, qui l’était presque même. Whedon a voulu livrer avec passion le spectacle total, il s’en est approché mais a rendu son film bancal et pas assez immersif par volonté de trop bien faire. The Avengers, inadaptable ? Peut-être. Ou alors, peut-être fallait-il un coréalisateur apportant ce qu’il manquait à Whedon et vice-versa. Car une chose est sûre, on a là un film exempt des défauts d’une production Michael Bay, Emmerich ou autre tâcheron américain. Mais exempt également de certaines de leurs qualités. Mais au vu de la complexité de la chose et quand on se ressasse la masse des superproductions hollywoodiennes, on en vient à se demander si c’est pas là le haut du panier, finalement. Si ça n’avait pas été si laborieux à se mettre en place, probablement. En somme, The Avengers, c’est presque vraiment bien mais l’excellence y côtoie souvent le plus moyen. Dans tous les cas, l’attente aura été probablement une composante expliquant la légère déception. Marvel a fait monter une sauce qu’ils ne maîtrisaient plus vraiment et la perfection, si dure à atteindre, entraîne forcément une gêne quand elle est attendue. N’importe quel blockbuster pourra se vanter des qualités ici en présence mais on espérait plus, bien plus. Alors quand c’est correct, on a comme l’impression que c’est pas terrible. Question de proportion.

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