3h10 POUR YUMA de Delmer Daves : la critique du film [Sortie Blu-ray]

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∑ PLAT 3H10 POUR YUMA BD DEFnote 10 -10
Carte d’identité :
Nom : 3:10 to Yuma
Père : Delmer Daves
Date de naissance : 1957
Majorité : 24 juin 2015
Type : Sortie DVD/Blu-ray
(Editeur : Carlotta Films)
Nationalité : USA
Taille : 1h32 / Poids : Budget NC
Genre : Western

Livret de famille : Glenn Ford (Ben Wade), Van Heflin (Dan Evans), Leora Dana (Alice), Felicia Far (Emmy), Robert Emhardt (Butterfield), Henry Jones (Alex Potter), Richard Jaecke (Charlie)…

Signes particuliers : Le chef d’oeuvre de Delmer Daves, du western, et du cinéma en général, est enfin disponible en version restaurée 2k. Carlotta Films en profite également pour proposer dans la même série Cow-Boys (1958), autre grand western du cinéaste.

SI LE  WESTERN M’ÉTAIT CONTÉ…

LA CRITIQUE

Résumé : Suite à l’attaque d’une diligence, Ben Wade, un hors-la-loi bien connu de l’Arizona, est fait prisonnier. Le shérif décide de remettre le malfaiteur aux mains de la justice mais doit agir en toute discrétion pour ne pas croiser la bande de Wade, bien décidée à délivrer leur chef. Dan Evans, un fermier endetté, se porte volontaire pour accompagner le prisonnier jusqu’à Contention City, où les deux hommes doivent prendre le train de 3h10 pour Yuma…3H10 POUR YUMA 06L’INTRO :

Par son imagerie follement visuelle et son univers tellement iconique, le western a toujours été un genre emblématique du cinéma, auquel il aura offert un nombre incalculable de chefs d’œuvre, et ce depuis des lustres. L’une de ses particularités les plus fascinantes, aura surtout été sa capacité à se renouveler formellement un grand nombre de fois, à proposer des histoires d’une formidable originalité malgré un carcan et des codes pourtant très balisés. Des odes lyriques et pures des John Ford, Anthony Mann et autre John Sturges aux œuvres magistralement baroques de Sergio Leone, des sommets résolument américains aux grands classiques italiens, des comédies aux tragédies matricielles, le western a toujours affiché une immense richesse, tel un puits sans fond où les plus grandes œuvres coexistent encore dans l’imaginaire collectif. En 1957, Delmer Daves, grand pourvoyeur de westerns, signe 3h10 pour Yuma, un classique intemporel porté par le charisme inquiétant de Glenn Ford, la présence désespérée de Van Heflin et la beauté de Felicia Kerr. Pour le réalisateur, c’est là son meilleur western. Il confessait dans un entretien accordé à l’époque à Bertrand Tavernier, avoir « essayé de créer un nouveau style dans la manière de raconter une histoire. » Il y est parvenu et 3h10 pour Yuma n’est pas seulement son meilleur western, c’est probablement aussi son meilleur film avec Les Passagers de la Nuit.3H10 POUR YUMA 03L’AVIS :

Delmer Daves fait partie de ces conteurs du western qui ont toujours aimé à croiser le genre avec un autre. Avec 3h10 pour Yuma, le cinéaste fait ce que Robert Wise avait déjà tenté dix ans plus tôt sur Ciel Rouge, importer certains des codes du film noir dans l’imaginaire westernien. Le résultat est ô combien brillant, pas seulement en raison de ce mariage subtilement réussi, mais aussi car 3h10 pour Yuma frappe à la porte de ce sanctuaire aux films quasi-parfait. Il ne fait d’ailleurs pas qu’y frapper, il y pénètre, et on lui déroule même le tapis rouge.3H10 POUR YUMA 04Delmer Daves s’appuie sur un script pourtant basique en apparence. Un duel manichéen en apparence entre un « Gentil » et un « Méchant », même si le scénario signé Halsted Welles adapté d’un roman d’Elmore Leonard, s’applique à nuancer les personnages des « héros » (Van Heflin & Glenn Ford) en leur ajoutant, d’un côté une touche de couardise première qui fera de son action héroïque le récit d’une rédemption personnelle nécessaire, ou  à l’opposé, en conférant une sympathie attachante au bad guy qui lui permet de dépasser sa fonction dans l’histoire. Dans la petite ville de Yuma, deux hommes attendent. Un convoyeur et un hors-la-loi, son prisonnier. Les quelques heures qui les séparent de l’arrivée du train de 3h10 seront interminables quand le gang du criminel arrivera en ville avec l’intention de libérer leur chef. Et 3h10 pour Yuma de prendre des allures de huis-clos à ciel ouvert, de survival sous tension, de thriller étouffant, de film d’action haletant, de duel psychologique, de drame intimiste centré sur le désarroi d’un homme plongé dans un piège cauchemardesque qui le dépasse. L’un des motifs de perfection du film de Daves, est sans nul doute sa richesse thématique et son équilibre des genres. D’abord, la richesse d’une œuvre magistrale et ultra-aboutie fouillant chacun de ses personnages complexes sans jamais le résumer à une fonction dans l’histoire, et l’équilibre d’un film qui jongle avec adresse et précision millimétrée entre ses visages qui cristallisent un suspens aliénant. 3H10 POUR YUMA 01Sur la foi d’une intrigue linéaire, Delmer Daves parvient à transcender son récit, à lui conférer une dimension tragédienne exceptionnelle. Pour cela, rien n’est trop superflu. Mise en scène de génie, photographie sans cesse pensée, cadrages soignés et souvent lourds de sens, dialogues précis et sans fioritures et surtout, un humanisme qui porte le film du côté de la fable doublée d’une réflexion dominante sur la responsabilité morale du citoyen dans les mécanismes d’une société participative. Proche du classique Le Train Sifflera Trois Fois de Zinnemann, 3h10 pour Yuma est probablement l’un des tous meilleurs westerns jamais tournés. Un film emblématique, à la fois terriblement inventif et pourtant classique dans le respect qu’il témoigne à l’égard du genre, et dont l’ambiance paranoïaque et le tic tac du temps qui passe lentement, n’est pas sans rappeler l’atmosphère d’inquiétude qui régnait aux Etats-Unis en 1957, alors que se profilait l’angoisse de la Guerre Froide. Duel fascinant, 3h10 pour Yuma est enfin l’affaire d’un casting, d’un côté la force virile d’un Glenn Ford capable de témoigner des relents d’humanité, et de l’autre, le visage presque terrifié d’un Van Heflin seul contre tous. Deux grands comédiens pour un affrontement d’anthologie. Et un chef d’œuvre à (re)découvrir d’urgence, dans une nouvelle version remasterisée.81ddxmxqa3L._SL1500_

LE BLU-RAY & LES SUPPLÉMENTS

Le Blu-ray édité par Carlotta Films permet de redécouvrir le classique de Delmer Daves dans une toute nouvelle version restaurée d’une formidable beauté. La restauration (par les mêmes personnes que celles qui s’étaient occupées des fabuleuses restaurations de Bunny Lake a Disparu de Preminger ou de La Dame de Shanghai d’Orson Welles) est en tout point admirable et restitue avec virtuosité le travail esthétique de Daves, notamment sur l’utilisation du noir et blanc et de ses nuances. On ne peut qu’être saisi par la nouvelle perfection de l’image enterrant le précédent DVD de 2002 que l’on avait, et qui témoigne à lui-seul du fossé qui sépare les deux technologies ainsi que le travail effectué sur cette ressortie. 3H10 POUR YUMA 02Côté suppléments, Carlotta Films propose en compléments, deux documentaires édifiants. Le premier « Delmer Daves par Michael Daves » (23 min.) propose un éclairage sur le cinéma du cinéaste par l’entremise de son fils qui revient d’abord sur sa carrière, notamment ses débuts en tant que comédien puis scénariste, avant de s’attarder plus longuement sur le triomphe qu’est 3h10 pour Yuma, sans aucun doute son plus grand chef d’oeuvre. Ensuite, c’est au tour de Phedon Papamichael d’analyser le film (24 min). Le chef opérateur du remake de James Mangold évoque le travail formel effectué par Daves à l’époque, et le rapproche de l’esthétique du film noir de l’époque, faisant au passage, quelques ponts avec le remake de 2007. Deux entretiens passionnants qui raviront les cinéphiles.

Par Nicolas Rieux

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