MARYLAND de Alice Winocour : la critique du film [Cannes 2015]

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note 3 -10
Carte d’identité :
Nom : Maryland
Père : Alice Winocour
Date de naissance : 2014
Majorité : 30 septembre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : France, Belgique
Taille : 1h38 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Matthias Schoenaerts (Vincent), Diane Kruger (Jessie), Paul Hamy, Zaïd Errougui-Demonsant (Ali), Percy Kemp (Imad), Victor Pontecorvo (Tom)…

Signes particuliers :  Il serait grand temps que Matthias Schoenaerts, comédien prodigieux, redresse la barre et fasse de bons choix de carrière.

UN CERTAIN REGARD SUR L’ÉCHEC

LA CRITIQUE

Résumé : De retour d’Afghanistan, Vincent, victime de troubles de stress post-traumatique, est chargé d’assurer la sécurité de Jessie, la femme d’un riche homme d’affaires libanais, dans sa propriété « Maryland ». Tandis qu’il éprouve une étrange fascination pour la femme qu’il doit protéger, Vincent est sujet à des angoisses et des hallucinations. Malgré le calme apparent qui règne sur « Maryland », Vincent perçoit une menace extérieure…Maryland_Matthias_SchoenaertsL’INTRO :

C’est bien connu, le Festival de Cannes est une sorte de grand ballet où les mêmes convives reviennent chaque année avec des partenaires différents. Traduction, les mêmes auteurs et leurs nouvelles œuvres, valsant d’une section à une autre, visant la progression vers la plus prestigieuse de toutes : la sélection officielle. La cinéaste Alice Winocour avait connu les honneurs de la Semaine de la Critique dès son premier long-métrage, Augustine, en 2012. Trois ans plus tard, la revoilà, mais dans la sélection Un Certain Regard cette fois-ci, où elle présente Maryland, une coproduction franco-belge avec le décidément partout Matthias Schoenaerts et la belle Diane Kruger.MarylandL’AVIS :

Lancé sur les voies du drame psychologique sourd, inconfortable et apnéique avec le portrait immersif d’un soldat instable depuis son retour du front, souffrant d’un syndrome post-traumatique psychotique entre angoisses suffocantes, migraines, accès de violence, déséquilibre à tous les niveaux, frustration sexuelle et paranoïa, Maryland réussit à se tenir à peu près droit sur ses jambes malgré quelques défaillances branlantes, pendant plus ou moins trois quarts d’heure. Mais curieusement, on ne peut s’empêcher de ressentir un étrange sentiment planant en fond, celui d’être confronté à un effort hésitant, prêt à basculer à tout moment autant du côté de l’œuvre puissamment bouleversante que vers le film passablement raté, confus et sans vision aboutie. On peine à clairement entrevoir où veut en venir Alice Winocour, vers quoi tend son effort brouilleur de pistes, ce qu’elle cherche à raconter. Les choses se précisent lorsque des notes de polar entrent en piste. Elles se confirment quand Maryland vrille ouvertement vers le thriller pseudo-hitchcockien. Tout à coup, sans crier gare, Maryland est victime d’une étonnante rupture d’anévrisme inondant son cerveau d’un afflux soudain, de caillots de bêtise. Le film part en cacahuète, sombre dans le nanar surréaliste, enchaîne les scènes toutes plus grotesques les unes que les autres, et d’un film troublant et ambigu, en équilibre sur un filin, Maryland bascule avec une brutalité inopinée, tombant ni à gauche, ni à droite, mais au milieu, se prenant les bijoux de famille sur la corde raide sur laquelle il évoluait, en poussant un hurlement appelant à la série B calamiteuse et risible.maryland_54Film schizophrène par excellence, Maryland est une curiosité déconcertante, capable de bonnes choses durant sa première moitié (même si elles restent noyées dans une non-maîtrise criante), comme d’une tordante stupidité dans sa seconde, alors que la metteur en scène, nantie d’une prétention fort déplacée pour le coup, se prend pour un croisement entre Hitchcock et Nicolas Winding Refn, ses clins d’œil à Drive étant tellement appuyés qu’ils en deviennent presque pathétiques. Et au final, le film de ne pas raconter grand-chose ou, du moins, fort mal, d’errer confusément entre le drame, le thriller, le home invasion, de laisser en plan des zones d’ombre grosses comme des avions, de se couvrir de ridicule, en plus d’être porté par un duo bancal, Schoenaerts se contentant de faire du Schoenaerts en mode Bullhead alors que Diane Kruger joue comme une patate bouillie mal assaisonnée. Pauvre Maryland, il aura été la franche rigolade de ce Festival de Cannes, mais à ses dépends. On ne saura même pas dire ce qui est le plus affligeant chez lui, sa tentative audacieuse de mélange des genres qui se vautre lamentablement en raison d’une écriture aussi erratique que mal fichue, sa gaucherie balourde générale, la progression et les relations incohérentes entre les personnages, ses dialogues culminant très haut dans la consternation, ou son final à double-lecture épouvantablement débilitant, qui passerait presque pour une caricature nanardeuse d’un téléfilm bisseux. A ce niveau là de désopilant, on en redemanderait presque.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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