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2 DAYS IN NEW YORK (critique)

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Carte d’identité :
Nom : 2 Days in New York
Parents : Julie Delpy
Livret de famille : Julie Delpy, Chris Rock, Albert Delpy, Alexia landeau, Alexandre Nahon, Daniel Brühl, Vincent Gallo, Dylan Baker, Kate Burton…
Date de naissance : 2011
Nationalité : France, Belgique, Allemagne
Taille/Poids : 1h35 – Budget N.C.

Signes particuliers (+) : Drôle, fantaisiste. Une belle satire, pendant à l’envers de son prédécesseur.

Signes particuliers (-) : Quelques dérives grossièrement caricaturales. Moins de rythme et de justesse que dans le premier qui était meilleur.

 

YESTERDAY IN PARIS, TODAY IN NEW YORK

Résumé : Marion vit désormais à New York, en ménage avec Mingus, un journaliste animant des émissions de radio. Chacun a un enfant, Marion tente de percer dans l’art et a une importance exposition qui approche. Quand sa famille française débarque à New York, le choc des cultures va prendre tout son sens. Entre sa famille et son amour pour Mingus dépassé, Marion doit gérer une situation pas facile.

Cinq ans après son virevoltant et délectable Two Days in Paris, la comédienne Julie Delpy, qui a depuis peaufiné tout son art de la mise en scène par des projets divers à la sensibilité toujours touchante et délicate (La Comtesse, Le Skylab) revient à son succès d’antan mettant aux prises les divergences de culture entre les Français et les Américains, deux cultures auxquelles elle voue une profonde affection. Marion a évolué durant ces cinq dernières années. Elle vit toujours à New York de son métier d’artiste, mais a quitté Jack (Adam Goldberg) et est désormais en ménage avec Mingus, journaliste et animateur radio raffiné et cultivé. Mingus a une fille, Marion a un fils et ensemble, ils forment une jolie petite famille franco-américaine mais si typiquement new-yorkaise.

Avec 2 Days in New York, Julie Delpy approfondit son sujet et scrute de nouveau les petites différences mais qui paraissent si importantes pourtant, qui séparent les cultures française et américaine. Sauf que cette fois, elle inverse les rôles. Son petit ami n’est pas de passage dans une France qu’il découvre, étonné mais c’est sa famille qui va aux États-Unis. Le choc des cultures est toujours le même, mais il se joue sur l’autre sol, cette fois. Et peu importe l’endroit, décidément, nous sommes vraiment très différents dans les mentalités.

Le premier 2 Days se nourrissait d’un équilibre parfait entre décalage amusé et amusant et comédie romantique jubilatoire d’un couple passant un cap important dans leur relation. Sans jamais accentuer la caricature, Julie Delpy parvenait à régaler avec sobriété et finesse, jouant sur un fil entre la gentille moquerie fondée sur des vérités bien observées et l’humour magistralement écrit dans le titillement d’un couple fragile où tout n’est pas parfait. Le choc des cultures était l’occasion d’un sublime affrontement entre un Adam Goldberg parfait représentant du maniérisme new-yorkais voyant d’un œil critique des Français qu’il observe à la force de préjugés et une Delpy en parfaite française épanouie car retrouvant ses origines et ses sources et s’y adonnant avec un plaisir nature et naturel non maîtrisé et sans retenue. On pouvait en toute légitimité se demander si une suite était nécessaire malgré le déménagement géographique de l’histoire car ici ou là-bas, les différences restent les mêmes. La pertinence de cette « séquelle » était alors toute relative, mais n’ayant commis aucun faux-pas dans sa nouvelle carrière de metteur en scène, un projet signé Julie Delpy avait de quoi attirer et susciter l’intérêt. D’autant qu’elle a longuement réfléchi avant de se lancer dans l’aventure, cherchant avant toute chose, la matière nécessaire à une telle entreprise.

2 Days in New York part, comme la plupart des films de la comédienne/cinéaste, d’une base ancrée dans la réalité. Toujours juste, Delpy observe, pense, réfléchit et parvient à cerner un quotidien qu’elle retranscrit toujours avec pertinence. Et c’est de la réalité qu’elle va partir, une fois de plus, pour livrer une comédie enjouée et inspirée. Proche du cinéma d’un véritable new-yorkais de souche, Woody Allen, la grande force de ce second opus est résolument sa partie comique. Par le truchement du décalage culturel, Delpy plonge à nouveau dans l’intimité du couple et réfléchit sur les petits tracas qui peuvent le mettre en danger et notamment, les relations familiales. Des relations familiales qui prennent encore plus de présence et d’importance du fait qu’elles viennent s’additionner à cette immersion d’une famille française dans un États-Unis ne leur ressemblant pas. Et comme pour le premier volet, c’est un festival de divergences, d’incompréhensions, de décalages en tout genre qui s’offrent à nous. Tout un tas de petites choses viennent rappeler le grand écart culturel qui nous oppose à nos amis d’outre-atlantique. Les libertés discursives s’opposent à la réserve puritaine américaine, le naturel de vie s’oppose à la pudeur excessive, la gouaille s’oppose à la discrétion. Plus qu’une opposition franco-américaine, c’est plus une opposition franco-new-yorkaise que dépeint la cinéaste, ne jouant pas sur la culture américaine en général mais précisément sur la culture d’une ville réputée pour son image de ville de l’art, de la bonne tenue, de la culture, une ville plus proche du fameux bobo parisianisme. Incontestablement, Delpy amuse, fait rire avec délectation tirant de nombreux éclats de rires aussi bien par le décalage que par les nombreux gags à base de situations loufoques, cocasses et confuses.

Proche de son modèle sur certains points, 2 Days in New York est pourtant dans le même temps très différent de celui-ci. Plus hystérique, plus déjanté, ce nouvel exercice se montre moins fin et ne retrouve pas la délicatesse du précédent en accentuant pas mal un aspect caricatural, absent de 2 Days in Paris et ça en c’était justement la grande force et sa fraîcheur. Cette fois, Delpy semble moins se reposer sur un naturel nonchalant et décontracté et force un peu l’humour, l’écrivant davantage plutôt que de rester sur un naturel à fleur de peau. Grossissant le trait (surtout avec le personnage de son père qui en vient à ressembler à un ogre pouilleux presque ragoûtant) au marqueur, on peut regretter que cette suite ne soit pas aussi fine et intelligente que son modèle. Pour autant, il est hors de question de bouder son plaisir à retrouver une comédie vaudevillesque pleine d’entrain et qui par moments, arrive à se hisser avec brio au niveau de son illustre prédécesseur. Sans être aussi constant, 2 Days in New York cherche à philosopher sur la vie, sur les étapes qui la constitue, sur son « existentialité ».

Mêlant sérieux et légèreté, cette nouvelle œuvre d’une cinéaste unique en France au talent fou, est une fois de plus foisonnante d’idées et pleine de drôlerie et de mordant. Dommage alors qu’elle vacille dans de brefs passages, dans un grotesque dispensable atténuant la férocité de la satire maligne pour la faire dériver vers la farce un brin exagérée. Un peu plus bancal et moins parfaitement maîtrisé, 2 Days in New York reste néanmoins une jolie comédie tantôt hilarante, tantôt un poil énervante mais qui parvient à souvent régaler avec très bon Chris Rock à contre-emploi de ses rôles de pitre (même s’il ne fait pas oublier un Adam Goldberg qui était décidément idéal pour le rôle). Moins bon mais on est partait de tellement haut, qu’on reste dans le pas mal quand même !

Bande-annonce :


2 Days in New York Bande Annonce VOST # 2 par Filmsactu

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