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VESPER CHRONICLES de Kristina Buozyte et Bruno Samper : la critique du film

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Nom : Vesper
Parents : Kristina Buozyte, Bruno Samper
Date de naissance : 2021
Majorité : 17 août 2022
Type : sortie en salles
Nationalité : Belgique, Lituanie, France
Taille : 1h55 / Poids : NC
Genre : SF

Livret de Famille : Raffiella ChapmanEddie MarsanRosy McEwen

Signes particuliers : Science-fiction à l’européenne. 

Synopsis : Dans le futur, les écosystèmes se sont effondrés. Parmi les survivants, quelques privilégiés se sont retranchés dans des citadelles coupées du monde, tandis que les autres tentent de subsister dans une nature devenue hostile à l’homme. Vivant dans les bois avec son père, la jeune Vesper rêve de s’offrir un autre avenir, grâce à ses talents de bio-hackeuse, hautement précieux dans ce monde où plus rien ne pousse. Le jour où un vaisseau en provenance des citadelles s’écrase avec à son bord une mystérieuse passagère, elle se dit que le destin frappe enfin à sa porte…

AMBITIEUX ET AUDACIEUX

NOTRE AVIS SUR VESPER CHRONICLES

La science-fiction au cinéma, c’est compliqué. Ça l’a toujours été. La science-fiction d’auteur, ça l’est encore plus. Et si vous rajoutez à cela que c’est européen, à petit budget et aucunement basé sur un matériel préexistant, vous obtenez un cocktail à l’instabilité vraiment pas rassurante. C’est pour toutes ces raisons et parce qu’il est réussi que Vesper Chronicles est presque un petit miracle de cinéma. Non pas que le film coréalisé à quatre mains par le couple Kristina Buozyte & Bruno Samper soit un chef-d’œuvre mémorable transcendant le genre mais il se réclame de ce genre d’entreprise dont on a avant tout envie de saluer la beauté et l’audace du geste. Produit pour un budget infime ne dépassant pas la très petite poignée de millions d’euros (on parle d’un chiffre autour de 2 millions d’euros), Vesper Chronicles impressionne par ce qu’il parvient à proposer eu égard au background de ses prétentions.
Entre Avatar et Vesper Chronicles, il existe un fossé gigantesque, celui qui symbolise toute la différence entre un énorme blockbuster hollywoodien dirigé par les meilleurs au monde et très armé pour tenir ses ambitions et un petit film fragile produit à l’énergie de chaque instant pour des personnes passionnées qui donnent leur maximum en s’appuyant sur les spécialités de chacun. Pourtant, un point commun les relie. On pourrait presque dire que Vesper Chronicles est à la SF d’auteur ce qu’Avatar a été au gros mastodonte américain. Ce point commun est à aller chercher dans la confection du scénario. Dans les deux cas, l’histoire (l’intrigue pour être plus précis) est simple. Dans les deux cas, c’est l’univers qui est imaginé tout autour d’elle qui enrichie considérablement l’expérience. Kristina Buozyte et Bruno Samper nous plongent dans un monde post-apocalyptique comme on en a beaucoup vu, avec une terre de désolation, des humains qui survivent comme ils peuvent, dépourvus de tout. Mais avec leur peu de moyens, les compères parviennent à matérialiser ce monde avec crédibilité et imagination au point de nous faire ressentir la boue, le poisseux grisâtre et le pessimisme de ce monde âpre et effondré. Une nature vivante et hostile, la brume, de mystérieuses citadelles où vivent les fortunés contre les forêts boueuses pour les autres, une nourriture raréfiée, des humanoïdes esclaves, des drones qui survolent dans le ciel… Plus que l’histoire en elle-même, c’est vraiment tout cet imaginaire illustré par des effets spéciaux aussi discrets que très créatifs qui sublime un film lourdement crépusculaire et nihiliste. Un imaginaire qui paraît tout droit sorti d’une saga littéraire en plusieurs tomes (et dont on nous offrirait l’introduction) alors qu’il s’agit d’une pure création originale. Deuxième geste à saluer avec enthousiasme, ce courage de s’être lancé sans filets dans une aventure périlleuse en créant de toutes pièces un univers riche, dense et inspiré.
Vesper Chronicles n’est pas un film parfait. Il traîne derrière lui une impression très littéraire (ou très BD). Cinématographiquement, le film manque parfois d’un peu de rythme, d’une épure narrative pour se rendre plus efficace, de consistance dans l’intrigue aussi. Mais il compense. Par une esthétique très personnelle, par des effets spéciaux minutieusement pensés et placés, et surtout, comme beaucoup de films désargentés, par un regard plus axé sur l’humain que sur le spectacle. Ici, les personnages sont au cœur de tout et coexistent avec l’une des thématiques majeures, la science. La biotechnologie est souvent considérée comme l’avenir de la science. Bien des films de SF passés se sont inquiétés des dangers du développement de la robotique et de la sur-robotisation. Cette thématique majeure de la SF appartient un peu au passé. Kristina Buozyte & Bruno Samper imaginent les dangers de ce qui pourrait être la prochaine grande révolution scientifique avec ce paramètre encore plus risqué de l’organique. Jouer avec des robots est une chose. Manipuler de l’ADN en est une autre. Et Vesper Chronicles d’introduire un monde où l’humanité aurait échoué, un monde très sombre, qui officie comme symbole d’un propos très engagé à la fois en faveur de l’écologie et contre le capitalisme qui, comme c’est bien montré, se redessine toujours dans toutes les sociétés, prouvant à répétition son incapacité à fonctionner tant les luttes des classes finissent toujours par atteindre un point de non-retour.

Par Nicolas Rieux

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