WHERE TO INVADE NEXT de Michael Moore : la critique du film
Sortie cinéma / Festival de Deauville

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where_to_invade_nextMondo-mètre
note 3 -5
Carte d’identité :
Nom : Where to invade next
Père : Michael Moore
Date de naissance : 2016
Majorité : 14 septembre 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h55 / Poids : NC
Genre : Documentaire

Livret de famille : Michael Moore…

Signes particuliers : Michael Moore, avec ses qualités et ses défauts.

L’EXPÉDITION EUROPÉENNE DE MICHAEL MOORE

LA CRITIQUE DE WHERE TO INVADE NEXT

Résumé : Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

where_to_invade_next_2Sept ans que le trublion Michael Moore s’était absenté des écrans. La dernière fois qu’il s’était payé une charge critique contre le système américain, c’était en 2009 avec Capitalism : A love story. Depuis, silence radio. Michael Moore n’avait-il plus rien à dire ? En tout cas, depuis l’intronisation d’Obama à la Maison Blanche et le départ de son ancien ennemi numéro un, George W. Bush, le documentariste à la verve inimitable s’était mis en « pause ». Peut-être attendait-il de voir si le nouveau locataire de Washington allait répondre à ses attentes économico-sociales avant de refaire un tour dans sa réserve à boulets rouges… Si tel était le cas, visiblement Michael Moore est un homme un peu déçu. Car aujourd’hui, à quelques mois des prochaines élections américaines, le voilà qui ressort sa caméra pour une balade à travers l’Europe. L’objectif ? Aller voir de plus près ce qu’il y a de mieux dans les autres pays afin de leur piquer les idées, et de les importer aux Etats-Unis, dans l’espoir de l’instauration d’une vie meilleure.where_to_invade_next_5Sous ses airs de trouble-fêtes toujours prêt à venir importuner les cibles de son courroux, Michael Moore est un éternel utopiste qui croit fermement en l’idée qu’il est encore possible de remettre l’Amérique sur de bons rails. S’amusant de cet éternel besoin qu’ont les Etats-Unis d’avoir un ennemi à combattre quelque-part dans le monde, généralement avec la volonté insidieuse de vouloir lui piquer quelque chose (du pétrole ou autre), Moore fictionnalise le début de son nouveau documentaire et s’imagine en soldat roulant pour le compte de l’Oncle Sam, avec comme mission d’aller envahir tout un tas de pays pour leur chiper leurs bonnes idées sociétales. En fond, il s’agit surtout de montrer au public américain, tout ce qui pourrait être différent si l’Amérique prenait un peu plus exemples sur des modèles étrangers qui fonctionnent. Enfin, qui « fonctionnent »… C’est justement sur ce point que toute l’entreprise « moorienne » est tiraillée entre noble crédibilité et vacuité mensongère de la démarche. Chacun choisira son camp.where_to_invade_next_3Sur le papier, l’idée de Michael Moore est aussi drôle qu’intelligente. Plutôt que de chercher à dénoncer pour la énième fois ce qui ne fonctionne pas aux Etats-Unis, le cinéaste décide de procéder autrement, d’aller voir ce qui fonctionne ailleurs pour mieux montrer aux américains, ce qui cloche chez eux. Et en fond, pour leur montrer la voie à suivre alors que se profilent les prochaines élections présidentielles. De l’Italie à l’Allemagne, de la France à la Slovénie, en passant par la Finlande, le Portugal ou l’Islande, Michael Moore, qui n’a jamais eu sa langue dans sa poche, fait semblant d’envahir différents pays européens armé de son drapeau yankee. Les envahir pour leur extorquer des idées. Les congés payés en Italie, l’organisation du travail en Allemagne, les universités gratuites en Slovénie, le système éducatif en Finlande, la lutte contre la malbouffe en France. Autant d’exemples qui l’ont fasciné et qu’il regrette de ne pas voir présents dans le modèle américain.where_to_invade_next_4Comme souvent avec Michael Moore, l’idée générale est bonne et le propos global ne manque pas de pertinence. Mais comme souvent avec Michael Moore, ce sont les détails qui dérangent, comme une maison magnifique dans son allure grossière, mais qui pècheraient dans les finitions. A chaque pays visité, le provocateur Moore montre une ou plusieurs bonnes choses, faisant immédiatement le parallèle avec ce qui ne va pas aux USA. La démonstration fait souvent rire mais quid de sa crédibilité ? Car au-delà des points ultra-spécifiques qu’il vante aux quatre coins de l’Europe, le documentariste oublie tout ce qui se cache derrière cette belle façade à la noblesse traître. Le chômage en Italie, la crise au Portugal, la réglementation du travail allemande qui lutte contre le non-emploi mais qui favorise la précarité etc… Moore voit le beau chez les autres et occulte le mauvais. A cette attaque sur l’idéalisation des pays visités, le bonhomme a la parade facile. Pour lui, il s’agissait de venir récupérer ce qui est bien, pas ce qui est mal. « J’y suis allé pour cueillir les fleurs, pas les orties. » Alors oui, pourquoi pas, mais peut-on vraiment dissocier les bonnes et les mauvaises choses ? C’est là que l’on peut s’interroger sur la crédibilité de son entreprise. Vanter un aspect du modèle social italien en affirmant que les américains devraient s’en inspirer sans prendre en compte le fait que cet aspect s’insère dans une politique générale d’un pays en train de couler, que dire ? Where to Invade Next est aussi brillant sur la forme qu’il ne laisse circonspect sur la fond.where_to_invade_next_1Au final, ce nouveau pamphlet est une sacrée charge virulente contre le modèle économico-politico-social américain faite de raccourcis gênants. Moore égrène toute une série de problèmes divers et variés qui plombent son pays, l’insatisfaction professionnelle, l’absence de vacances, l’obésité, la mauvaise gestion du système éducatif, les études au coût prohibitifs… Sur ce versant critique, Where to Invade Next est pertinent. En revanche, les idées notées par le documentariste au fil de ses pérégrinations en Europe sont-elles vraiment des solutions ? Pas si sûr. Et le documentaire tout entier de vaciller un peu de son piédestal par son manque de sérieux, de discernement aussi, et sa manière de travestir les choses pour mieux atteindre son but et l’idée visée. Encore une fois, Moore est malin, Moore a l’œil pour remarquer des choses, mais Moore a une dialectique et un esprit de synthèse qui posent problème car ses conclusions en sont pas toujours des vérités justes. Comme on dit, l’herbe paraît toujours plus verte ailleurs. Mais est-ce vrai ? A en croire Michael Moore, oui. On en est moins sûr vu d’ici.

Par Nicolas Rieux

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