WALL CINÉ PICTURES – n°17 : trois idées de films à voir ou à revoir
Ciné-club

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17eme numéro du Wall Ciné Pictures, notre rendez-vous « ciné-club » du samedi et ses trois idées de films à voir ou à revoir. Au programme de cette nouvelle escale dans l’histoire du cinéma, un Billy Wilder au sommet de son art, loin de ses comédies truculentes, un premier film primé à Sundance et un Sidney Lumet habité par un profond pessimisme.

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LE GOUFFRE AUX CHIMÈRES
De Billy Wilder – 1951 – 2h25
Genre : Drame
Avec : Kirk Douglas, Robert Arthur, Jan Sterling, Porter Hall

Synopsis : Charles Tatum, journaliste sans scrupules, va exploiter un scoop. Au Nouveau-Mexique, Léo Minosa, un Indien, est coincé au fond d’une galerie effondrée. S’arrangeant pour être le seul journaliste sur le coup, il va persuader le shérif de choisir la formule de sauvetage la plus lente. Tatum va devenir l’amant de la femme de la victime et poussera l’hypocrisie jusqu’à devenir l’ami de Léo.

La carrière de Billy Wilder est jonché de chefs-d’œuvre. Normal, Billy Wilder est l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Si on se souvient souvent de lui pour ses comédies, Billy Wilder a su également s’illustrer dans le drame. Parfait exemple, le formidable Le Gouffre aux Chimères, peut-être même l’un de ses meilleurs films. Avec ce récit terrible et poignant d’un journaliste sans scrupules cherchant à exploiter le drame d’un homme coincé dans une mine qui vient de s’effondrer aux Nouveau-Mexique, Billy Wilder dresse un portrait acerbe des médias, entre hypocrisie, cupidité et amoralité, mais également par extension, un portait terrible de l’espèce humaine en général, toujours prête au voyeurisme, surtout quand il s’agit de contempler le malheur d’autrui. Dans ses comédies, Billy Wilder a toujours eu un penchant pour la satire et l’humour acide voire cynique. Ici, il évacue l’humour. Reste la satire, l’acidité, et un regard sur le genre humain au paroxysme du cynisme… mais terriblement juste dans le même temps. Et on ne manquera pas de s’amuser du titre original, dont le jeu de mot est une délicieuse subtilité bien wilderienne (Ace in the Hole => Asshole – comme le personnage brillamment incarné par Kirk Douglas).

Actuellement au cinéma, en version restaurée.

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SIN NOMBRE
De Cary Fukunaga – 2009 – 1h36
Genre : Drame – USA/Mexique
Avec : Edgar Flores, Paulina Gaitan, Diana Garcia…

Synopsis : Au Honduras, la jeune Sayra retrouve son père après une longue séparation. Elle va enfin réaliser son rêve, émigrer avec lui et son oncle aux Etats-Unis.Au Mexique, Casper est membre de la  » Mara « , l’un des terribles gangs d’Amérique Centrale. Pour venger la mort de sa fiancée, il tue un chef de bande et prend la fuite. Sur le toit du train qui file vers le Nord, entourés de centaines de candidats à l’émigration, Sayra et Casper se rencontrent. Il fuit son passé criminel, elle espère un avenir meilleur: parviendront-ils à échapper ensemble à leur destin et à franchir la frontière ?

Prix du jury (mérité) au festival de Sundance, Sin Nombre fut le premier long-métrage du réalisateur Cary Fukunaga. La genèse de cette coproduction américano-mexicaine tournée en Amérique Centrale, avait presque plus fait parler que le film lui-même. Téméraire, le jeune réalisateur était parti à la rencontre des pires gangs sud-américains, pour recueillir de nombreux témoignages afin d’alimenter le contenu de son film. De cet impressionnant travail documentaire, il va tirer une fiction cruelle de réalisme, dans l’esprit du brésilien La Citée de Dieu. Œuvre sombre, désespérée et mélancolique, Sin Nombre est un drame intense sur la condition d’une certaine jeunesse mexicaine en détresse, doublé d’une réflexion sur la violence en spirale, où la mort appelle la mort dans un tourbillon aussi inéluctable que dramatique. Poignant, cruel et habité par une insondable dureté conjuguée à une détresse à la fois morale, sociale et quotidienne, Sin Nombre prend des allures de road trip tragique, sorte de fuite en avant vers un avenir plus lumineux et optimiste, mais dont le voyage sous tension sera jonché d’obstacles, au point de devenir une odyssée fataliste.

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CONTRE-ENQUÊTE
De Sidney Lumet – 1990 – 2h17
Genre : Drame – USA
Avec :  G.W. Bailey, Nick Nolte, Timothy Hutton…

Synopsis : Le lieutenant Mike Brennan est un flic hors pair. Une nuit, il abat le gangster Tony Vasquez. Plusieurs témoins confirment qu’il a agit en état de légitime défense. Pourtant, le jeune juge Al Reilly, chargé de la rédaction du procès verbal, ne tarde pas à avoir des doutes sur la véracité des faits…

On termine avec un film du grand Sidney Lumet, lequel poursuit sa dissection des rapports entre loi et morale avec Contre-Enquête, 17 après le chef-d’oeuvre qu’était Serpico. Jeune et naïf, un assistant du procureur va rapidement déchanter sur un monde qu’il idéalisait, celui d’une police new-yorkaise qu’il voyait au-dessus de tout soupçon. Mais c’est en grattant le vernis au cours d’une contre-enquête censée n’être qu’une formalité, que la peinture s’écaille et qu’Al Reilly va découvrir un monde affreux, fait de magouilles et arrangements divers. Un monde où même les plus irréprochables ont une part d’ombre, qu’il vaut mieux ne pas déterrer. Contre-Enquête est un film d’un grand pessimisme où les illusions et idéaux s’écroulent comme des châteaux de cartes dès lors que les façades se ternissent avec la chute des masques embellissant. Al Reilly (génial Timothy Hutton) va se confronter à un modèle respecté avec le lieutenant Mike Brennan (un Nick Nolte ultra-charismatique). Ce choc entre deux mondes sur fond de vision de la justice, va donner lieu à un sublime combat. Et Lumet de faire tomber le masque des institutions politico-judiciaires, dont le fonctionnement cache moult points douteux, et de mettre au grand jour sous l’œil de sa caméra subtile, la noirceur et le cynisme caché derrière un système. Une réussite, dont la solidité rappelle les meilleurs polars des années 70.

A samedi prochain !

Par Nicolas Rieux

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