TORSO (critique – horreur)

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torso_poster_01Mondo-mètre :
note 6.5
Carte d’identité :
Nom : I corpi presentano tracce di violenza carnale
Père : Sergio Martino
Livret de famille : Suzy Kendall (Jane), Tina Aumont (Daniella), Luc Merenda (Roberto), John Richardson (Franz), Roberto Bisacco (Stefano), Ernesto Colli (Gianni le vendeur), Angela Covello (Katia), Carla Brait (Ursulla)…
Date de naissance : 1973
Nationalité : Italie
Taille/Poids : 1h29 – Budget NC

Signes particuliers (+) : Un giallo typique avec des meurtres graphiques bien exécutés et de la nudité complaisante sympathique mais surtout, l’intelligente tournure que prend le scénario au bout d’une heure.

Signes particuliers (-) : Un film un peu surcoté, en cause sa première heure assez moyenne et sans génie.

 

GIALLO ROSSO

Résumé : Un maniaque assassine des étudiantes d’un campus de Rome. Jane pense être la prochaine victime car elle suspecte quelqu’un de son entourage…

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L’INTRO :

Classique de Sergio Martino, réalisateur emblématique du bis transalpin, Torso est niché en plein milieu de la grande époque du giallo, dix ans après les premiers émois du genre sous l’égide de Mario Bava et une quinzaine d’années avant ses derniers grands représentants marquant son véritable déclin (voire son « extinction ») vers la fin des années 80. Si Martino a souvent été raillé comme étant l’un des grands pourfendeurs du cinéma de genre nanardesque à l’italienne, il a quand même su au cours de sa carrière, marqué les esprits des amateurs par quelques films passés à la postérité, certes pour toutes des séries B mais animées par une véritable sincérité et un amour du genre et du cinéma en général. Parmi eux, I corpi presentano tracce di violenza carnale alias Torso, en 1973, un pur giallo archétypal réunissant tous les ingrédients de ce sous-genre qui ne se résume pas seulement à son empereur, Dario Argento, même si ce dernier a su l’élever au rang d’art. Argento venait d’ailleurs de signer le triptyque L’Oiseau au Plumage de Cristal, Le Chat à Neuf Queue et Quatre Mouches de Velours Gris quand Martino, qui a toujours eu pour spécialité de s’engouffrer dans les courants à la mode, s’attaque à Torso avec une méthode de tournage peu courante à l’époque mais devenue très répandue aujourd’hui : celle du mystère à même le plateau puisque même les acteurs n’étaient pas au courant de qui était le meurtrier afin de préserver au maximum le whodunit du film.

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L’AVIS :

Torso pourrait être, au même titre qu’une œuvre « argentesque », l’illustration parfaite d’un cours dédié au giallo tant le film énumère les uns à la suite des autres, tous les ingrédients façonnant le genre. Des acteurs anglo-saxons (doublés de façon désastreuses bien sûr) comme Suzy Kendall (déjà vue chez Argento) ou John Richardson (un acteur qui devait incarner James Bond post-Connery avant que Lazenby ne rafle la mise), une violence très graphique et excessive voire grand-guignolesque, beaucoup d’érotisme souvent gratuit pour confronter le fameux couple « eros et thanatos » (sexe et mort) si cher au genre, une musique très présente, alternant jazzy et rythmique typique des seventies, une mise en scène très stylisée laissant la part belle à la « vue subjective » du tueur, un ancrage entre le policier et l’horreur lorgnant vers l’opéra, le recours à la psychanalyse comme explication… Torso est comme un petit manuel illustré du giallo, idéal pour le définir même s’il n’atteint pas les sommets du voisin Argento. Car même s’il bénéfice d’une aura « culte », Torso reste quand même légèrement surcoté et moins qualitatif, loin d’être dans la veine spirituelle du cinéma d’Hitchcock comme c’est le cas chez le père Dario.

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Si l’on énumère ses défauts, ils sont légions et le film sent bien le métrage d’exploitation et non l’œuvre artistique pure et sublime. Un peu décousu et laborieux dans sa narration avec ses ficelles scénaristiques assez grossières, parfois même nonsensiques, assez confus dans sa mise en place d’une multitude de personnages (dont on reste très désintéressé) sans que l’on sache trop exactement qui le script est censé suivre, Torso mise sur ses fulgurances mais l’enrobage n’est pas d’une grande qualité et peu soigné et le spectateur se retrouve à les attendre en subissant un peu les creux entredeux. On en vient un peu à se demander ce qui justifie la notoriété du film… L’explication tiendra dans son dernier tiers.

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On se gardera bien de dévoiler quoique ce soit pour préserver une éventuelle première vision mais force est de reconnaître que si Sergio Martino conduit son film sur un terrain très balisé et sans un génie monstre, le passage de l’heure de film bouleversera la donne. Si jusque-là Torso était regardable mais sans plus, une séquence brillante que n’aurait pas renié Argento, viendra marquer une rupture qui transforme le cours du récit en l’orientant vers une nouvelle direction pas vraiment attendue. Un truc de scénariste audacieux et plutôt malin dont la roublardise séduit avec un vague air de « hé, pas mal mon gars » dans la tête. Torso ménage alors un dernier acte bien plus réjouissant et relève considérablement l’estime mal engagée que l’on pouvait avoir pour ce giallo faussement mineur qui n’est pas au final un immense film mais un honnête représentant de sa catégorie, sympathique et capable de s’élever. En somme, deux premiers tiers entre meurtres bien exécutés et nudité si complaisante qu’elle en devient amusante et un troisième virant intelligemment au suspens hitchcockien. Les novices en giallos auraient davantage intérêt à s’orienter vers les classiques d’Argento dont le talent est incomparable mais pour les amateurs, ce cru Sergio Martino, pour sa dernière contribution au sous-genre, devrait plaire malgré ses défauts, toutefois bien compensés par une solide orchestration des scènes horrifiques et de son intelligente surprise.

Bande-annonce :

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