TIGRE ET DRAGON 2 de Yuen Woo-Ping : la critique du film
Festival du Cinéma Chinois en France

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Tigre_et_Dragon_2Mondo-mètre
note 3 -5
Carte d’identité :
Nom : Crouching Tiger, Hidden Dragon : Sword Of Destiny
Père : Yuen Woo-Ping
Date de naissance : 2015
Majorité : 26 février 2016
Type : Sur Netflix
Nationalité : Chine-USA
Taille : 1h42 / Poids : NC
Genre : Arts martiaux, action

Livret de famille : Michelle Yeoh, Donnie Yen, Jason Scott Lee, Harry Shum Jr., Natasha Liu Bordizzo…

Signes particuliers : Une suite au film culte d’Ang Lee, à la fois divertissante mais pensée à cheval entre trop de choses. Présenté en ouverture du Festival du Cinéma Chinois en France.

UNE NOUVELLE ÉPOPÉE

LA CRITIQUE DE TIGRE ET DRAGON 2

Résumé : Tigre et Dragon 2 reprend les thèmes du premier opus et développe son intrigue autour d’une histoire d’amour perdu, d’une épée légendaire et d’une quête de rédemption. Et ce sur fond de combats d’arts martiaux entre le bien et le mal.

Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of DestinySeize ans après le chef d’œuvre d’Ang Lee qui s’était imposé comme un immense succès planétaire, devenant l’un des films asiatiques les plus célèbres des années 2000 pour le grand public, l’univers de Tigre et Dragon est de retour au cinéma, avec un sequel accouché dans la douleur, au terme d’un développement chaotique. Alors que le taïwanais a décliné la proposition d’en prendre les commandes, c’est finalement au chorégraphe-réalisateur Yuen Woo-Ping (qui avait œuvré sur les combats du premier) qu’a échu la lourde tâche de conduire ce comeback délesté d’une bonne partie de sa distribution originelle, seule Michelle Yeoh étant de nouveau de la partie, accompagnée de l’artiste martial Donnie Yen (Ip Man). Cofinancée par Netflix, cette suite que l’on aura vite fait de juger très tardive, est par ailleurs le symbole des complications dues à la mondialisation du cinéma. Se devant de satisfaire deux marchés à la fois (le marché chinois et américain), Tigre et Dragon 2 aura souffert de certaines limites créatives, selon Yuen Woo-Ping. La question en suspens, était de savoir si ces limites allaient faire provoquer l’effondrement de l’édifice.

Crouching Tiger, Hidden Dragon: Sword of DestinyUne chose est sûre, Tigre et Dragon 2 affiche un résultat étrange, essayant à la fois de marcher sur les traces de son aîné, tout en proposant quelque-chose de différent, tout en essayant aussi de plaire au public chinois et surtout au public américain, alors qu’il pâtît d’un tournage en langue anglaise, chose assez déstabilisante pour l’amateur de wu xia pian. Sur ces bases, le pari de raviver la passion pour l’univers en présence, semblait d’entrée compliqué, et l’on ne tarde pas à retrouver cette schizophrénie à l’écran, au détour d’un film qui manque parfois d’homogénéité stylistique et dont les intentions tirent dans toutes les directions. Première conséquence, on n’y retrouve pas la profondeur et la richesse thématique du hit d’Ang Lee. Tigre et Dragon 2 simplifie tout à l’extrême, de son histoire à sa mise en scène, s’efforçant d’affirmer sa nativité chinoise tout en n’appuyant pas trop ses gammes culturelles, pour s’ouvrir spirituellement au public international. Alors qu’Ang Lee avait réussi le pari de provoquer une émulsion forte avec un récit à la fois tragique et spectaculaire, parfois lent et dramatique, ou à l’opposé haletant et dynamique, et toujours imprégné dans ses pores, de la culture chinoise qu’il mettait en avant, Yuen Woo-Ping a dû se restreindre à respecter avant tout, un devoir de spectacle soumis à un cahier des charges établi, dans un film davantage tourné vers l’action, laissant de côté toute philosophie culturelle et sens suprême de la dramaturgie fondée sur des mythes chinois. Tigre et Dragon 2 est ainsi plus pauvre, plus expéditif, plus grossier dans ses contours, souffrant de l’idéologie de sa confection et d’enjeux plus artificiels.tigre-et-dragon-ii-_-l-epee-de-la-destinee_565171_43165Cependant, on reconnaîtra tout de même au cinéaste d’avoir su limiter les dégâts du mieux possible malgré la complexité de ce qui lui était demandé. Notamment, grâce à une mise en scène de qualité, à une photographie admirable, à une gestion pas trop maladroite des incrustations numériques, et à son talent pour confectionner de belles chorégraphies martiales. S’il n’est que trop rarement brillant et si l’appauvrissement de son écriture impacte le résultat final, Tigre et Dragon 2 essaie tout de même de reprendre les grandes lignes de son ancêtre et compose sur ses bases, un divertissement suffisamment distrayant et efficace pour tenir la route. La question sera plus de savoir désormais, à qui le film pourrait-il se destiner car on imagine mal, les adeptes des wu xia pian se satisfaire de cet effort en demi-teinte. De même, on imagine mal le très grand public yankee s’y intéresser. Reste, entre les deux, ceux qui sauront y voir le verre à moitié plein et non à moitié vide, comprenons les quelques séquences assez magistrales comme ce très beau combat sur un lac gelé.5665b57b3c21fTrop ambitieux narrativement parlant, alors qu’il ne se donne pas les moyens de les traduire en images, d’où cette impression de confuse linéarité rabougrie tenue par des ficelles simplistes (parfois même incohérentes, à l’image de l’arrivée dans l’histoire du personnage incarné par Donnie Yen), Tigre et Dragon 2 ne ressuscite pas l’enchantement éprouvé avec son modèle, pas plus qu’il n’attache à ses personnages ou à son univers. Mais Yuen Woo-Ping assure un quota de combats martiaux qui lui permet d’accoucher d’un film regardable, à condition de s’éloigner mentalement du choc ressenti en 2000. Au moins, on est loin de son hideux True Legend, décevant effort tourné il y a six ans, et c’est déjà ça de pris.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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