THE ROVER de David Michôd
#Cannes2014, Critique (en salles – thriller)

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370823.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 4.5
Carte d’identité :
Nom : The Rover
Père : David Michôd
Livret de famille : Guy Pearce (Eric), Robert Pattinson (Rey), Scoot McNairy (Henry), David Field (Archie), Gillian Jones (Grand-mère)…
Date de naissance : 2014
Majorité : 04 juin 2014 (en salles)
Nationalité : USA, Australie
Taille : 1h42
Poids : Budget 12,5 M$

 

Signes particuliers (+) : Un thriller westernien contemplatif à la beauté fascinante, sorte de lointain cousin lancinant de Mad Max porté par un extraordinaire Guy Pearce tout en charisme animal et un Robert Pattinson qui ne cesse de surprendre depuis qu’il en a terminé avec Twilight

Signes particuliers (-) : The Rover fait rimer beauté envoûtante avec ennui pesant, au point de desservir son propos, ses ambitions et son intensité, tous contrecarrés par des excès de lenteur et de maniérisme.

 

COMME UN FAUX AIR DE MAD MAX

LA CRITIQUE

Résumé : Dix ans après l’effondrement de l’économie occidentale, les mines australiennes sont encore en activité, et cette industrie attire les hommes les plus désespérés et les plus dangereux. Là-bas, dans une société moribonde où survivre est un combat de chaque jour, plus aucune loi n’existe. Eric a tout laissé derrière lui. Ce n’est plus qu’un vagabond, un homme froid rempli de colère. Lorsqu’il se fait voler la seule chose qu’il possédait encore, sa voiture, par un gang, il se lance à leur poursuite. Son unique chance de les retrouver est Rey, un des membres de la bande, abandonné par les siens après avoir été blessé. Contraints et forcés, les deux hommes vont faire équipe pour un périple dont ils n’imaginent pas l’issue…593090.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx L’INTRO :

Quatre ans après le flamboyant Animal Kingdom, l’australien David Michôd signe enfin son deuxième long-métrage. Présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, The Rover est un film hybride, sorte de thriller westernien post-apocalyptique qui n’a pu échapper à une inévitable comparaison avec le cultissime Mad Max. Le désert australien, un contexte futuriste peignant un monde en pleine désolation, des voitures, un héros peu loquace, charismatique et inquiétant, un ton grave et ultra-violent, une histoire de traque vengeresse… La comparaison serait facile. Pourtant, le cinéaste a tout de suite cherché à tordre le cou à cette imposante référence planant au-dessus de son projet, ne cessant d’expliquer à qui voulait bien l’entendre, que The Rover est bien loin de Mad Max et qu’il n’a jamais cherché à évoluer à proximité du classique de George Miller. Emmené par l’éclectique Guy Pearce et le de plus en plus surprenant Robert Pattinson, The Rover est un périple qu’il faut avouer… déroutant.335284.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Sur le papier, avec ses promesses de froide poursuite bestiale dans un parcours ensanglanté dénué d’humanité, The Rover a tout du thriller rageur, de la petite bombe à ambiance lourde et chaotique face à laquelle il est impossible de rester impassible et insensible. De même que sur le papier, le film a tout de l’antithèse du type de cinéma présenté habituellement du côté de la Croisette. Une preuve d’ouverture d’esprit de la part de la manifestation la plus cinéphiliquement élitiste du monde ? Oui et non. Car The Rover est à mille lieux de ce que l’on pourrait en attendre, étrange voyage quelque part à mi-chemin entre le film de genre et le cinéma d’auteur pur. David Michôd prend très rapidement un itinéraire bis, une voie tangente au thriller westernien radical et intense, pour confectionner une rugueuse échappée post-apocalyptique à la fois fascinante par l’atmosphère qu’elle déploie et dans le même lancinante pour ne pas dire ennuyeusement séduisante. Et le film d’être constamment dans cet équilibre entre la splendeur totale et l’agacement énervant.026500.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Film éperdument désespéré, sombre et nihiliste, à la mesure du personnage et de l’interprétation qu’en donne un exceptionnel Guy Pearce, The Rover séduit par la façon dont il construit un univers littéralement incarné autour d’un monde profondément englué dans son chaos. Abandonnée à son triste sort après une supposé crise économique que l’on soupçonne venue du continent asiatique par quelques motifs glissés ça et là, l’humanité ne vit plus, elle survit. Dans un espèce d’enfer brûlant où le pire de la race humaine est ressorti, le modèle sociétal a laissé sa place à l’individualisme, à la sauvagerie, la déchéance, la violence, l’avidité et les bas instincts primaires. The Rover est noir, crasseux, terriblement réalisme et sans aucune fantaisie et Michôd nous assène un coup au moral en nous montrant le pire de ce vers quoi le monde pourrait aller s’il venait à se collapser. Œuvre choc et frontale, ce second long-métrage du talentueux australien est une sorte de vision futuriste horrifiante, qui laisse un amer goût de sang dans la bouche, mêlé à celui de la poussière qui traverse constamment un cadre embrasé par la rudesse de son univers. Avec beaucoup de hardiesse et de poigne, Michôd essaie d’asséner une claque viscérale, sans artifices et visant seulement l’épure du geste et du discours sublimé dans une fausse série B s’apparentant davantage à un grand film autopsiant les tréfonds de l’âme humaine traumatisée par l’absence de repères de civilisation menant vers une tragique apathie résignée face à un monde au-delà du déclin.019156.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

David Michôd tenait là une œuvre magistrale, aussi radicale qu’un puissant uppercut lancé sous le menton, aussi intelligente qu’une fine réflexion aiguisée sur la civilisation, l’homme, le monde et la place qu’il y occupe, ou plus précisément, la fragilité de ce dernier dans lequel il est le principal moteur de sa tenue comme son pire ennemi potentiel. Mais à sans cesse faire preuve d’un maniérisme du contrepied, Michôd finit par basculer dans une forme d’excès desservant son propos et rendant son travail littéralement pesant à tous les sens du terme. Pesant comme l’atmosphère lourde et enivrante qu’il essaie de développer autour de ses personnages principaux (dont un épatant Pattinson en attachant petit voyou neuneu et naïf en mal de reconnaissance et d’attaches), et pesant comme la lenteur extrême d’un film qui peine à trouver le juste équilibre de rythme entre l’œuvre opératique et lancinante, et le récital choc mais soporifique. Et The Rover de laisser sans voix devant un effort certes saisissant, drame furieusement épidermique aux accès de violence rageuse déniant la gratuité vainement sensationnalisme pour servir un propos, mais aussi agaçant devant tant de lourdeur appuyée par un dispositif scénique sentencieux, de la construction de ses plans manquant de fraîcheur et d’intuition, à sa musique stridente horripilante en passant par son recours abusif aux mêmes motifs pompeux.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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