THE BAY (critique – horreur)

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Carte d’identité :
Nom : The Bay
Père : Barry Levinson
Livret de famille : Kristen Connolly (Stephanie), Christopher Denham (Sam), Kether Donohue (Donna), Jane McNeill (Victime 1), Andy Stahl (Sheriff), Michael Beasley (Jimson), Anthony Reynolds (S. Slatterry), Justin Welborn (l’activiste), Frank Deal (le maire), Stephen Kunken (Dr Abrams)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h24 – 2 millions $

Signes particuliers (+) : Tendu, stressant, glaçant, original dans sa construction et libre de ses mouvements narratifs sans répondre à une logique mathématique visant une supposée efficacité. Jamais ennuyeux, jamais redondant. Court, concis et efficace.

Signes particuliers (-) : L’absence d’une chute forte.

 

LES FESTIVITÉS DU 04 JUILLET SONT ANNULÉES…

Résumé : Chesapeake Bay est une jolie petite ville en bord de mer célèbre pour sa baie magnifique. 4 Juillet, les festivités traditionnelles du coin démarrent. Une femme tombée visiblement très malade perturbe un peu la jovialité du centre-ville. D’autant que sa maladie est contagieuse et se répand…

Généralement, les grands réalisateurs d’aujourd’hui ont souvent commencé par de petits films dans le cinéma de genre, l’horreur en particulier. Barry Levinson, lui, fait le chemin inverse. Après une flopée de bons films voire de classiques (Good Morning Vietnam, Rain Man, Bugsy, Harcèlement, Sleepers, Des Hommes d’influence…) le cinéaste, dont la carrière s’était un peu enlisée ces derniers temps, essaie de se relancer dans le cinéma de genre avec un petit film d’horreur à faible budget (deux petits millions), sans stars ou acteurs renommés et tourné à l’arrache en 18 jours avec une équipe réduite au minimum. Du vrai cinéma de début de carrière quand la niaque et la rage de percer motivent à se dépasser dans des conditions difficiles pour livrer du cinéma qui baffe. En tout cas, retrouver Barry levinson à la tête d’un film d’horreur à tendance médicale, autant dire que c’était assez surprenant. Mais pas plus que de voir qu’il s’était associé pour l’occasion avec le mec à la mode à Hollywood (mais non, pas JJ Abrams…), Mister Oren je vous prends pour des ânes Peli. Le créateur de la franchise des Paranormal Activity, qui s’est recyclé depuis en producteur prolifique de péloches pas chères toujours tournées sur le mode du found footage, récidive aux finances. Et zut… The Bay est bel et bien un nouveau found footage movie filmé en caméra subjective ! L’angoisse de voir poindre un énième Paranormal Activity ou un Chroniques de Tchernobyl commence à faire son chemin et si pour se taper de la fausse trouille qui fait pas peur, c’est franchement pas la peine. En même, le fait que ce soit Barry Levinson qui dirige et la bande-annonce très attirante qui circule sur le web titillait fortement notre intérieur. Impossible de ne pas tester, au moins pour vérifier le contenu de cette mini série B narrant comment la gentille petite ville de Cheaspeake Bay dans le Maryland a connu une journée cauchemardesque où tout a basculé alors qu’elle était en plein dans les festivités de la fête nationale du 4 juillet. Une épidémie bactériologique, un virus, une mutation, une exposition à quelque chose, les évènements survenus ce jour-là sont un peu flous mais l’horreur a bien eu lieu…

Tourné sur le mode du « documenteur » revenant sur les tragiques évènements faussement présentés comme véridiques (la ritournelle classique du « on ne vous a pas tout dit mais voilà la vérité ») avec moult images d’archives récupérées à droite à gauche, de toutes les caméras possibles après un gros travail de collecte et de recherche, The Bay est de facture très classique du genre. Un collage d’images d’archives filmées « sur le moment », plus ou moins ordonnées ensuite au montage avec en fil conducteur une jeune journaliste locale qui revient sur cette fameuse journée évoquée, journée où elle s’est retrouvée à suivre avec son caméraman quelque chose d’énorme alors qu’elle ne faisait à la base que couvrir les festivités de la fête nationale, malgré son inexpérience. Stephanie se retrouve du coup au commentaire et nous permet d’agencer le flot d’images prises sur le vif et de reconstituer ce qu’il s’est passé. Et le film de s’amarrer dans le cinéma d’horreur tout en ayant un pied dans le registre du film catastrophe, l’autre dans le fantastique alors que la tête, elle, est au thriller médical sur fond de cinéma engagé défendant l’activisme écologique (une thématique classique du cinéma de zombies des années 80) en tapant sur l’inconscience de nos dirigeants plus préoccupés par les intérêts économiques que par le bien-être et la santé de leurs concitoyens. Et au passage, quelques pics en règles adressées aux différences agences de sécurité américaines, à leur inertie et à leur non-communication les unes avec les autres.

Barry Levinson change radicalement la face d’une production Oren Peli. Premier constat, The Bay n’est jamais, au grand jamais, ennuyeux bien au contraire. Condensé et concis, exposé sur une durée limitée de 1h24, le film de Levinson ne tarde pas à entrer dans le vif de son sujet. Dès les premières minutes, tout s’agite, au bout d’un quart d’heure à peine, on est déjà dedans. Et The Bay d’être mené tambour battant, sur un rythme ni trop ni pas assez, juste bien, avec une progression rigoureuse, pas forcément surexcitée mais avançant ses pions dans une atmosphère glaçante d’effroi ambiant. Efficace, tendu, souvent flippant et réservant quelques très bonnes montées d’adrénaline mesurable sur le barème du trouillomètre mis à rude épreuve, l’exercice fait mouche avec surprise. Car on semble pourtant en terrain bien connu au départ mais Levinson évite bien des clichés, esquive le traditionnel film de zombies banal et même s’il n’invente rien dans le pitch global, le cinéaste a su injecter quelques éléments sacrément intéressant donnant du corps à sa petite affaire sans prétention. Deuxième constat, The Bay n’est pas idiot. Sans être non plus un summum de cinéma radical et engagé, Levinson parvient à glisser un vrai discours, certes assez sommaire si on cherche à le résumer mais quand même, on est bien dans du cinéma d’horreur qui n’a pas les allures de la bisserie pop corn traditionnelle mais qui essaie de tirer le genre vers le haut avec une construction intelligente, un propos, une narration multipliant les intervenants avec plausibilité et réalisme, le tout sans jamais prendre le spectateur pour plus bête qu’il n’est.

On peut le dire, The Bay nous a fait une très bonne impression et donne de l’espoir pour cette année 2013 question cinéma horrifique, après le très bon remake du culte Maniac par Franck Khalfoun. Levinson nous surprend agréablement avec son petit essai tout en tension brute de décoffrage jouant tour à tour dans divers registres avec un sous-texte satirique qui n’est pas pour nous déplaire dans un genre souvent réduit à sa pure finalité commerciale. Original dans son traitement, The Bay redonne un peu de cœur au found footage films dont on a été un peu abreuvé jusqu’à plus soif ces temps-ci. Plus proche dans l’âme d’un inventif Rec que d’un monotone Paranormal Activity, le film du septuagénaire fait preuve d’une volonté et d’une bravoure qui tranche avec la facilité de bien des jeunes cinéastes d’aujourd’hui. Seul défaut, il manque comme d’une chute clairement établie en tant que telle. Très court, le film y gagne certes en efficacité mais nous laisse également sur notre faim, faute d’une conclusion digne de ce nom. Cela étant dit, sa fin reste cohérente avec l’idée générale du projet, premier script d’un jeune scénariste, Michael Wallach, même s’il manque de point d’arrivée qui nous laisserait coi.  En tout cas, bravo Mr Levinson et beau boulot pour ce joli petit moment de cinoche enragé qui sans se la jouer novateur, arrive à tirer son épingle du jeu en essayant de composer avec un minimum d’originalité avec de l’ancien. Et The Bay de nous faire passer un sale quart d’heure bien horrifique, bien glaçant et bien flippant avec beaucoup de diversité dans son récit ne tournant jamais en rond et ne recyclant pas la même idée pendant 1h30. Et le tout au son d’une BO aussi discrète qu’inquiétante, laissant planer toute la tension emmagasinée par un petit film sacrément roublard et malin. On aime !

Bande-annonce :

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