SUMMER d’Alanté Kavaïté : la critique du film [Sortie Ciné]

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note 7.5 -10
Nom : Summer of Sangaïlé
Père : Alanté Kavaïté
Date de naissance : 2014
Majorité : 29 juillet 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : France, Lituanie
Taille : 1h30 / Poids : NC
Genre : Drame, Romance

Livret de famille : Julija Steponaïtyté (Sangaïlé), Aisté Dirziùté (Austé)…

Signes particuliers : Primé à Sundance pour sa mise en scène magnifique et envoûtante, une romance entre deux adolescentes traitée avec justesse, sensualité et douceur.

A LA RECHERCHE DE L’ÉQUILIBRE

LA CRITIQUE

Résumé : Sangaïlé, jeune fille de 17 ans, passe l’été avec ses parents dans leur villa au bord d’un lac de Lituanie. Comme chaque année, Sangaïlé se rend au show aérien. Cette fois, elle y fait la connaissance d’Austé, une fille de son âge, aussi extravertie que Sangaïlé est timide et mal dans sa peau.Summer_2L’INTRO :

Premier film LGBT lituanien, même si au fond ce n’est ni le vrai propos, ni même une volonté affichée et encore moins une revendication particulièrement militante, Summer est le nouveau long-métrage de la cinéaste franco-lituanienne Alanté Kavaïté, que l’on avait connu il y a neuf ans par son premier long-métrage, le film policier Ecoute le Temps avec Emilie Dequenne. Pour son second effort, la cinéaste signe une œuvre proposant un certain regard sur l’adolescence, thématique déflorée un tel nombre de fois au cinéma, qu’il en devient difficile de l’aborder avec fraîcheur et originalité. Néanmoins, passés les « encore… » de circonstance que l’on pourra entendre ça et là, Summer suscite l’intérêt pour son approche esthétique envoûtante, qui lui aura d’ailleurs valu d’être primé à Sundance et sélectionné à Berlin dans la section « Panorama », en plus d’avoir raflé plusieurs prix aux Silver Cranes Awards (l’équivalent des César lituaniens) dont ceux de meilleur film et de la meilleure actrice pour son étoile Julija Steponaityle.summerL’AVIS :

Summer nous entraîne au cœur d’un été du côté de la campagne lituanienne, où près d’un lac, la jeune Sangaïlé, 17 ans, a l’habitude de passer ses vacances avec ses parents dans la villa secondaire familiale. Dès les premières minutes, la caméra de Alanté Kavaïté caresse son personnage, la frôle, tourne autour d’elle, l’admire, la sublimerait presque si la magnificence des images ne trahissait quelque-chose d’imperceptible que l’on ressent étrangement. Un quelque-chose qui va vite se matérialiser dans des petites striures fissurant la beauté fascinante de cette adolescente aux grands yeux bleus. Comme beaucoup de jeunes femmes de son âge, Sangaïlé n’est pas épanouie, elle est introvertie, mal dans sa peau, elle évacue son mal-être en se scarifiant le bras au compas. Elle n’est pas pour autant dépressive ou plongée dans une sombre spirale autodestructrice, elle est juste un peu paumée au carrefour de sa vie, entre l’enfance et l’adulte adulte, sans trop savoir qui elle est, ce qu’elle veut, ce qu’elle sera. Sangaïlé se cherche, ballotée entre les turbulences de sa jeune existence, et sa rencontre avec Austé, son plus parfait opposé, va la mettre sur la voie et lancer Summer sur les voies délicates d’une passion charnelle et sensuelle.Summer_3Summer est typiquement le genre de films dits « d’auteurs », qui illuminent les festivals de cinéma indépendant (sans aucune connotation négative là-dedans). Tendre et délicat, il s’attache avec douceur et subtilité à cet âge de l’entredeux où la liberté et la candeur de l’enfance passée, se confrontent aux réalités du monde adulte, ce passage obligé où les sentiments sont exacerbés par une recherche introspective personnelle pas toujours évidente et naturelle. Et parfois, c’est une rencontre qui va aider. Pour Sangaïlé, ce sera celle avec Austé, belle adolescente pulpeuse et extravertie, qui aimante l’attention avec son sourire ravageur, sa joie de vivre, son naturel chaleureux et compatissant, et son style très sixties. Austé a une personnalité, ce que n’a pas Sangaïlé, jusqu’alors spectatrice effacée de sa propre vie. L’étincelle que va provoquer cette attirance des contraires, va permettre à la jeune femme d’enfin exister. Et Summer de contempler avec beaucoup de justesse cette évolution à travers une amitié passionnelle qui se noue, devenant progressivement une romance homosexuelle incandescente sans jamais que la question du genre et de la différence sexuelle ne soit évoquée. Alanté Kavaïté filme les corps de ces deux jeunes femmes avec grâce et volupté, avec une forme de poésie fascinante, mais sans jamais tomber dans le militantisme primaire ou facile, sans verser dans l’engagement pour une cause affichée comme la volonté dirigiste de son entreprise. La relation amoureuse n’est finalement pas illustrée comme une liaison lesbienne, c’est juste une histoire d’amour comme une autre, sans jamais que la question de la catégorisation sexuelle n’entre en compte. Et Summer de devenir finalement militant par sa démarche de ne pas l’être, un peu comme dans les meilleures œuvres d’un Fassbinder.SUMMER_OF_SANGAILECar le cœur de Summer n’est pas de parler d’homosexualité adolescente, mais de s’efforcer d’illustrer avec le plus de justesse possible, cet âge de l’errance, entre amour intense, candeur, souffrances personnelles, envie de s’affirmer, de clamer sa liberté, de s’envoler dans la vie sans trop savoir comment faire battre ses ailes encore fragiles… Cet âge où l’on se cherche, où l’on se construit à travers des sentiments contraires, où l’on essaie de trouver un équilibre encore mal défini. Et parfois, il arrive qu’une rencontre lumineuse nous mette sur la voie. La dynamique de cette romance passionnée entre deux adolescentes que tout opposent, est surtout la dynamique d’un processus d’évolution pour Sangaïlé, alors que tout dans la mise en scène de Kavaïté, joue des contrastes entre son duo de personnages puissamment universels (personnalité, mode de vie, environnement, style, passions) mais aussi des contrastes formels dans un film à l’esthétique aussi pure que léchée, déployant un arsenal poétique follement enivrant.BOB3_28Si au final Summer ne raconte rien de très original que le registre n’aurait pas déjà illustré par le passé, si quelques petites maladresses narratives ou redondances peuvent un brin égratigner le beau tableau proposé par Alanté Kavaïté, ce qui culmine dans l’exercice de la brillante metteur en scène, c’est à n’en pas douter son approche formelle somptueuse et son sens de la métaphore, pas toujours fine, mais excessivement d’à-propos. Parfois un peu emportée par son exquis lyrisme à fleur de peau au point de donner la sensation de se regarder filmer à travers un esthétisme un rien poseur, Summer n’en est pas moins une chronique douce et délicate, tournant avec tact autour de son personnage et de ses tentatives d’ancrage à son existence. L’espace d’un été, les événements se succèdent, l’amitié, l’attirance, l’amour, les ruptures, les angoisses personnelles, l’affrontement parental, la découverte de soi… Sublimé par sa mise en scène enchaînant les fulgurances comme une galerie de tableaux tous plus splendides les uns que les autres, Summer est un film lesté par son sensualisme, par sa bande originale magnifique, par ses deux actrices fabuleuses qui irradient l’écran. S’il paraîtra peut-être un peu creux aux yeux de certains au-delà de sa plastique logiquement louée à Sundance, il saura en tout cas, séduire bien des regards fascinés par cette passion brûlante quasi onirique, qui s’applique à saisir non sans intensité, le cheminement psychologique d’une jeune louve solitaire fragile, dont le cœur se réchauffe au contact d’un feu plein de vie qui la pousse à consumer son mal-être pour enfin espérer vivre et sentir les battements de son cœur jusqu’alors éteint.summer_of_sangaile_2Romance adolescente pleine de sensibilité, de subtilité et de grâce, Summer nous emporte dans son torrent d’émotions, vise très souvent juste, cerne à merveille des détails qui veulent tout dire, et impose un grand moment de cinéma visuellement resplendissant et décryptant avec acuité et complexité, un âge que bien trop de film traite avec naïveté, en utilisant brillamment les apparats d’un conte moderne envoûtant et puissamment ancré dans une forme de réalité qui se permet des digressions vers l’irréel pour mieux souligner son discours et son regard sur un âge contemplé avec le recul de la maturité.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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