STAR TREK : INTO THE DARKNESS (critique – SF)

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star-trek-into-darkness-posterMondo-mètre :
note 4.5
Carte d’identité :
Nom : Star Trek : Into the Darkness
Père : J.J. Abrams
Livret de famille : Chris Pine (Kirk), Zachary Quinto (Spock), Zoe Saldana (Uhura), Alice Eve (Dr Marcus), Simon Pegg (Scott), Benedict Cumberbatch (John Harisson), Karl Urban (Bones), John Cho (Sulu), Anton Yelchin (Chekov), Bruce Greenwood (Christopher Pike), Peter Weller (Amiral Marcus), Leonard Nimoy (Spock père)…
Date de naissance : 2013 (sortie le 12 juin 2013)
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h52 – 185 millions $

Signes particuliers (+) : Des intentions de proposer un space opéra épique et impressionnant, quelques superbes scènes visuellement bluffantes et un script qui à la base, avait du mérite dans sa construction et sa façon d’imbriquer les drames personnels et les enjeux généralistes, modernisant la saga tout en en gardant l’esprit originel.

Signes particuliers (-) : Mais des intentions qui restent au rang d’intentions inabouties, la faute à un film boursouflé qui se vit comme une épuisante plongée à Disneyland, capitalisant sur le pire du premier volet au lieu de faire fructifier ses qualités entrevues. Une foire bruyante nourrie d’action non-stop assommante et bâtie sur un scénario pauvre de sa narration où chaque ligne appelle à une nouvelle avalanche de spectaculaire sans discernement ni ménagement de respirations pour appeler à autre chose que la triste formule du pur blockbuster décérébré à l’hollywoodienne : de l’action pour de l’action. L’épique et l’âme s’y noient.

 

ABRAMS, EMBARQUÉ DANS UNE MAUVAISE « ENTREPRISE »

Résumé : Un dangereux terroriste s’en prend à Starfleet en attaquant ses bases. Kirk, Spock et tout l’équipage de l’Entreprise vont devoir affronter cet homme qui veut plonger le monde dans le chaos…

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L’INTRO :

Avant de reprendre en main la saga Star Wars, J.J. Abrams poursuit son travail sur sa rivale, la veillotte Star Trek qu’il aura contribué à dépoussiérer de son image kitsch-rétro-nanardesque selon que l’on évoque l’ancienne série vintage des années 70 ou les films dérivés qui n’ont jamais connu les honneurs d’une production ambitieuse digne de ce nom. De plus en plus, le créateur de la série Lost s’impose comme le nouveau chouchou d’un Hollywood qui fonde en lui les espoirs d’un nouveau cinéma de blockbuster alliant qualité et générosité. Une trajectoire atypique tant le cinéaste est encore assez neuf à la réalisation de longs-métrages, Star Trek : Into the Darkness n’étant que son quatrième film (alors que le premier opus n’était seulement que son second exercice). Avant donc d’entamer ce qui sera certainement le défi de sa vie, Abrams reconvoque donc l’univers Star Trek avec de folles ambitions sur le papier. Continuer dans la voie de la modernisation d’une franchise culte, exploiter au mieux le pharaonique budget mis à sa disposition (185 millions $), livrer un résultat mêlant générosité et épique dans un grand film d’aventures et de SF tout en faisant preuve d’un grand respect pour l’univers qu’il retravaille et remodélise. Pour cela, il s’appuiera sur un script de son ami Damon Lindelof (à six mains avec Alex Kurtzman et Roberto Orci) afin de proposer un spectacle dantesque fourmillant d’enjeux dramatiques qu’il espère forts, entre enjeux personnels (amitié profonde traversant les obstacles, vengeance d’un fils, idéaux mis à mal) et enjeux plus généraux (équilibre d’un monde en danger). Et Abrams ne lésinera sur rien pour élever son spectacle au rang de fresque ambitieuse. Tournage en 3D et en Imax, décors entièrement reconstitués comme celui du fameux USS Entreprise, minimisation du recours au fond vert pour privilégier des effets à même le plateau, richesse créative des univers visuels proposés, récit à 200 l’heure bourré de péripéties…

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Ses intentions se révèlent très clairement dans ce second opus qui essaient de s’appuyer sur ce qui a été construit sur le précédent volet sans seulement se contenter d’enfiler les chaussons d’une néo-franchise relancée avec succès. On perçoit en arrière-plan du blockbuster livré par le metteur en scène, une volonté de proposer un véritable spectacle où le maître mot serait l’aventure. Débordant d’envie et d’espoirs, Abrams met ses tripes dans son travail, donne tout ce qu’il a pour essayer de contenter les fans de la première heure de la saga Star Trek en imbriquant l’univers d’origine et tous ses éléments constitutifs à un immense space opéra des temps modernes qui se voudrait intense, spectaculaire, impressionnant et haletant sans pour autant être dénaturé de sa matière d’origine. Il cherche à tout prix à non pas proposer un simple blockbuster de SF mais un authentique Star Trek qui contenterait tout le monde. C’est peut-être là son tort, d’ailleurs, d’avoir trop chercher à fédérer un public large au risque de perdre son âme dans son entreprise.

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L’AVIS :

S’il y a bien une chose que l’on ne pourra reprocher à Abrams, c’est d’avoir essayé de tout son cœur et de toutes ses forces avec une générosité qui n’est pas à démontrer. Star Trek : Into the Darkness est un effort louable sur le papier et la preuve d’un réalisateur encore doté d’une grande âme de gamin qui n’a pas encore succombé aux exigences et au cynisme ambiant d’Hollywood. Malheureusement, ce n’est pas pour autant que son film s’en sort avec les honneurs d’une réussite incontestable, les intentions n’ayant jamais faites à elles-seules, les bons films. Derrière le vernis clinquant de cette fabuleuse odyssée accouchée, se cachent de trop nombreux défauts structurels qui sans cesse tirent une balle dans le pied des louables qualités du spectacle livré. Le principal problème d’Abrams, est de ne pas encore être bien rôdé à la difficulté de l’équilibre d’un blockbuster d’action. Et ironiquement, sa générosité affichée finit par devenir son tort premier. Abrams n’est pas Ridley Scott, n’est pas Cameron, n’est pas Spielberg et plusieurs autres du même acabit dont il aimerait tant être le fils spirituel. Star Trek : Into the Darkness cristallise à lui-seul toutes les qualités et les défauts de ce néo-cinéaste qui voudrait devenir un nouveau pape de l’entertainement de qualité et populaire mais qui pour l’instant, est aveuglé par ses intentions qu’il ne maîtrise ni ne canalise pas.

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Ce nouvel effort est un film témoin. Abrams essaie (vainement) de s’appuyer sur un script proposant un véritable univers en soi pour l’amener dans un gigantesque spectacle flamboyant et intense. Sauf que c’est là que le bas-blesse. Des Cameron, des Spielberg entre autres, ont ce sens inné ou travaillé avec le temps, du rythme, de la gestion des temps forts et des temps faibles, de la narration qui doit être exaltante et entraînante sans jamais céder à la surexploitation de l’action non-stop indigeste. Pour l’instant, Abrams n’a pas encore formulé correctement sa recette. Star Trek 1 en était déjà un premier exemple. star-trek-into-darkness-simon-peggAbrams avait su conduire son film avec une certaine retenue avant de se laisser emporter dans une dernière heure totalement foutrarque où il laissait exploser sa générosité sans mesure. Et Star Trek : Into the Darkness est au final, les 45 dernières minutes du précédent étalées sur près de 2h00. Boulimique de spectacle, J.J. Abrams se laisse dériver vers le méga-blockbuster esthétiquement très beau, il faut bien le lui reconnaître, mais qui propose un pavé indigeste d’action béton rarement cimenté autour d’un scénario écrit avec finesse. Ou plutôt, noyant son script. Car derrière l’esbroufe nourrie aux millions et aux images de synthèses, se cache une histoire qui tient ses tenants et ses aboutissants, ses enjeux dramatiques intimistes et généralistes, sa progression narrative et son arc dramatique fort. Un scénario plutôt intelligent même, dans l’effort de space opéra d’aventure crédible, qui essayait de déployer sa maestria bien construite. Mais crédule et naïf, Abrams le sabote dans un capharnaüm ironiquement trop généreux en spectacle pour être plaisant. Sur un rythme monocorde qui ne sait pas jouer avec les variations de rythme et avec la progression de l’intensité, restant la pédale appuyée sur l’accélérateur en permanence, le cinéaste nous lobotomise par 2h00 d’action qui laissent sur le bas-côté tout son épique et son âme à trop vouloir épater la galerie et à trop vouloir en faire dans la surenchère et le spectacle. Abrams fait presque du Michael Bay sur le fond (sur lequel il se calque dans les intentions, et les amateurs du style du texan bourrin le verront dans la manière de façonner un blockbuster) sans malheureusement avoir ses qualités (Bay a toujours une idée très précise du résultat de ce qu’il tourne dès le tournage) mais en ayant tous ses défauts par contre. Loin de nous l’idée d’élever un Bay au rang de génie parfait, loin de là, mais force est de constater qu’Abrams applique une partie de sa recette dans son blockbuster boursouflé qui devient quelconque alors qu’il essayait au départ d’avoir une entité et une personnalité propre, ce qui se ressent à de trop rares moments.

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Les coutures du travail d’Abrams se craquèlent alors très vite. Incapable de trouver sa propre voie, préférant essayant de calquer les autres sans trop savoir comment s’approprier son travail en trouvant un ton personnel (la séquence d’intro est révélatrice, empruntée à Spielberg et à L’Arche Perdue de la saga Indiana Jones), il se lance dans une entreprise titanesque pour laquelle il semble manquer d’assurance. Le résultat donne lieu à un film cacophonique, réalisé en salle de montage avec des moufles (merci pour l’amoncellement de plans d’une seconde ou moins) où Abrams nous vomit ses moments de bravoure à la figure sans discernement au point que chacune de ses bonnes séquences dans l’idée, movies_star-trek-into-darknessfinit par être visuellement anéantie par la surenchère d’un débordement d’action assommant et soûlant (témoin, la descente et la dérive dans le vide de l’Enterprise privé d’alimentation). Star Trek : Into the Darkness, par péché d’intentions, finit par devenir un blockbuster d’une triste banalité, manquant d’une vision, flinguant son souffle épique, capitalisant sur les défauts du premier au lieu de ses qualités et adossant chacune de ses « respirations » à ses séquences d’action épuisante au lieu de les ménager séparément d’un rythme sur-accéléré. Magnifique visuellement, certes il l’est, et avec de petites pointes d’humour bienvenues pour soulager l’affaire (témoin, la scène en photo ci-dessus) mais de cette avalanche de spectaculaire outrancier et m’as-tu-vu, il ne reste au final pas grand-chose de nutritif dans cette fête foraine bruyante où l’épique et la tension se noient, comme le script, dans la débauche d’un film qui veut impressionner en faisant dans la distraction maousse costaude mais qui se plante dans la façon d’y parvenir. Loin d’un Nolan par exemple qui allie intelligence et puissance du spectacle pur, Abrams infantilise son public en lui servant une soupe abrutissante, formatée et calibrée pour faire dans la démonstration de force gonflant les muscles grâce à des produits dopants. Immature, Star Trek 2 recule par rapport au déjà moyen premier opus mais qui avait du mérite sur certains points, notamment dans la façon de repenser la saga. Cette fois, Abrams ouvre les vannes et propose une foire décérébrée épuisante (en prime en 3D, même si elle s’avère très belle et jouant bien sur son potentiel à effets) que la piètre qualité de l’interprétation générale n’arrange pas (Chris Pine et son charisme d’huître inexpressive, Simon Pegg qui cabotine, Zoe Saldana effacée, Benedict Cumberbatch lisse, Zachary Quinto étant celui qui s’en sort presque le mieux). Abrams doit d’urgence se trouver une personnalité et un style propre plutôt que de jouer du clin d’œil complice donnant lieu à ce genre de cake indigeste noyant toutes ses bonnes idées dans une attraction-parade fastidieuse. Et ce mec va donc reprendre Star Wars, le projet le plus touchy du moment ?

Bande-annonce :

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