NORTHWEST de Michael Noer
– critique – en salles – (drame)

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21040932_20130917125844362.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 7
Carte d’identité :
Nom : Nordvest
Père : Michael Noer
Livret de famille : Gustav Dyekjaer Giese (Casper), Oscar Dyekjaer Giese (Andy), Roland Møller (Bjorn), Lene Maria Christensen (Olivia), Nicholas Westwood Kidd (Robin), Dulfi Al-Jabouri (Jamal), Annemieke Bredahl Peppink (Freya), Ali Abdul Amir Najei (Ali), Sandra El-Hussein (Irem), Clement Black Petersen (Theis)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 09 octobre 2013 (en salles)
Nationalité : Danemark
Taille : 1h31
Poids : 1,6 million €

Signes particuliers (+) : Un thriller dramatique nordique radiographiant une fois de plus les bas fonds de la petite délinquance danoise prise dans les mailles des filets d’une plus grande sans pitié et les mécanismes de fonctionnement de ce sombre monde cruellement fataliste. Une œuvre percutante à la violence sèche qui évolue conjointement avec son humanité tragique empreint de noirceur terrible, dans un ensemble suffocant d’une maîtrise étourdissante et porté par un duo de frangins impressionnants d’existence magnétique à l’écran.

Signes particuliers (-) : Northwest a un peu de mal à se dépêtrer de ses nobles références (la trilogie Pusher) et s’inscrit finalement dans une tradition à laquelle il n’apporte pas grand-chose de neuf si ce n’est ses qualités intrinsèques évidentes, alors que son propos personnel peine à clairement se dessiner et se définir au-delà de la simple chronique.

 

CRIME ET CHÂTIMENT

Résumé : Dans le quartier de Nordvest à Copenhague, Casper est un petit cambrioleur qui vit de trafics et de revente de ses butins. Lorsque Bjorn, un truand de plus grosse envergure donnant dans la prostitution illégale et le trafic de drogue, le contacte pour passer commande d’objets à voler, Casper saisit sa chance de monter en grade dans la hiérarchie du crime. Et par un concours de circonstance, il entraîne son jeune frère avec lui…

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L’INTRO :

Petite bête de compétition qui s’est illustrée dans pas mal de festivals dont celui du film policier de Beaune, en France, Northwest est un thriller dramatique venu du prolifique Danemark et signé par Michael Noer, auteur précédemment d’une autre bête de festivals, le  remarqué R, tourné en 2010. Si pour son premier long-métrage, le cinéaste s’attachait à un jeune criminel placé en détention, le second gardera les mêmes bases mais quittera l’univers carcéral pour s’ancrer dans la réalité du monde extérieur, comme une sorte de prequel thématique remontant le temps, avec cette fois-ci le récit de deux frères entrainés dans la spirale irréversible de la délinquance grandissante. Un duo impressionnant campé avec une puissance phénoménale par deux jeunes acteurs non professionnels extraordinaires, Gustav et Oscar Dyekjaer Geise, deux véritables frères dans la vie qui ont juste répondu à une annonce sur Facebook, ce qui explique pas mal de choses quand à leur complicité fusionnelle qui transpire de tous les pixels de l’écran.

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L’AVIS :

Ca a l’aspect de Pusher, ça a l’odeur de Pusher, ça a même le goût de Pusher mais ce n’est pas Pusher. Avec sa narration dramatique sous très haute tension et son atmosphère suffocante aux relents de tragédie palpable en latence, Northwest est une chronique délinquante terrible lorgnant furieusement, trop peut-être, du côté des premiers efforts mémorables de Nicolas Winding Refn. Noer est clairement un enfant de ce cinéma là, direct, concis, simple, épuré et efficace, tant dans la facture que dans les intentions, avec de surcroît un impact sourd et frontal qui en fait un nouvel uppercut nordique tout en intensité. Le résultat a beau ressembler de façon excessivement confondante aux travaux d’un Refn période pré-esthétisme léché, il n’en demeure pas moins une féroce plongée haletante dans les bas-fonds des gangs de Copenhague via deux jeunes happés par ce système de l’engrenage irréversible de la violence  et de la marginalité du monde des truands, comme dans un récit fataliste où l’inéluctable se dessine avec beaucoup de noirceur angoissante. Ces jeunes paumés issus d’un milieu défavorisé et qui ne semblent connaître que ça, qui ne semble être voués qu’à ce destin là, Noer les adore et sa caméra les suit avec une empathie mélancolique magistrale. Ils sont jeunes, ils sont influençables, ils sont inconscients, ils sont faits de rêves d’une autre vie meilleure que celle qu’ils connaissent, ils ont pour modèles Tony Montana ou Tony Soprano et pas vraiment méchants qu’ils sont au fond, ils vrillent malheureusement vers une voie sans issue alors que l’on assiste impuissant à leur course effrénée vers un destin sombrement prédictible.

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Si l’on aurait aimé voir Noer se détacher de ses influences (Refn mais aussi Scorsese, l’héritage du Dogme ou d’un certain pan du cinéma britannique), trouver un ton qui lui serait propre au lieu de trop marcher sur les traces de ses modèles et surtout faire preuve d’un peu plus d’originalité dans le traitement de son sujet en même temps que mieux affirmer la finalité de son propos, reste que Northwest est un coup de pétard énervé qui retentit au son de sa violence sèche et glaciale, dénuée de tout sentimentaliste mielleusement compatissant. La compassion envers ses personnages, Noer la garde pour le fond intelligent de sa peinture d’un système trop bien huilé pour défaillir d’ici demain la veille. 21022292_20130724130032109.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAvec une véracité percutante et poignante, son récit d’une descente aux enfers sans parachute bouscule notre confort et nous place en face d’une réalité brutale, traitée avec naturalisme et nervosité dans un âpre court moment de cinéma-témoin emballé avec beaucoup de maîtrise et de simplicité radicale pour nous immerger dans cette petite délinquance et ses mécanismes de fonctionnement. On se souvient des mêmes termes qui qualifiaient ce qu’était la trilogie Pusher en son temps. Noer n’apporte certes pas grand-chose de neuf à l’essence de la définitive saga de Nicolas Winding Refn (si ce n’est que ses protagonistes n’ont pas ce côté looser patenté) mais ce qu’il fait, il le fait si bien que l’on en reprend pour un tour sans rechigner, avec la même impression du bec cloué devant une œuvre marchant à la rage et à l’instinct, radiographiant à nouveau le sombre milieu de la petite pègre danoise. Dans tous les cas, on sent passer Northwest, fiction qui ne laisse pas de marbre et dont l’authenticité épidermique poisseuse saisit le regard navré devant ce beau gâchis abandonné à son triste sort. Avec beaucoup d’énergie et d’humanité, les frères Geise comme Noer, accouchent tous ensemble, avec l’aide du scénariste de Royal Affair et Millenium, d’une (trop) courte virée cruelle dans un monde qui l’est tout autant, où le ciel est bas, s’assombrissant au gré d’une progression qui fait froid dans le dos. Une petite claque mineure en regard de ses références mais sacrément déboussolante.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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