MOBY DICK de In-je Park
– critique – Import DVD – (thriller)

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note 5
Carte d’identité :
Nom : Moby Dick
Père : In-je Park
Livret de famille : Hwang Jeong-min (Lee Bang-woo), Ku Jin (Yoon Hyeok), Min-hie Kim (Seong Hyo-gwan), Sang-ho Kim (Son Jin-gi), Bo-yeon Kim (Director Jo), Min-jae Kim (Kim Yong-seong), Seong-woo Bae (President Maeng)…
Date de naissance : 2011
Majorité au : inédit
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h03
Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Un thriller qui a au moins le mérite de s’aventurer dans un registre et des thématiques un peu différents de ce que propose traditionnellement la production coréenne.

Signes particuliers (-) : Poussif dans sa construction et laborieux dans sa narration, Moby Dick finit par ennuyer avec son manque de caractère et son amoncellement facile de complexifications inutiles de l’histoire qui parasitent le développement d’une atmosphère haletante, en plus de laisser au final perplexe, la recherche d’une profondeur immersive narrative s’avérant manquée puisque le film barbote sans cesse en surface de son sujet tout en essayant de nous faire croire le contraire.

 

INSPIRATIONS ET CONSPIRATIONS

Résumé : Au lendemain d’un attentat sur un pont très fréquenté d’une grande ville coréenne, un journaliste d’investigations se pose des questions sur les mystères qui entourent l’affaire. Le retour d’une ancienne connaissance va affirmer ses doutes. Et si l’explosion n’était pas le fait d’un espion nord-coréen comme le gouvernement essaie de le vendre…

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L’INTRO :

Il n’y a pas grand-chose de bien original à écrire sur Moby Dick (rien à voir avec la nouvelle d’Herman Melville) pour la simple et bonne raison que ce dernier est tout sauf vraiment très original. Thriller à enquête tout ce qu’il y a de plus classique, seulement mâtiné de quelques ingrédients empruntant au polar, Moby Dick nous vient de la très prolifique Corée du Sud et s’attache aux pas d’un journaliste d’investigation qui flaire un complot derrière un attentat venant d’endeuiller la ville et qui va tenter de le mettre au jour en révélant les sombres agissements de pouvoirs secrets œuvrant dans les arcanes de la politique coréenne. Film plutôt ambitieux dans son sujet, son traitement et sa facture, il est l’œuvre du cinéaste In-je Park qui signe là pourtant son premier long-métrage, pour lequel il bénéficie de la présence de quelques stars locales avec, en premier lieu, le comédien Hwang Jeong-min, vu dans des grosses productions exportées à l’étranger comme Shiri, Heaven’s Soldiers, A Bittersweet Life, Save the Green Planet! ou encore The Private Eye. Un jeune metteur en scène donc mais pas prétentieux du tout, lui qui considère avoir juste jeter les bases d’un nouveau genre dans son pays (rien que ça) : le thriller de conspiration.

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L’AVIS :

Ancré dans les angoisses modernes des théories de complots et de conspirations occultes se jouant au-dessus de nos têtes dans les hautes sphères gouvernementales qui « ne nous disent pas tout », Moby Dick avait de quoi séduire sur le papier par ses aptitudes à s’extraire un peu en marge de la production coréenne traditionnelle, s’éloignant à la fois des classiques blockbusters spectaculaires made in Asia, des films d’auteurs torturés à la Kim Ki Duk, et des sombres polars typiques du pays du matin calme, pour s’engager dans une voie, un sujet et des thématiques en effet rarement abordés par un cinéma coréen généralement plus habitués à utiliser le registre du thriller à enquête à des fins de sombres policiers aux récits bien glauques. Ici, plus dans un esprit cinéma américain des années 70 façon Les Hommes du Président, Moby Dick avait pour projet de nous entraîner dans une enquête haletante naviguant dans les eaux troubles de la politique indirecte et des tractations occultes visant des desseins supérieurs, en nous perdant dans le dédale de ses mystères caressant un ensemble comploteur terrifiant pour les petites populations qui n’en soupçonnent même pas un dixième. Et « caresser » d’être le mot idéal puisqu’il explique à lui seul le titre du film, Moby Dick, renvoyant au mythe du gigantisme de ces mammifères que l’on ne voit que par bouts, jamais dans leur intégralité, un peu comme le pauvre journaliste dont on suit l’enquête, qui sans cesse effleure des ramifications de l’immense complot qu’il semble avoir découvert sans jamais pouvoir en saisir toute l’entièreté.

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Sur ce point, on peut dire que Moby Dick fait preuve d’une certaine forme d’originalité, le film de In-Je Park s’aventurant du côté de la subversion affichée dans un pays qui, rappelons-le, n’est sorti de la dictature que dans les années 90 et a considérablement souffert dans les années qui suivirent, d’une corruption galopante. Parler du gouvernement corrompu et agissant avec cynisme dans le dos de ses citoyens et de complot savamment orchestré manipulant l’opinion publique, aurait pu donner lieu à quelques virées critiques. Mais finalement il n’en est quasi-rien puisque cet effort de subversif se retrouve rapidement tempéré par le fait que l’action ne prend pas place de nos jours (ce qui aurait pu être perçu comme une mise en garde à l’attention des populations, appelant à la vigilance) mais dans ces années 90 bien connues pour ses dérives, renvoyant le film plus vers une forme d’historicité exagérée (ou pas) illustrant par une œuvre fictive le récent passé de la Corée du Sud, que le faisant virer du côté de l’impertinence critique envers les instances actuelles.

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Mais là n’est pas le véritable problème de Moby Dick, qui se veut avant tout un thriller rondement mené, divertissant et efficace et pas tant un monument critique socio-politique. Un peu trop tiré par les cheveux, pas tant dans son postulat fictif que dans la façon poussive dont il est déroulé, ce premier effort de In-je Park est surtout lardé d’une narration manquant de fluidité au point d’en devenir souvent pataude et indigeste, ce qui a pour résultat de le conduire vers des longueurs freinant ses velléités désarmées de se montrer haletant, le déploiement de son suspens étant contrecarré par les nombreux ralentissements et moments de creux  d’un film qui, sur près de deux heures, se retrouve partagé entre le suspens inquiétant parfois effleuré et le laborieux trop fréquemment imposé. Par ailleurs, si il est possible de composer avec les nombreuses incohérences, il est en revanche plus difficile de faire fi des facilités narratives qui, ironiquement, sont entremêlées à tout un réseau de complexification du récit inutilement maniéré, le rendant pesant voire confus, laissant ainsi le champ libre à l’ennui devant un produit en substance sans réelle saveur et nous désintéressant progressivement de son enquête trop fumeuse et pas assez limpide pour être ludique et follement entrainante. Au final, on essaiera probablement dans un premier temps de retenir le positif de cet effort louable d’un cinéma un peu différent dans une production coréenne qui prend des risques à souvent tourner un peu en rond en jouant habilement de ses succès, mais fort probable qu’assez rapidement, l’on oublie ce produit certes élégant dans sa facture, mais manquant de caractère dans sa forme comme dans son fond. Moby Dick est une étrangeté bancale, essayant de nous faire croire qu’il plonge en immersion dans les arcanes de son histoire de complot alors qu’en réalité, il se contente de patauger dans la superficialité, approchant son sujet sans jamais creuser vraiment ses possibilités (à l’image du mystérieux « pouvoir secret » fictif qu’il évoque, sorte d’organisation soutenant et dictant la politique gouvernementale nationale) mais tout en essayant de nous faire le contraire par une intrigue compliquée mais en réalité, écran de fumée masquant un réel manque d’ambition et de caractère affirmé. Un faux départ.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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