METRO MANILA de Sean Ellis
Critique – sortie DVD (drame)

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metro manilaMondo-mètre :
note 8
Carte d’identité :
Nom : Metro Manila
Père : Sean Ellis
Livret de famille : Jake Macapagal (Oscar), Althea Vega (Mai), John Arcilla (Ong), Ana Abad-Santos (Dora), Moises Magisa (Buddha), Erin Panlilio (Angel)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 17/07/13 (en salles) / 10 février 2013 (vidéo)
Nationalité : Angleterre
Taille : 1h55
Poids : Moins d’un 1 million £

Signes particuliers (+) : Entre le polar sous tension et le documentaire dramatique social, Metro Manila est une pépite désespérée à la croisée des genres entre le mélodrame lumineux et le thriller intense, poussant un hurlement colérique sur les inégalités qui frappent notre monde malade, obligeant à se servir, contre sa propre conscience, des armes à sa disposition pour trouver un échappatoire à un destin pessimiste. Puissant, fiévreux, dur, une claque désarçonnante magnifiée par sa maîtrise, qui prend à la gorge et aux tripes en nous plongeant dans un terrible désarroi d’après-séance.

Signes particuliers (-) : Un misérabilisme latent mais admirablement contenu par l’intelligence du scénario et du discours.

 

DANS LA JUNGLE DE MANILLE…

LA CRITIQUE

Résumé : Leurs futures récoltes ayant été détruites par des intempéries et sans le sou pour survivre, Oscar Ramirez et sa femme n’ont pas d’autre choix que d’émigrer vers la capitale, Manille, dans l’espoir d’y trouver du travail pour subvenir aux besoins de leurs deux enfants. Mais ces fermiers naïfs vont être pris dans l’engrenage infernal d’une métropole impitoyable…

phpThumb_generated_thumbnailjpgL’INTRO :

Prix du public au dernier Festival de Sundance, Metro Manila sort enfin chez nous. Il s’agit du troisième film du petit génie qui avait signé le magnifique Cashback en 2006 (et The Broken en 2008), Sean Ellis. Si le film pourrait aisément passer pour un petit film philippin ambitieux, Metro Manila est en réalité une production britannique accouchée dans la douleur après une véritable bataille pour trouver son maigre financement de moins d’un million de dollars. Et quand on voit le résultat, on se dit que le cinéma est parfois injuste tant ce troisième film d’un auteur talentueux est mille fois puissant et méritant du haut de son ridicule budget, qu’une immense majorité de superproductions artificielles qui, elles, n’ont aucun mal à se monter. Tourné à Manille avec des comédiens philippins, Metro Manila plonge dans la misère de la petite population d’un pays pris jusqu’à la gorge dans une spirale fataliste de pauvreté et de violence. Pour son réalisateur Sean Ellis, il s’agit de sa meilleure œuvre à ce jour, lointainement inspirée sur certains aspects, du Training Day d’Antoine Fuqua. Et pour nous ? Une chose est sûre, il est inutile de chercher les points communs entre l’efficace grosse production avec Denzel Washington et Ethan Hawkes et celle-ci. On ne parle du même cinéma.

6006_dblargL’AVIS :

Metro Manila est un petit bijou qui vous prend à la gorge dès ses premières minutes, serrant et serrant encore avant de gagner les tripes qu’elle pourrait vous arracher du ventre par sa force dévastatrice. Drame poignant, thriller haletant, romance noble et éperdue, tragédie désespérée avec jusque ce qu’il faut misérabilisme pour la rendre convaincante, Metro Manila est surtout une expérience à vif, une incursion à fleur de peau dans le quotidien des défavorisés philippins qui nous renvoie par moments une image peu glorieuse de nous même. Ou comment se prendre frontalement la futilité de nos colères pour un wifi trop lent ou un pavé de rumsteck pas assez cuit. Dans ce film tourné comme avec l’exigence et le réalisme d’un constat documentaire, le désespoir des personnages torturés est insondable. Eux, ce n’est pas d’avoir enfin 30.000 points chez leur opérateur ouvrant la possibilité d’avoir le nouvel IPhone qui égaye une journée mais la chance de dénicher un toit sur leur tête, tout aussi miteux soit-il, ou le bonheur d’avoir l’eau courante. Des problèmes autrement plus majeurs qui nous permettent de prendre conscience, même si ce ne sera que le temps d’un film, de la chance que nous avons d’être bien nés dans nos sociétés occidentalisées quand d’autres crève de faim à l’autre bout du monde.

3005_dblargPourtant, Metro Manila ne joue pas la seule corde sensible pour nous arracher des sanglots lourds à grands renforts de violons préfabriqués. Construit comme un drame intimiste bouleversant, le film de Sean Ellis se permet aussi de dériver, de réussir le mélange du coup de projecteur sur la misère la pire qui soit dans une terrible lutte au courage et à la volonté contre l’inégalité sociale et du thriller intense avec progressivement, un arc dramatique haletant qui se dessine en réponse à la triste condition pessimiste de ses héros. Car pessimiste, sombre, sans espoir, Metro Manila l’est. Pourtant, naîtra de son obscurité fataliste, une forme de lumière qui n’est que le reflet de l’amour qui existe et qui rend fort cette famille condamnée. Car à situations désespérées, actes désespérés. Une phrase prononcée par Mai (formidable Althea Vega), la femme d’Oscar Ramirez (extraordinaire Jake Macapagal) va philosophiquement résumer toute la construction de l’histoire déployée par Sean Ellis : « Parfois, la seule chose à laquelle on peut se raccrocher, c’est le tranchant d’un couteau ». Un constat amer qui va sous-tendre tout le hurlement filmique résonnant poussé par Sean Ellis, contre la condition de toute une population abandonnée à son sort alors qu’il lève le voile sur l’horreur des défaillances de notre système mondial où certains sont assujetti à se battre au jour le jour, avec les armes qu’ils trouvent.

maxresdefaultSorte de polar mélodramatique bâti sur une spirale infernale à travers les yeux d’une famille pauvre personnifiant toute une classe sociale, Metro Manila est l’un des grands temps forts de cette année 2013. Un film qui impressionne par sa maîtrise visuelle étourdissante et l’intelligence de sa narration désarçonnante. Le résultat est brûlant, fiévreux, suffocant et les thématiques qui s’en dégagent sur la confrontation entre la morale et la nécessité vitale, font mouche avec un brio typique de ces immenses petits films faits de rage et de colère saupoudrées au talent. Immersif et vertigineux, sa part de naïveté intrinsèque s’effiloche au fur et à mesure que les terribles constats déployés se mettent à tourbillonner au-dessus d’un film qui parvient à dépasser admirablement son genre pour devenir une peinture révoltante de notre monde malade. Une claque.

Bande-annonce :

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