MARTHA MARCY MAY MARLENE (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Martha Marcy May Marlene
Parents : Sean Durkin
Livret de famille : Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson, Brady Corbet, Hugh Dancy, Christopher Abbott…
Date de naissance : 2011
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h41 – 10 millions $

Signes particuliers (+) : Poignant, intense, surprenant, intelligent, profond et sensoriel à la fois. Une construction brillante pour une expérience plus qu’un simple métrage. Léché mais jamais trop. Déstabilisant, l’un des plus grands films de l’année. Elizabeth Olsen : une révélation.

Signes particuliers (-) : x

 

SOS D’UNE TERRIENNE EN DÉTRESSE

Résumé : Martha s’échappe d’une maison en traversant les bois et se réfugie en ville. Elle appelle sa sœur aînée avec laquelle elle a rompu tout contact depuis plus deux ans, apeurée et paumée. Recueillie, elle va essayer de se reconstruire psychologiquement et socialement après des évènements traumatisants. Mais instable, la frontière entre son passé remontant à la surface à chaque instant et le présent se brouille…

Sean Durkin. Voilà un nouveau nom à retenir dans l’immense nébuleuse du monde du cinéma dans laquelle errent ça et là quelques futurs talents de demain encore en pleine éclosion aujourd’hui mais dont les noms risquent bien de s’imposer comme incontournables. Pour son premier long-métrage, le jeune cinéaste auteur d’un précédent court présenté à Sundance, frappe fort. Très fort. De retour à ce même festival duquel il repartira primé, présenté à Cannes dans la sélection « Un certain Regard », auréolé d’une multitude de prix divers (de la mise en scène à l’interprétation) dans de nombreux festivals indépendants plus mineurs, Martha Marcy May Marlene n’a pas usurpé une seule seconde le formidable accueil  reçu lors de ses présentations et de sa sortie américaine. 90% de bonnes opinions sur le site référence RottenTomatoes, d’excellentes notes sur IMDb, un bouche à oreille très à son avantage, un formidable accueil critique, le drame psychologique du néophyte Sean Durkin est la petite sensation du moment et il faudrait vraiment être bien difficile ou réfractaire au talent pour ne pas être touché par cette délicate histoire à fleur de peau, portée sur ses jeunes et frêles épaules par la nouvelle venue et plus jeune sœur des médiatiques jumelles Olsen, j’ai nommé Elizabeth, tout juste 23 ans. Si le talent de ses ainés reste à débattre, autant dire que pour sa première prestation, la jeune femme crève l’écran par sa présence lunaire, sa grâce déboussolante, son implication de chaque instant. Un talent fou pour ce joyau à l’état brut comme le cinéma nous en montre que trop rarement.

Mais au de-là de l’incroyable don de soi de sa jeune interprète surdouée, ce films des « premières » (celle de l’actrice, celle du cinéaste) s’impose incontestablement comme l’une des grandes œuvres de cette année 2012 par sa richesse thématique, son intelligence et sa maîtrise extrême.

Avec Martha Marcy May Marlene, le réalisateur Sean Durkin aborde de façon intelligente et analytique, le fonctionnement des sectes, des groupes sectaires, des pseudos mouvements ambigus et par extension les dérives que peuvent engendrer certaines bonnes intentions sur le papier dès lors qu’elles sont incontrôlées, non canalisées, non réfléchies et basées sur de fausses illusions et fondements fragiles sans réelle pensée rationnelle ou méthodique. Martha, jeune femme paumée et influençable, va tomber dans le piège et être séduite par ce groupe aux allures doucement hippie, plein de valeurs élémentaires, humanistes et simples, prônant un retour aux sources, au partage, loin de la « technologisation » d’un monde en proie à un capitalisme galopant érigé en mode référentiel de vie, mauvais et extrême, ayant fait perdre le réel sens des valeurs humaines et de l’humanité dans son concept essentiel et sociologiquement premier. Mais ce reflet lumineux attirant et attractif de premier abord, tel un aimant, par la beauté et la douceur de la perspective d’une nouvelle vie qu’il semble annoncer, loin d’une société pervertie, comporte une facette cachée, masquée et dont la découverte ne peut se faire que trop tard, qu’une fois le miroir traversé. Durkin montre comment les beaux idéaux peuvent être corrompus, comment les mouvements ou groupuscules sectaires attirent leurs fragiles proies par un jeu de miroir laissant augurer certaines facettes reluisantes à des esprits affaiblis tout en cachant dans un premier temps, les contreparties contraignantes et la dangerosité de l’appartenance. Et c’est à contre-pied des visions caricaturales que le cinéma nous propose sur la question, que le metteur en scène dépeint ce mal actuel. Avec finesse, il aborde son film à l’envers en s’attachant au récit de l’après. Martha s’échappe de cet univers et se réfugie auprès de sa sœur. Mais comment une personne ayant vécu une expérience traumatisante, ayant été formaté à une autre vie, peut-elle soudainement se ré-adapter au monde traditionnel sans heurt ? Plutôt que nous conter le récit simple d’une femme tombant dans les griffes d’un mouvement ambigu et destructeur pour la personne, Durkin a l’intelligence de doubler, de tripler, de quadrupler les niveaux de lecture de son film. C’est sur le traumatisme qu’il s’attarde en premier lieu en dépeignant la confusion régnant chez une Martha ne parvenant pas à se défaire d’années de distorsion d’avec la vie communément classique et peinant à renouer avec une vie « normale ». Une confusion mentale amenant troubles schizophréniques, paranoïa, désordres mentaux, confusion entre le rêve et la réalité, entre le passé et le présent. Et c’est ce dernier qui va nous permettre de retracer le parcours passé de Martha non pas par des flash-back classiques mais par des moments où le passé fait irruption mentalement dans le présent par des réminiscences issues de l’inconscient perturbé. Des réminiscences permettant au cinéaste d’évoquer ces sectes pernicieuses et d’en analyser les mécanismes de fonctionnement. Et au delà de tout cela, par extrapolation, Durkin d’évoquer (en écartant le sujet des sectes etc) la façon dont l’homme peut avoir du mal à gérer une expérience traumatisante et perturbante et les conséquences sur soi-même comme sur l’entourage…

Si le fond est d’une richesse exemplaire, Durkin fait également preuve d’une élégance et d’une virtuosité stylistique impressionnante pour une première œuvre. Jouant finement sur la musique utilisée avec parcimonie, sur le montage complexe jamais gratuitement, il dote son film d’une esthétique léchée sans prétention, sans fioriture, toujours en équilibre précaire sur le drame humain et l’analyse de fond intelligente. Avec des fulgurances empruntées aux classiques de l’horreur à ambiance ou du thriller psychologique sombre, genres auxquels le film n’appartient pourtant pas, pour un rendu étouffant et oppressant (on pense au Locataire de Polanski) avec des montées oniriques rappelant le Virgin Suicides de Sofia Coppola et sa sensibilité frissonnante et bouleversante, Martha Marcy May Marlene est un petit joyau aussi sublime que profond, aussi intelligent qu’émotionnellement puissant, soutenu par un casting exceptionnel et sans star notable (les plus connus étant l’actrice de série télé Sarah Paulson et surtout l’éternel et toujours excellent second rôle John Hawkes vu dans Une Nuit en Enfer, Miami Vice ou la série Deadwood pour ne citer que quelques exemples) duquel émerge telle une néo-reine du septième art, l’extraordinaire Elizabeth Olsen. Dur, poignant, prenant et magnifique.

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Un commentaire à propos de “MARTHA MARCY MAY MARLENE (critique)

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