L’EXERCICE DE L’ÉTAT (critique)

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Carte d’identité :
Nom : L’Exercice de l’État
Parents : Pierre Schoeller
Livret de famille : Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman, Laurent Stocker, Didier Bezace, Sylvain Deblé, François Chattot, Jacques Boudet…
Date de naissance : 2011
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h52 – 10 millions €.

Signes particuliers (+) : Intelligent, intéressant. Très documenté et réaliste. Haletant. L’absence de fictionnalisation. D’une respectueuse neutralité.

Signes particuliers (-) : Peut-être un léger manque d’ampleur dans sa plongée en eaux troubles.

 

LE TRAVAIL DE L’ÊTRE ÉLU

Résumé : Le ministre des transports Bertrand Saint-Jean se démène entre les affaires s’enchaînant, entre les crises et réformes se succédant, tentant de garder son intégrité au sein d’un milieu impitoyable…

Ancien scénariste aujourd’hui également réalisateur, Pierre Schoeller évolue dans le cinéma français depuis belle lurette maintenant, enchaînant les projets jusque-là moins en vue. Après un premier film, Versailles, drame social avec Guillaume Depardieu et Aure Atika, le cinéaste s’attaque à une plongée dans le monde obscur et cruel de la politique d’État en brossant le portrait, sur quelques semaines, d’un Ministre des Transports. C’est avec réalisme, sans parti pris radical ou vision caricaturalement déformée, qu’il prend à bras le corps un sujet écrit par ses soins.

L’Exercice de L’Etat nous mène avec délicatesse à voir les coulisses d’un milieu qui nous est trop souvent fermé, l’envers du décor d’un monde politique, vivier à requins, entre ses tensions, ses crises, ses affaires, sa complexité nationale et personnelle où des hommes, bons ou mauvais, tentent de creuser leur trou, tentent de faire face à certaines réalités. Attention, jamais le cinéaste ne cherche à dédouaner, à justifier ou à défendre qui que ce soit.Il se contente de nous dresser une chronique sur une période en laissant avec brio le soin au spectateur de se faire sa propre idée, sa propre interprétation des actions de ses personnages fictionnels. Fictionnels car pas de parti mis en valeur ou ciblé par Schoeller qui présente un gouvernement sans l’étiqueter, de droite ou de gauche même si les indices semblent nous aiguiller sur la réponse à cette question pour ceux qui le souhaitent. Son film est juste une peinture, la plus fidèle possible, d’une tranche de vie à la direction d’un ministère.

C’est par le personnage de Bertrand Saint-Jean, ministre intègre et plein d’idées, de causes, de principes, que Schoeller nous introduit dans les arcanes de la politique française et de toute sa complexité entre coups bas et clash, entre tensions et sorties délicates où tout doit être pensé, pesé, réfléchit et calculé. Les affaires s’enchaînent, l’une chasse l’autre à l’image de la séquence d’introduction. Réveillé en pleine nuit suite à un tragique accident de bus, le ministre se doit d’aller sur place. Mais rapidement, cette affaire est chassée du devant de la scène par une autre, par deux autres, par des réformes, par des crises sociales ou économiques. Schoeller montre l’immédiateté de la politique impliquant de réagir, de passer d’un cas à l’autre sans oublier le premier mais tout ne se focalisant sur le second. Il montre également à quel point la politique est un mode de vie demandant une implication de chaque instant. Mais plus important, il montre surtout comment des idéaux, des valeurs défendues, se heurtent bien trop souvent à la hiérarchie, à l’impossibilité, au besoin de concession. C’est d’ailleurs là le thème central d’un film présentant la politique comme un monde se résumant à « manger ou être mangé » tout en essayant tant bien que mal de négocier des idées, de marchander son intégrité au gré de la situation. Un monde en somme bien peu reluisant où l’honnêteté est rapidement bouffée par l’instinct de survie et de perduration mais plus important, où les valeurs sont finalement atrophiées par un égoïsme étiré entre conscience morale et parcours professionnel précaire où la moindre situation peut vous faire sauter. La politique où le jeu du siège éjectable où les convictions personnelles sont bien dures à tenir.

Sur un sujet aussi lourd et pompeux, Schoeller parvient à ne jamais ennuyer, à réaliser un film haletant au rythme d’homme se devant de vivre à cent à l’heure. La lucidité et la neutralité du ton impressionnent et même si le cinéaste met parfois les mains dans la boue pour se montrer le plus réaliste possible, il parvient à faire la plus dure des choses : garder un recul en tant que cinéaste pour laisser la part belle au spectateur. Exit tout manichéisme facile, tout stéréotype de bas étage, L’Exercice de l’Etat est une œuvre réussie et inspirée sur un sujet sensible et casse-gueule. Fiction finalement pas si fictionnalisée, elle montre un univers glaçant, terrible, un univers qui nous dirige au quotidien. Et ça fait froid dans le dos tant on ressort avec l’impression d’être mené par des êtres dont les motivations laissent perplexes.

Bande-annonce :

Un commentaire à propos de “L’EXERCICE DE L’ÉTAT (critique)

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