LES FANT4STIQUES de Josh Trank : la critique du film [Sortie Ciné]

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Les_4_fantastiques

note 5 -10
Nom : The Fantastic Four
Père : Josh Trank
Date de naissance : 2014
Majorité : 05 août 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h39 / Poids : NC
Genre : Super-héros

Livret de famille : Miles Teller (Reed Richards / Mister Fantastique), Kate Mara (Sue Storm / La Femme invisible), Michael B. Jordan (Johnny Storm / La Torche), Jamie Bell (Ben Grimm / La Chose), Tobey Kebbell (Dr. Fatalis), Reg E. Cathey (Franklin Storm), Tim Blake Nelson (Harvey Elder)…

Signes particuliers : Ou comment louper un film tout entier juste en ratant la fin…

PAS SI FANTASTIQUE QUE ÇA…

LA CRITIQUE

Résumé : Adaptation moderne et résolument nouvelle de la plus ancienne équipe de super-héros Marvel, le film se concentre sur quatre jeunes génies qui se retrouvent projetés dans un univers alternatif et dangereux, qui modifie leurs formes physiques mais aussi leurs vies de façon radicale. Ils devront apprendre à maîtriser leurs nouvelles capacités et à travailler ensemble pour sauver la Terre d’un ancien allié devenu leur ennemi.les 4 fantastiquesL’INTRO :

A l’heure où la mode des super-héros bat son plein plus que jamais et n’a de cesse d’envahir les salles obscures sur une cadence frénétique, voilà qu’Hollywood ressuscite une bande de vieux copains qui n’a jamais été vraiment épargnée jusque-là : Les 4 Fantastiques. Dans l’immense galaxie Marvel Comics, le quatuor de post-ados composé de l’homme-élastique, de la torche humaine, de la chose tout en cailloux et de la nymphette invisible, a subi tellement d’affronts sur grand écran, que l’on se demandait s’il serait capable de s’en relever un jour. Certains se souviendront peut-être des vieilles adaptations télévisuelles animées passées de mode, d’autres du nanar colossal produit par Roger Corman dans les années 90 et qui n’est jamais sorti au cinéma, mais les deux vrais outrages les plus retentissants (car les plus médiatisés) restent à ce jour, les inénarrables longs-métrages réalisés par Tim Story sortis en 2005 et 2007. Malgré une affriolante Jessica Alba dans sa combi moulante over-sexy, le diptyque honteux est resté dans les mémoires comme les pires agressions faites aux fans de Comics, avec le Spawn de Mark Dippé. Inutile de se remémorer la ridicule prestation de Michael Chiklis en La Chose, pas plus que de celles de l’oublié Ioan Gruffudd en Mister Fantastique, d’un Chris Evans qui n’aura jamais été aussi fade ou d’un Julian McMahon calamiteux en Dr Fatalis. Ce que l’on retient surtout, ce sont deux beaux désastres qui ont condamné une franchise au silence pendant une sacrée ribambelle d’années. Même si l’ampleur de l’échec n’a pas été oublié et même s’il plane encore comme une épée de Damoclès au dessus de ce reboot sous haute surveillance, reste que l’on était plutôt rassuré de voir l’univers des 4 Fantastiques revenir sous la houlette du talentueux Josh Trank, valeureux jeune réal qui nous a grandement séduit avec son Chronicle en 2012. Pétri de talent, le cinéaste avait su braver les dangers du found footage, braver les dangers du blockbuster et s’accommoder d’un budget très restreint pour pondre une pépite qui avait fière allure. Avec un très bon casting cette fois (Miles Teller, Michael B. Jordan, Kate Mara, Jamie Bell, Tobey Kebell…), des ambitions et des intentions, on se prêtait à rêver d’un film réparateur de torts. D’un bon film, même.les_4_fantastiques_1L’AVIS :

Et on a failli l’avoir ! Seulement « failli », c’est tout le problème. Explications. Les 4 Fantastiques dure environ 1h40. Une durée somme toute assez modeste pour un film de super-héros si l’on se réfère aux standards en vogue ces derniers temps dans le genre. Et pendant plus d’une heure, Josh Trank redore, sans panache mais avec bravoure, le blason de la team qui a ramené ses superpouvoirs d’une obscure dimension parallèle qu’ils sont allés visiter dans une expédition aux relents de film SF. Le cinéaste s’appuie sur la grande qualité qu’on lui avait découverte avec Chronicle, un sens aiguisé du travail des personnages et des ressorts dramatiques. Trank prend son temps, pose son décor, pose son univers, s’efforce de construire des bases solides sans chercher à succomber à l’accélération du rythme à tout prix. Sans ennuyer non plus, et c’est là que Les 4 Fantastiques trouve sa plus noble qualité. Il amène progressivement son récit, fait un bon boulot plein d’honnêteté à défaut de briller de génie, réussit à nous attacher à son histoire et à ses protagonistes, aux thématiques nouvelles qu’il déploie avec ces nouveaux héros plus handicapés par leurs pouvoirs qu’exaltés à l’idée d’en explorer les possibilités. Il réussit surtout là où les deux précédents travaux bâclés de Tim Story s’étaient vautrés. Bâtir un univers crédible et ne pas amener ses super-héros au spectateur sans ménagement mais au contraire, amener le spectateur vers ses super-héros en développant leurs parcours, non sans un petit parfum eighties qui rappelle par petites touches très discrètes, les productions Amblin de la belle époque. L’ensemble reste très manufacturé, les coutures y sont très lisibles, quelques défauts dérangent, comme la partition musicale déplorable de Marco Beltrami, un léger manque de peps ou d’excellentes pistes au final insuffisamment traitées (les dissensions dans le groupe notamment), mais le bon point que l’on retient, c’est que cette nouvelle mouture est dans l’ensemble correcte et relance, bien que parfois maladroitement, une possible néo-franchise interprétée avec conviction par sa belle brochette d’acteurs. Mieux, ce nouveau Les 4 Fantastiques fait oublier en deux-trois coups de cuillère à pot, ses deux piteux ancêtres.les_4_fantastiques_2Sauf… Sauf que toutes les qualités entrevues pendant plus d’une heure (voire 1h15) s’effondrent dans le dernier acte. Un dernier acte qui, à lui-seul, réussit l’exploit de transformer ce qui était un blockbuster tout à fait correct, en raté incroyable sortant de piste en se fracassant lourdement contre le mur qui bordait son parcours. On se demande encore comment le drame a pu être dieu possible. Josh Trank s’appliquait à suivre un scénario jusque-là globalement habile, il avait son affaire bien en main, il tenait le bon bout, il se dirigeait vers un atterrissage à bon port et sans encombres. Mais voilà que son scénario s’effondre comme un château de cartes lorsque l’improbable arrive. Passé les trois quarts du film à « exposer » son univers, c’est au tour d’une évidence mathématique d’entrer en piste et de faire des dégâts irrémédiables. On sait désormais tout du pourquoi et du comment notre petite brochette de jeunes intellos est devenue une bande de super-héros. Malgré quelques raccourcis et facilités, le cinéaste a bien délimité son univers aux fondations désormais ancrées. Sauf qu’un bref coup d’œil à la montre vient nous rappeler qu’il ne reste grosso modo qu’une vingtaine de minutes. Et l’on attend toujours l’entrée en piste du super-vilain de l’histoire. Et voilà que le dernier acte se retrouve expédié comme la visite annuelle obligée chez le grand-oncle gâteux de la famille. Josh Trank aura passé tellement de temps à bâtir le socle de la nouvelle franchise, que la trop courte durée de son affaire le contraint à résumer l’arrivée de son super-méchant Fatalis et l’affrontement qui le mettra aux prises avec les Fantastiques en deux dizaines de minutes hallucinantes de non-consistance et de survol à vitesse grand V.the_fantastic_four-still_2Les 4 Fantastiques version 2015 voit sa démarche se retourner violemment contre lui et alors qu’il parvenait à faire oublier ses prédécesseurs durant une bonne partie du métrage, le voilà qui réussit l’exploit de faire pire qu’eux dans son dernier quart transformant un film plaisant en une gigantesque frustration ahurissante. Déséquilibré comme pas deux, adossé à une structure que l’on ne comprend absolument pas, au moins autant que son scénario et l’idée générale qui l’animait, le film de Josh Trank sombre alors dans l’irréel. C’est bien simple, et pour faire simple, on en viendrait presque à croire que tout un pan de plus de 45 minutes du film a été englouti dans un gigantesque trou noir, comme si le début se retrouvait collait à la fin sans milieu. En une vingtaine de minutes, Josh Trank fait débouler son vilain, le met sur la route de nos 4 Fantastiques, les fait s’affronter dans un combat pseudo-épique (et visuellement pas beau) de 5 minutes chrono et conclu son film au passage. Aucune progression dramatique, aucune intensité, aucun sens du teasing… Faire dans l’originalité peut avoir une certaine noblesse mais il y a certaines limites et certains codes narratifs à respecter pour qu’un film fonctionne. Les 4 Fantastiques tourne le dos au b.a.-ba de tout film de super-héros qui se respecte, n’offre aucune escarmouche entre ses « ennemis » avant son épilogue, n’impose aucun souffle épique, et demeure le film d’un début et seulement d’un début, comme si soudainement, il s’arrêtait brutalement faute d’un script sur lequel avancer, pressé de conclure.137816Définitivement, il y a quelque-chose de pas très clair dans les dessous de cette superproduction qui se tire une balle dans le pied au point de s’en exploser la jambe toute entière. On aurait compris si le film s’était contenté de seulement présenter les bases d’une future saga programmée en plusieurs épisodes gardant l’affrontement pour plus tard (façon La Planète des Singes), on aurait compris s’il avait eu une heure de plus pour se donner la consistance d’un vrai premier film en soi. Mais là, force est de constater avec tristesse et déception que l’on est en présence d’un demi-film, d’un projet bancal à la démarche incompréhensible, laissant la sensation d’avoir rajouter un peu d’action à la va-vite et sans aucune vision préalable, en fin de film, histoire de ne pas s’attirer les foudres des spectateurs désireux d’un « blockbuster qui bouge ». Sauf que son épilogue tombe comme un cheveu sur la soupe en plus de laisser transpirer quelques petits moments profondément idiots. Du gâchis, tout cela est un beau gâchis car on le répète, pendant 1h15, Les 4 Fantastiques était un bon divertissement. Sauf que ce bon divertissement ne va au final vers… rien.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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