LE DERNIER PUB AVANT LA FIN DU MONDE d’Edgar Wright – critique (comédie SF)

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note 6.5
Carte d’identité :
Nom : The World’s End
Père : Edgar Wright
Livret de famille : Simon Pegg (Gary King), Nick Frost (Andy), Paddy Considine (Steven), Eddie Marsan (Peter), Martin Freeman (Oliver), Rosamund Pike (Sam), Pierce Brosnan (l’ex proviseur), Rafe Spall (jeune homme), David Bradley (Basil), Steve Oram (le policier), Michael Smiley (Révérend Green)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 28 août 2013 (en salles)
Nationalité : Britannique
Taille : 1h49
Poids : 20 millions $

Signes particuliers (+) : Les créateurs de Shaun of the Dead et Hot Fuzz nous reviennent tous ensemble pour un nouveau délire de genre comique et référentiel s’attaquant cette fois-ci à la SF d’invasion extraterrestre. Une joyeuse virée passablement éméchée hilarante et rondement menée, alliant respect du genre par une série B nostalgique à la fois jouissive et génialement grotesque, pastiche régressif barré, clins d’oeil geek à la pelle et intelligence de ton avec un fond mélancolique flirtant avec la lisière du pathétique pour rehausser la qualité de ce désopilant et plus fin qu’il n’y paraît, portrait de la crise de la quarantaine.

Signes particuliers (-) : Le dernier acte est légèrement long et s’égare de temps à autre juste le temps de quelques minutes par-ci par-là, dans un peu de confusion maladroite.

 

ON S’EN JETTE UN DERNIER ?

Résumé : Gary King, incorrigible adulte inconséquent qui n’a jamais pu grandir, vient trouver ses quatre amis d’enfance pour les entraîner dans un défi fou : accomplir avec succès le « barathon » qu’ils avaient échoué dans leur jeunesse. retour à Newton Haven, ville de leur enfance. 12 pubs, une pinte dans chaque, avec comme but ultime d’atteindre le dernier bar, le World’s End. Mais c’était sans compter sur une invasion extraterrestre…

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L’INTRO :

Une dernière p’tite glace pour terminer cet été ensoleillé ? Six ans après l’actionner décalé Hot Fuzz, la joyeuse bande de Shaun of the Dead se reforme pour notre plus grand plaisir, afin de conclure en beauté ce qu’ils ont baptisé la « trilogie Cornetto », du nom des célèbres glaces à cornet, petit détail humoristique récurrent dans chacun des trois films qui ont ravivé la flamme de notre culture geek ces dix dernières années. Edgard Wright à la réalisation, le duo Simon Pegg et Nick Frost devant la caméra, et un nouveau script alliant comédie de genre et cinéphilie référentielle, pondu à quatre mains par Wright et Pegg et c’est parti pour un nouveau délire seulement coupable de nous éclater comme des gosses jetés en pâture dans une attraction délectable caressant notre nostalgie du cinéma de genre. La recette a jusqu’à présent brillamment fait ses preuves sous leurs mains expertes, puisque leurs deux œuvres précédentes sont tout simplement cultes. Après les zombies de Shaun of the Dead en 2004) puis les films d’action avec Hot Fuzz en 2007, le trio s’attaque cette fois-ci à la science-fiction, un genre que Pegg et Frost ont déjà approché l’an passé mais sans Edgard Wright, avec le sympathique Paul de Greg Motolla. Mais là forcément, avec la bande british réunie au grand complet, la saveur s’annonçait tout autre, surtout plus jubilatoire.

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Pour parachever leur rafraichissante trilogie Cornetto, Wright-Pegg-Frost décident de mettre en boîte une comédie SF renvoyant au meilleur du cinéma d’invasion extraterrestre. L’histoire sera celle de cinq amis quadragénaires lancés (ou forcés plutôt) dans le pari saugrenu d’aller au terme du « barathon » qu’ils n’ont pas pu terminer dans leur jeunesse. What the fuck ? Le barathon est tout simplement une sorte de marathon de la picole, une surréaliste tournée des 12 pubs de leur miteuse ville de Newton Haven avec comme défi de réussir à atteindre l’ultime World’s End, le bar final qui les accueillera passablement torchés, les yeux à côtés des trous, la gueule burinée après quelques bagarres éméchées et la chemise tachetée de sang et de vomi. Sauf que voilà, autant Newton Haven était déjà une ville merdique dans leur jeunesse, autant aujourd’hui c’est pire… car elle a été envahie par des extraterrestres ! Une bande de cinq requérait forcément quelques comédiens supplémentaires histoire de compléter ce quintet d’allumés se livrant à un trip d’adultes attardés. Le trio convoquera du coup du beau monde à leurs côtés pour établir un casting le plus jouissif possible. A l’appel, répondrons Martin Freeman (le Bilbon Sacquet de The Hobbit, déjà dans Hot Fuzz), Paddy Considine (lui aussi déjà présent dans Hot Fuzz), cette pure trogne british d’Eddie Marsan (éternel second rôle dans une tonne de blockbusters comme Sherlock Holmes, Hancock, Miami Vice, Mission Impossible 3 ou Jack Le Chasseur de Géants). Autour de la bande de potes, un soupçon de beauté avec Rosamund Pike (Jack Reacher), de classe avec Pierce James Bond Brosnan, d’expérience avec David Bradley (Argus dans tous les Harry Potter), de fidélité avec Rafe Spall (présent dans toute la trilogie), de pure gueule anglaise avec Steve Oram (le héros du Touristes de Ben Whitley), et de tête qu’on connaît sans trop savoir d’où avec Michael Smiley (Kill List, A Field in England ou la série Luther)…

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L’AVIS :

Avec ce gros délire éthylique qu’est Le Dernier Pub avant la Fin du Monde, le trio a réussi la passe de trois avec brio. Trois films, trois comédies référentielles, trois genres approchés, trois kiff intégraux cultivant délicieusement notre fibre nostalgique pour plusieurs pans de la contre-culture cinématographique. Bien qu’ils aient tous passé le cap de la quarantaine, ces joviaux barges britanniques n’ont rien perdu de leur superbe et nous entraînent dans une nouvelle folie aventureuse atteinte du ciboulot qui régale de splendeur et d’émotions. Emotions multiples, pour le plaisir de les retrouver tous ensemble, de les voir toujours autant s’éclater au rythme des idées décalées qui germent dans leurs cerveaux communs connectés au même humour et raccordés à la même culture, 21021899_20130723141441228et même émotion se dégageant d’un sujet hilarant tour en flirtant également avec la lisière du doucement pathétique à voir ce touchant adulte attardé de Gary King (un énorme Simon Pegg) prôner l’éclate absolue, la liberté inconséquente, l’immaturité irresponsable en essayant de bousculer ses anciens amis ayant tous avancer dans la vie là où lui n’a eu de cesse de vivre dans un lointain passé terni. Tous les ingrédients des précédents opus de la saga « Cornetto » sont là. Un immense amour passionnel pour le genre abordé, un empilement de gags jubilatoires nourri à la verve déjantée d’un Pegg des grands soirs, un ton geek et old school alternant le potache et la finesse, un équilibre sensationnel entre le vrai film de genre et la comédie parodique, et bien sûr des références à la pelle. L’Invasion des Profanateurs de Sépultures, The Thing, l’ancienne version du Jour où la Terre s’arrêta, le cinéma d’invasion extraterrestre à l’ancienne en général avec une préférence pour celui des 50’s et des 80’s sont autant d’inspirations que l’on retrouve dans ce The World’s End, auxquelles s’ajoutent des emprunts directs au cinéma d’arts martiaux hongkongais par des chorégraphies géniales, à la comédie sociale à l’anglaise (toute la première partie) et même au néo-cinéma post-apocalyptique !

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On aurait pu craindre l’essoufflement après ces nombreuses années écoulées et expériences vécues par chacun de leur côté (Wright a fait seul Scott Pilgrim, Pegg est devenu une figure de Star Trek, Frost s’est aventuré du côté de la sitcom télé et a tourné quelques films en solo même tout en restant dans le giron de Simon Pegg qu’il a retrouvé pour Tintin ou Paul), mais finalement, c’est l’inverse qui se produit et les retrouvailles de tous n’auront rien de la réunion poussive. Le temps a semble t-il nourri et servi la macération de ce troisième film issu d’une idée remontant à bien avant l’initial Shaun of the Dead (Edgar Wright expliquant que The World’s End a été pensé avant leur premier délire et vient tout droit d’une expérience identique tentée dans sa jeunesse). worlds-endLe trio semble faire preuve d’encore plus d’énergie que jamais et curieusement, il se dégage beaucoup de maturité de ce film de l’immaturité régressive. Plaisir loufoque et drôlissime, Le Dernier Pub avant la Fin du Monde est une belle et irrésistible comédie SF rondement menée qui se paie une sympathique construction en deux temps, brisant son entame de pure comédie « adulescente » pour vriller soudainement à la succulente fantaisie science-fictionnelle barrée. Le ton général du film est la preuve de cette maturité trouvée, souvent mélancolique, pathétique, sans jamais verser de trop dans le pathos mais gardant au contraire ce fond intelligemment déployé pour l’apposer sur façade désopilante et lourde de sens. Plaisant, réjouissant, excitant, exaltant et en prime grotesque à souhait quand il vire vers le second degré, Le Dernier Pub avant la Fin du Monde est une pastille éclatante. Pas forcément le film parfait, peut-être même un poil inférieur aux autres représentants de cette trilogie Cornetto par sa longueur amenant un dernier acte pas toujours adroit et qui tire un peu la langue et traîne la patte sur la durée avec une pointe de redondance, mais en dehors de ce menus défauts mineurs, l’ensemble est tellement sympathique, tellement dingo, tellement inconséquent, tellement geek, que l’on re-signerait sans problème si l’occasion s’en représentait, pour une autre virée alcoolisée de ce type, fendard portrait de la quarantaine aux ambitions inabouties doublée d’une chouette série B délurée. Curieusement, même s’il a ses défauts,  Le Dernier Pub avant la Fin du Monde n’est pas loin d’être une autre œuvre culte !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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