LE CINQUIÈME POUVOIR de Bill Condon
En salles – critique (biopic, thriller)

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21054765_20131104141838525.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 4.5
Nom : The Fifth Estate
Père : Bill Condon
Livret de famille : Benedict Cumberbatch (Julian Assange), Daniel Brühl (Daniel Domscheit-Berg), Anthony Mackie (Coulson), Alicia Vikander (Anke), Laura Linney (Sarah Shaw), Stanley Tucci (Boswell), Moritz Bleibtreu (l’architecte informatique), David Thewlis (Davies), Peter Capaldi (Alan), Carice Van Houten (Brigitta)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 04 décembre 2013 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 2h09
Poids : 28 millions $

Signes particuliers (+) : Le Cinquième Pouvoir vaut essentiellement pour les grandes lignes qu’il offre sur son sujet passionnant et surtout l’interprétation d’un Benedict Cumberbacht absolument impressionnant.

Signes particuliers (-) : Bill Condon passe complètement à côté de son sujet et rate son exercice tant dans la forme que dans le fond. Dans la forme, sa mise en scène chaotique a vite fait d’insupporter et d’achever un film fastidieux et redondant et manquant d’intensité. Dans le fond, Le Cinquième Pouvoir coule à pic par manque d’une ligne de conduite déterminée entre neutralité d’approche ou point de vue affirmé. Le film ne s’ancre ni dans l’un, ni dans l’autre et reste dans une démarche troublante de confusion. Tout ça est bien long et pour pas grand-chose à l’arrivée car on ne le sent même pas vraiment impliqué par le débat moral qu’il soulève en fond.

 

WIKILEAKS : FATAL ERROR SYSTEM

Résumé : En rendant publics des documents confidentiels, ils ont fait vaciller les plus grands pouvoirs de la planète. La révélation d’informations ultra-secrètes explosives a mis en lumière un monde jusque-là inconnu. WikiLeaks a changé la donne à jamais. Comment Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et Daniel Domscheit-Berg, ont-ils pu obtenir ces documents ? Comment est né leur site qui, en quelques mois, a réussi à révéler bien plus de secrets que tous les plus grands médias officiels réunis ?

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L’INTRO :

Pour qui suit un minimum l’actualité, difficile de ne pas avoir entendu parler du site politiquement et socialement engagé, WikiLeaks. En 2010, ses instigateurs ont fait grand bruit par un coup fumant dont les braises sont encore brûlantes : la diffusion de masse sur internet de près de 500 000 documents confidentiels américains sur la guerre en Irak, en Afghanistan, mais aussi des télégrammes diplomatiques. Un coup de tonnerre mondial qui s’apparentait surtout à une volonté de frapper véritablement fort pour se faire entendre. Les principes et les revendications prônés par WikiLeaks et ses fondateurs, en particulier son grand manitou Julian Assange, ne pouvaient désormais plus être ignorés. WikiLeaks se définit comme une association à but non lucratif pourfendeuse de la suppression de la liberté d’expression et du droit à informer les masses en toute vérité sans truquer ni filtrer l’information, afin d’améliorer la connaissance réelle de l’histoire commune. Pirates du web, héros des temps modernes, terroristes informatiques, ou génie sincères, les réactions face aux exactions de WikiLeaks seront diverses et variées. Dans tous les cas, le site s’est ouvertement positionné comme un « cinquième pouvoir », surnom donné au médium internet et titre du film. La diffusion de ces documents et câbles est loin d’être la seule action intentée par WikiLeaks qui a œuvré louablement sur des tas d’autres terrains, mais elle reste la plus médiatique d’autant qu’elle fut accompagnée d’un appui par des journaux stars comme The Guardian, Der Spiegel, Le Monde, El Pais ou le Times. Le sujet reste aujourd’hui très sensible, au point que son cybermilitant fondateur est encore considéré comme un ennemi public mondial, notamment pour les Etats-Unis largement visé par son action. De fait, il vit actuellement cloitré dans l’ambassade d’Equateur à Londres où il a trouvé asile et nombre sont ceux qui n’attendent qu’un faux pas pour lui mettre le grappin dessus.

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Le sujet avait tout pour nourrir un haletant thriller moderne dans la lignée des œuvres conspirationnistes des années 70. Le scénariste Josh Singer s’est essentiellement appuyé sur deux ouvrages pour rédiger cette sorte de biopic partiel prenant pour héros deux des principaux activistes de WikiLeaks, Julian Assange bien entendu, et le moins connu Daniel Domscheit-Berg, qui a quitté l’organisation suite à des désaccords profonds avec Assange et dont le livre Inside WikiLeaks: My Time With Julian Assange At The World’s Most Dangerous Website fait partie des deux œuvres de base qui ont permis l’écriture du scénario de ce Cinquième Pouvoir dont la réalisation a été confié à Bill Condon, qui opère un virage à 90° après son aventure Twilight (il a signé les deux derniers chapitres de la saga vampiro-gnangnan). Devant la caméra, c’est à la star montante Benedict Cumberbacht (le méchant de Star Trek : Into the Darkness) qu’est confié le délicat costume d’Assange. Sa transformation physique et verbale est à ce titre étonnante de ressemblance. Daniel Brühl incarne Daniel Domscheit-Berg et l’on retrouve parmi la galerie de seconds rôle, une distribution internationale avec la charmante danoise Alicia Vikander (A Royal Affair), l’allemand Moritz Bleibtreu (Cours Lola Cours), le britannique David Thewlis, la néerlandaise Carice van Houten ou les américains Anthony Makie, Stanley Tucci et Laura Linney.

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L’AVIS :

L’histoire de WikiLeaks est passionnante depuis le début et de bout en bout, entre ses motivations, ses zones d’ombre, ses déformations médiatiques, revirements rocambolesques et faits discutables que comportent son évolution. La grande part d’incroyable qui jalonnent cette aventure militante informatique, représentait un matériau hautement cinématographique sur le papier, mais un danger aussi tant il requérait d’évoluer avec une extrême prudence sur le filin très mince qui relie cette page d’actualité encore chaude bouillante à la fiction qu’il était possible d’en tirer. Il était impératif d’avoir les épaules solides pour réussir à matérialiser cette histoire ambiguë illustrant des revendications engagées et des conflits idéologiques de méthodes en s’ouvrant vers des réflexions plus générales prenant racine dans des débats moraux comme « la fin justifie t-elle les moyens ? ». Malheureusement, Bill Condon manquait visiblement d’épaulettes.

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Le Cinquième Pouvoir essaie de retracer dans les grandes lignes l’histoire de WikiLeaks autour de 2010 et son action la plus retentissante en s’invitant dans les coulisses de la mystérieuse organisation, avec tout ce qu’elle comporte de motivations fermes mais aussi de doutes questionneurs. Sauf que deux options s’offraient au cinéaste. Affirmer un point de vue clairement identifiable ou prendre de la distance pour mettre en boîte un film qui allait arborer la neutralité comme étendard. Première erreur fatale pour Condon, Le Cinquième Pouvoir manque d’une ligne de conduite déterminée et ses intentions sont troubles. On ne sait jamais trop où se situer entre le point de vue affirmé et l’apparente neutralité. Film pro-Assange, anti-Assange, pro-WikiLeaks, anti-WikiLeaks ? Condon nous balade pendant plus de deux heures sans jamais faire preuve de courage en claironnant haut et fort ce qu’il semble penser. Et si là était son but, alors il se loupe tout autant car le résultat manque de détachement vis-à-vis de son sujet et affiche même par moments une forme de dédain à la limite du mépris envers lui, rendant encore plus obscure une œuvre déjà compliquée au départ. Le ton change en permanence, traverse les regards, parasite sans cesse ses prises de positions, et l’on a l’impression d’en retirer une œuvre pro-WikiLeaks mais anti-Assange, sans jamais qu’elle ne s’établisse, au risque d’agacer de confusion. Le plus intéressant sera au final l’ironique et audacieuse séquence d’interview finale détachée du film et se permettant une mise en abîme qui enfin donne un peu de sens et de clarté au projet et à ses intentions. Pour le reste, Le Cinquième Pouvoir n’a ni souffle, ni tension, tire dans tous les sens sans jamais canaliser ses efforts, et passe à côté de son sujet dont l’impact est à l’arrivée aussi nul qu’un balle lancée par un enfant de trois ans.

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Si dans le fond Le Cinquième Pouvoir est clairement à la peine, il ne trouvera pas de quoi se relever dans la forme. Bill Condon rate complètement ses objectifs de biopic tourné en thriller intense et livre un film handicapé par ses longueurs et ses redondances, pas loin du soporifique (un comble vu la matière en or massif), aussi rarement didactique qu’il ne nourrit son ambiguïté dédaleuse par un discernement finement malin. Le Cinquième Pouvoir semble ambitionner d’être à WikiLeaks ce que The Social Network était à Facebook. Sauf que Bill Condon n’est pas David Fincher et que Le Cinquième Pouvoir n’a pas l’intelligence d’approche et sa structure relevant du génie d’écriture de son modèle d’inspiration. Formellement, le film finit d’enterrer ses capacités par une réalisation pas loin de l’insupportable, filmé comme un trailer des Experts tout en décrochages de caméra visant le « pris sur le vif » mais se résumant en réalité à un immense manque d’inspiration doublé d’un basique renforçant l’ampleur assommante d’un film cherchant à trouver dans sa verbosité, une forme de tension moderne collant à son univers de la rapidité de l’information mais échouant inéluctablement dans ses velléités de thriller tendu. Reste alors un énorme Benedict Cumberbacht comme seul lot de consolation devant ce beau gâchis laborieux qui s’essaie au psychologique nuancé mais qui se noie dans un verre d’eau. Le personnage trouble qu’est Julian Assange et toute l’affaire en elle-même, ont droit à un traitement délicat comme un éléphant dans un magasin de porcelaine et manquant d’une vision forte et intense qui dépasserait le simple stade de la posture apparente.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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