LAST VEGAS de Jon Turteltaub
en salles – critique (comédie)

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21039597_20130913113752098.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 5
Carte d’identité :
Nom : Last Vegas
Père : Jon Turteltaub
Livret de famille : Michael Douglas (Billy), Robert De Niro (Paddy), Morgan Freeman (Archie), Kevin Kline (Sam), Mary Steenburgen (Diana), Jerry Ferrara (Todd), Romany Malco (Lonnie), Rogert Bart (Maurice)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 27 novembre 2013
Nationalité : USA
Taille : 1h45
Poids : 28 millions $

Signes particuliers (+) : Une relecture sympathique et distrayante de Very Bad Trip en version carte vermeil où la folie de la jeunesse est remplacée par l’angoisse de vieillir. Last Vegas est surtout attachant pour son casting 4 étoiles et inédit qui fait le spectacle et charme notamment dans un premier tiers aux dialogues incisifs et porteurs de beaux espoirs.

Signes particuliers (-) : En dehors de son idée-concept à la base de tout, Last Vegas n’explore aucune autre piste et ne laisse jamais vivre sa folie. Ces limites finissent par doucement le conduire à rentrer dans le rang alors qu’il décline après une belle entame, et devient poussif et prévisible par manque de caractère. Dommage, cette belle idée jubilatoire sur le papier n’est pas exploitée au mieux de ses possibilités et laisse un peu frustré.

 

LES PAPIS FONT DE LA RÉSISTANCE !

Résumé : Billy, Paddy, Archie et Sam sont les meilleurs amis du monde depuis… plus d’une soixantaine d’années. Quand Billy, le dernier célibataire de la bande, se décide enfin à demander sa petite amie d’à peine trente ans (bien évidemment !) en mariage, nos quatre über-seniors prennent la direction de Las Vegas avec la ferme intention de ne rien céder au poids des années et d’enterrer la vie de ce garçon (Qui a dit « vieux » ?) dans les règles de l’art. À leur arrivée sur le Strip, force est de constater que le divertissement de masses a pris le pas sur le temple du cool. Mais le Cirque du Soleil peut bien avoir délogé le Rat Pack, notre quatuor est plus que jamais résolu à faire revivre ses heures de gloire à celle qu’on appelle encore la ville de tous les vices.

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L’INTRO :

Imaginez un peu deux petites secondes ce que donnerait le déjanté Very Bad Trip mais en version troisième âge ? Toujours Vegas, toujours sa démesure, toujours ses demoiselles sexy et ses bikini en veux-tu en voilà, toujours ses casinos et son alcool coulant à flot, toujours un enterrement de vie de garçon et des promesses de « teufs » gigantesques et toujours des guest-surprise de passage. Vraiment tout sauf… sauf qu’en lieu et place d’une belle brochette de trentenaires festoyant, on se retrouve encombré avec un quatuor de grands-pères endoloris, rouillés comme de vieux clous exhumés du fin fond du garage de mamie. Dur… Un recul de pas mal de décennies en mode « dernière virée avec panache avant la fin » et l’addictive Las Vegas de devenir Last Vegas, pari délirant qui a échoué dans les bras du cinéaste au nom marrant John Turteltaub (les Benjamin Gates, Rasta Rocket ou plus récemment L’Apprenti Sorcier) auquel CBS Films a confié ce projet décalé. Exit la Wolf Pack et bienvenu au Quatuor de Brooklyn, exit les trentenaires et bienvenus aux septuagénaires et exit les branchés Bradley Cooper, Ed Helms, Zack Galifianakis et Justin Bartha et welcome à un casting quatre étoiles : Robert de Niro, Michael Douglas, Kevin Kline et Morgan Freeman ! Quand on vous disait quatre étoiles, c’est réellement quatre étoiles. Ou plutôt quatre légendes du cinéma qui ont la ferme intention de prouver à la jeunesse montante qu’eux aussi, savent « partir en vrille » et ont encore du jus dans le moteur !

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Donc plus concrètement, on a ce vieux-beau de Michael Douglas au retour fracassant qui annonce à ses potes d’enfance (les trois autres) qu’il va se marier avec une petite minette d’à peine 30 ans d’âge. Malgré leurs sciatiques, leurs genoux en titane, la fatigue ou leurs aléas cardiaques, le quatuor débarque dans le temple du vice, Las Vegas, avec un but simple et limpide comme de l’eau de roche : s’offrir une dernière virée mémorable en retrouvant l’espace d’un weekend, leur jeunesse perdue alors que tous s’encroûte dans une triste fin de vie réglé sur thermostat « torpeur ». Et Last Vegas de montrer au passage que papi ou pas, les « Very Bad Trip » ne sont pas la propriété exclusive des jeunes !

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L’AVIS :

Jon Turteltaub fait bien les choses pour nous prendre dans les mailles du filet de son attraction au concept jouissivement décalé. D’emblée, son Last Vegas trouve les mots pour séduire en s’appliquant à revisiter plutôt ingénieusement son homologue qu’il pastiche avec un grand sens de l’humour et foison de coups de coude référentiels amusants. Dans l’esprit, le film atteint plutôt bien ce qu’il visait et adapte à merveille sa référence, qu’il se réapproprie sans en trahir l’essence fondamentale. Dans les faits, Last Vegas multiplie les embardées sur les traces fossilisées de Very Bad Trip, multiplie les allusions directes et les scènes décalquées instantanément reconnaissables mais tout en les réadaptant pour les faire coller à l’âge de sa galerie de vieux schnocks. Résultat, l’esprit Very Bad Trip est là, rôdant tout autour de ce Last Vegas mais comme les âges sont différents, le style l’est tout autant, logiquement ramené à hauteur de ses anti-héros rigolos et vieillissant. L’humour est moins geek et plus old shool, l’inévitable jeu du décalage générationnel a pris la place du loufoque excité, la ringardise second degré a remplacé la classe et la cool attitude, le caustique s’est installé sur le fauteuil de l’intrépide aventure, et enfin le rythme a changé en prenant de l’âge, forcément moins soutenu et plus posé, cherchant le punch dans le verbe plutôt que dans les gesticulations. A chaque époque, son style et ses moyens du bord !

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Mais si le pari de l’esprit général ramené à hauteur de ses nouveaux personnages est réussi, Last Vegas avait encore devant lui pas mal de barrières à franchir pour trouver la recette idéale du succès. Et malheureusement, Jon Turteltaub trébuche sur plusieurs obstacles qui vont freiner sa course vers la victoire. Le film démarre sur les chapeaux de roues et offre une première demi-heure plutôt agréable et ponctuée de quelques gags bien sentis pour ne pas dire hilarants, forcément moins physiques et visuels mais davantage ancré dans le sens du dialogue aiguisé avec notamment quelques échanges de vannes piquantes qui donneront beaucoup de sympathie à une entame honnête et très plaisante. Ce n’est qu’après cette efficace « introduction » étalée sur le premier tiers que le rythme déclinera progressivement au fur et à mesure que ne grimpera une intrigue assez prévisible et vite à court de souffle à l’image de ses personnages et à court de directions vers lesquelles s’engager. En cause, le fait que Last Vegas ne disposait pas vraiment d’idées autres que celle fondatrice de la transposition d’une récente pépite générationnelle culte dans un univers situé à son extrême opposé. Mais du coup, rien ne vient ensuite alimenter le contenu d’un film qui tourne à vide en étirant de manière un peu poussive sa non-intrigue sur les 1h30 qui constituent un métrage parfois un brin laborieux. C’était justement là qu’étaient la force et l’intelligence de Very Bad Trip, qui disposait d’une intrigue à suspens certes très simple, mais structurée avec génie et malice. Sans elle, Last Vegas manque de choses à dire pour faire tourner son moulin. Reste alors une certaine tendresse à voir se côtoyer une distribution d’illustres comédiens lâchés dans une sorte de « Last Epic Show »…

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Car au final, ce qui donne du charme et de l’allure à cette petite comédie mineure, c’est indéniablement son casting quatre étoiles. Quatre donc, comme le nombre d’immenses comédiens qui se partagent avec complicité la tête d’affiche d’un film fleurant surtout le bon coup basé sur une idée-concept malheureusement pas toujours optimisée au meilleur de ses possibilités. Turteltaub se repose essentiellement sur sa galerie qui fait le show avec alchimie mais oublie parallèlement de donner un supplément d’âme à son film, qui se contente un peu trop mollement de singer le phénomène voisin dont il s’inspire pour en signer une variante rigolote dans l’âme et décalée dans les faits. Mais pas assez décalée justement, et peut-être pas assez rigolote aussi, ni assez « épique » d’ailleurs. Trop sage, Last Vegas manque de folie et d’inventivité pour incarner idéalement ses velléités de comédie crépusculaire doucement déglinguée, un peu à l’image de ce qu’avait réussi récemment à faire dans le même registre, la récente et délicieuse pépite (toujours inédite chez nous) Stand Up Guys avec Al Pacino et Christopher Walken. Moment sympathique et inoffensif animée par quatre grands cabotins à défaut d’être vraiment la comédie jubilatoire espérée avec une telle idée et de telles stars pour la matérialiser, Last Vegas est une modeste farce estampillée « carte vermeil », sans prétention ni génie, de laquelle pointe en ligne de mire un petit sous-discours plein de tendresse, certes léger et facile mais peu importe, sur la peur de vieillir et le temps qui file, martelé avec un leitmotiv enthousiaste : la vie n’est finie que quand on le décide alors vivons-là à fond et jusqu’au-bout. On aura tout le temps de se reposer quand on sera mort !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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