LA PEAU DE BAX de Alex van Warmerdam : la critique du film [sortie cinéma]

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La_Peau_de_BaxMondo-mètre
note 7.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Schneider vs Bax
Père : Alex van Warmerdam
Date de naissance : 2015
Majorité : 18 novembre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Hollande
Taille : 1h36 / Poids : NC
Genre : Thriller, Comédie

Livret de famille : Tom Dewispelaere (Schneider), Alex Van Warmerdam (Bax), Maria Kraakman (Francisca), Gene Bervoets (Mertens), Annet Malherbe (Gina), Eva van de Wijdeven (Nadine), Pierre Bokma (Bolek), Henri Garcin (Gérard)…

Signes particuliers : Une petite pépite venue de Hollande à découvrir !

DUEL AU SOLEIL DU MARÉCAGE

LA CRITIQUE

Résumé : Le matin de son anniversaire, Schneider, tueur à gages et père de famille dévoué, est missionné pour abattre Ramon Bax. Écrivain solitaire vivant au milieu des marécages, c’est une cible facile. Schneider accepte, il sera rentré pour dîner. Mais la tâche se révèle plus compliquée que prévue.La-Peau-de-Bax-2L’INTRO :

Alex van Warmerdam est un iconoclaste dans le paysage cinématographique néerlandais, que ce soit pour sa façon de travailler ou pour le fruit de son travail méticuleux. Et c’est justement la singularité de son œuvre qui la rend si fascinante. Révélé par Les Habitants, son second long-métrage tourné en 1992, l’auteur de La Robe, et l’effet qu’elle produit sur les femmes qui la portent et les hommes qui la regardent (si ça c’est pas du titre !) ou du thriller Borgman, nous revient avec une nouvelle curiosité qui aura fait sensation à l’Etrange Festival (Grand Prix Nouveau Genre) mais aussi à Londres, Sitges ou Toronto. La Peau De Bax nous embarque au milieu des lumineux marécages hollandais, au centre d’un duel entre deux hommes qui va virer au surréalisme addictif avec l’intervention de tout un tas de protagonistes divers transformant une « mission » concise pour un tueur à gage, en authentique journée de merde où tout va de travers. D’ordinaire, van Warmerdam tourne ses films entre deux pièces de théâtre montées pour les planches. Pour une fois, le cinéaste fait une exception et enchaîne deux longs-métrages d’affilée. Ce sera là la seule entorse qu’il fera à ses principes. Pour le reste, van Warmerdam procède comme d’habitude. Il porte à l’écran un script qu’il a écrit lui-même au terme d’un long processus de gribouillages d’idées auxquels il donne forme selon une mécanique de travail rôdée, il produit son effort en famille avec la participation de son frère, de sa femme Annet et autres membres de son clan, tous cumulent les fonctions (production, scénario, mise en scène, musique, storyboard, casting, comédiens) et puis surtout, il y a ce ton et ce style uniques, qui lui sont cher…peaubax_leadL’AVIS :

Le cinéma d’Alex van Warmerdam n’a jamais été facile à appréhender, et alors qu’il s’agit de son neuvième long-métrage, La Peau de Bax apparaît pourtant comme l’un de ses plus accessibles. On pourra même dire qu’il est la solution idéale pour découvrir l’univers de ce metteur en scène gentiment dingue au délicieux décalage. Un décalage qui fait de La Peau de Bax, une sorte d’OFNI ludique recelant un énorme capital attachement et sympathie. Sorte de représentation théâtrale à ciel ouvert dans un marécage foisonnant où se croisent tout et n’importe quoi, et surtout n’importe quoi, La Peau de Bax erre entre les genres, tantôt le thriller aux accents de polar, tantôt la comédie matinée de burlesque, avec des touches de survival, voire même de western et d’action, le tout sous couvert d’un humour noir ravageur. Et à l’image de cet insaisissable égarement remarquablement maîtrisé, le spectateur est invité à errer à son tour dans une œuvre qui nous balade de surprise en surprise, une œuvre qui s’amuse, qui nous manipule, qui nous lance sur des pistes, braque, bifurque, change de direction, change de perspective. Comme par exemple, cette gestion sidérante de virtuosité, de l’empathie éprouvée à l’égard des personnages. On s’attache à l’un avant de le détester, on déteste l’autre avant de l’aimer. La Peau de Bax est un film joueur, parfois étrange, souvent fascinant mais toujours séduisant.8d2d2094f2d54ffb7e6bd9d7c868c054Alex van Warmerdam tisse une toile où tous les personnages de son épopée intimiste apportent leur part d’absurde dans ce voyage en absurdie. Les situations se délitent, la galerie s’étoffe sans arrêt de protagonistes tous plus délirants les uns que les autres, formant dans leur réunion savoureuse, un amas aux contours dessinés dans le loufoque impayable. Plus précisément, le metteur en scène néerlandais part systématiquement de situations claires et crédibles dans leur contexte. C’est alors que sa maestria d’écriture entre en piste pour parasiter ces mêmes situations et les diriger vers l’abscons le plus jouissif possible. Ce qui étonnera sans cesse dans La Peau de Bax, c’est la façon dont van Warmerdam déroule le fil de ses petites histoires normales en apparence, pour les faire dériver vers l’irréel, pour les faire basculer de leur « normalité » afin de les amener à vriller par petites étapes, au point d’embrasser un tout confondant d’absurdité drolatique et ubuesque. Comme un ballot de poussière traîné au sol par le vent, l’univers décalé de La Peau de Bax grossit de plus en plus et se charge au fil des minutes, en particules d’étrangeté comique alors que le film voyage entre gravité dramatico-métaphysique et légèreté carnavalesque.ob_fdce7d_1871-svb-pw-hr6granietfilms-potemkinefUn écrivain drogué et bougon (interprété par le réalisateur lui-même), un tueur à gage implacable menant une double-vie de famille bien rangée, un commanditaire gaffeur, une prostituée d’âge mûr, son mac intraitable, une fille dépressive, une amante en colère, un garde forestier qui fait chi**, un grand-père obsédé, sa compagne à peine majeure… La galerie hétéroclite qui anime ce « délire » jubilatoire nous régale, tout comme la beauté des images d’un Alex van Warmerdam qui ne sacrifie jamais le formalisme léché à l’agréable virée divertissante, ou la douce folie qui tapisse son travail sur cette petite pépite farceuse chaudement recommandable, qui par moments, en appellerait presque à un croisement entre le Adam’s Apple du voisin danois Anders Thomas Jensen et le Headhunters du norvégien Morten Tyldum. Un vrai régal et une belle surprise !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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