INTERVIEW « 3 QUESTIONS À LAMBERT WILSON »
« Je n’ai plus la passion pour ce métier… »

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Mondociné inaugure sa nouvelle rubrique interview baptisée « 3 Questions à… » Le principe est simple, trois questions à un artiste, la première sur son passé, la seconde sur son actualité présente, et la troisième sur ses projets futurs. Le comédien Lambert Wilson que l’on retrouvera bientôt dans Barbecue et en Maître de Cérémonie au 67eme Festival de Cannes, a aimablement accepté d’être le parrain de cette rubrique qui sera amenée (enfin, on l’espère) à revenir. 590051_l-acteur-francais-lambert-wilson-lors-de-son-sejour-a-port-au-prince-a-haiti-le-27-avril-2013

Mondociné : Bonjour Lambert Wilson. Première question sur votre passé. Vous avez eu une carrière riche. On vous a vu chez Umberto Lenzi, dans tout un tas de classiques français comme Hiver 54, dans des comédies populaires. Vous avez également fait des incursions dans le cinéma d’auteur, joué dans des blockbusters hollywoodiens. Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur votre carrière si diversifiée et son évolution après 35 ans de métier ?

Lambert Wilson : Je trouve que c’était un peu n’importe quoi au début. J’acceptais des jobs pour gagner ma vie, pour avoir de l’expérience devant une caméra ou sur scène et ça a duré des années comme ça, à pas être très regardant. Donc je suis moyennement fier de mes premiers pas, d’autant plus que j’avais beaucoup de gêne. Quand on me voit dans La Boum 2, j’ai pourtant déjà fait un film avec Sean Connery avec l’un des premiers rôles etc… Et pourtant, je suis encore très gêné, très tendu, très vert. Pour moi les choses deviennent intéressantes, à quelques exceptions près, à partir de la quarantaine où j’ai acquis plus d’expérience et de maturité. A partir de 1996, précisément, quand j’ai travaillé avec Alain Resnais dans On Connait la Chanson. Ce qui m’a sauvé à long terme, c’est la chance qui m’a été donnée d’utiliser l’humour et l’autodérision. Ma bouée de sauvetage aura été des films comme Jet Set, Palais Royal, des comédies où je peux me moquer de moi-même. Et tout ça, ça a été possible grâce à On Connait la Chanson. Aussi grâce à une expérience sur scène à Londres peu de temps avant, une comédie musicale que j’ai jouée au théâtre royal avec l’immense Judi Dench, A Little Night Music. J’y faisais le clown. J’ai fait ça pendant neuf mois et ça m’a vraiment fait faire beaucoup de progrès. Mais ce que je peux dire en gros sur ma carrière, c’est que c’était un peu du n’importe quoi à quelques exceptions près avec des auteurs exceptionnels comme Zulawski, Téchiné, Benoît Jacquot, dans les années 80. Quand j’ai eu 30 ans, il y a eu des films un peu phares comme Hiver 54, le film de mon père, La Vouivre, que j’aime beaucoup, et après il faut vraiment attendre les films d’Alain Resnais, Matrix… où ça devient plus lourd. Plus contrôlé aussi. Où j’ai moins d’inhibition, moins de peurs.wilson matrix Bellucci

Mondociné : Question sur votre présent maintenant. Fin avril, on va vous retrouver dans « Barbecue », le nouveau film d’Eric Lavaine. Que pouvez-vous nous dire sur ce film qui s’apparente à une comédie, mais qui part quand même d’un sujet assez grave (le personnage d’Antoine , campé par Lambert Wilson vient d’avoir un infarctus ndlr) ?

Lambert Wilson : Non, c’est une vraie comédie. Une comédie sur l’amitié qu’on remet en question. Les vieilles amitiés qui ont des décennies de partage et dont on se plaint parce qu’on a l’impression qu’elles sont répétitives, qu’elles tournent en rond, que c’est toujours la même chose, et finalement dont on ne peut pas se passer parce qu’elles vous constituent complètement et que dès qu’on les casse, dès qu’on essaie de les remettre en question, finalement on les reconstruit et on les retrouve parce que c’est votre histoire. Je pense que notre mot d’ordre, c’était la sincérité, c’était de ne pas chercher des effets, c’était d’être tout à fait sincères dans les rapports d’amitié, de couple, de parents. Ce sont quand même des quadra-quinqua, et je pense qu’on passe par des choses graves, réalistes, possibles dans la vie, et c’est ça qui est le moteur de la comédie. Je pense que c’est en général dans le genre de la comédie qui part de situations réalistes, possibles. Ici, c’est un groupe d’amis qui aime plaisanter ensemble. Ils adorent se faire des vannes, c’est le moteur du groupe, ils se font des plaisanteries tout le temps, ils aiment bien rire ensemble. Ils sont très joueurs, ils aiment bien se charrier, et malgré les difficultés entre les uns et les autres, les divorces, les tensions, les tromperies, il y a quand même une sorte d’état d’esprit sympathique et drôle.Lambert-Wilson-hospitalise_article_landscape_pm_v8

Mondociné : Quand on retrace votre parcours de vos débuts à aujourd’hui, on constate vraiment une diversité assez étourdissante. Vous avez touché un peu à tout sur l’ensemble de votre carrière. Est-ce qu’il y a encore aujourd’hui, un genre, un registre, un cinéaste, un type de cinéma, que vous n’auriez pas encore abordé et dont vous rêveriez, où vous vous dites « j’aimerais faire ça » ?

Lambert Wilson : Oui, je crois qu’il y a un certain cinéma indépendant américain. J’ai fait quelques incursions dans ce cinéma-là mais je parle là de certains grands metteurs en scène connus ou moins connus. Je voyais l’affiche du film avec Matthew McConaughey sur le sida, Dallas Buyers Club, et je me disais « là oui, c’est LE métier excitant ». Sinon, curieusement, j’ai un peu perdu de ma passion pour ce métier, il faut que je la retrouve. Il y a des films des frères Coen que je trouve fantastiques, des films de Paul Thomas Anderson, de Soderbergh, de George Clooney… Ces films là me plairaient énormément en tant qu’interprète. J’aimerais aussi mettre en scène au cinéma et je ne l’ai pas fait encore. Je ne suis pas très pressé parce que je ne pense pas avoir 15 films en moi mais j’aimerai bien éventuellement faire un film avant d’avoir 85 ans. Ce n’est pas une urgence particulière. En revanche, au cinéma, il y a un certain genre qui vous permet des transformations et c’est plus typique d’un certain cinéma américain. Dans Le loup de Wall Street, Scorsese fait une construction absolument incroyable de cette espèce de trader cynique complètement dingue. Les américains proposent à leurs acteurs des paris, des vraies transformations. Il suffit d’observer DiCaprio, on le voit changer. Ca me manque. Parce qu’en fait, ce qu’on me propose en France, ça n’a aucune originalité. Aucune. Je veux dire, pour trouver les rôles qui ont une différence, un style différent… ça n’existe pas ! On me voit passer du moine de Des hommes et des Dieux au personnage du dictateur dans le Marsupilami, mais pour ça, il faut être extrêmement aux aguets, extrêmement sélectif et extrêmement désireux de surprendre. Et ça n’a aucun pouvoir de courroie, ça n’entraîne rien. Voilà mon souhait.

Mondociné : Merci infiniment Lambert Wilson. Juste avant de nous quitter, quel est votre film préféré, votre film « de chevet » disons ?

Lambert Wilson : Mon film de chevet… peut être La Dolce Vita de Fellini. Je dis ça mais il pourrait il y en avoir beaucoup plus que ça !

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