GATSBY LE MAGNIFIQUE (critique – romance)

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gatsby_le_magnifiqueMondo-mètre :
note 6
Carte d’identité :
Nom : The Great Gatsby
Père : Baz Luhrmann
Livret de famille : Leonardo DiCaprio (Gatsby), Tobey Maguire (Nick Carraway), Carey Mulligan (Daisy), Joel Edgerton (Buchanan), Jason Clarke (Wilson), Isla Fisher (Myrtle), Elizabeth Debicki (Baker)…
Date de naissance : 2013
Nationalité : Etats-Unis, Australie
Taille/Poids : 2h22 – 127 millions $

Signes particuliers (+) : Le style étourdissant et virevoltant de Luhrmann mis au service d’une histoire lui offrant toutes ses thématiques de prédilections et un jeu de miroir intéressant entre superficialité et belle tragédie romantique. Des comédiens extraordinaires et un grand spectacle parfois enivrant.

Signes particuliers (-) : Luhrmann en fait trop cette fois et charge tellement inutilement son film, qu’il franchit régulièrement la frontière séparant la virtuosité du maniérisme laissant un sentiment de vacuité et de facilité tape-à-l’œil.

 

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE MAGNIFIQUE ?

Résumé : Nick Carraway, un écrivain novice, débarque dans le bouillonnant New York de 1922. Il loue une petite bicoque en banlieue, voisine du manoir du mystérieux et richissime Jay Gatsby dont personne ne sait rien. Par sa cousine Daisy et son mari Tom Buchanan, à un célèbre joueur de polo et par Gatsby qui se prend curieusement d’affection pour lui, Nick va découvrir un monde magique, superficiel et va se retrouver aux premières d’une belle histoire d’amour déchirante…

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Pour son retour derrière la caméra après cinq ans d’absence, Baz Luhrmann se voit offrir une belle fête qu’il aura pu savourer en compagnie de son prestigieux casting, avec l’ouverture du Festival de Cannes, hors compétition. Le cinéaste a pris son temps pour digérer et exorciser l’échec d’Australia, son précédent exercice sorti en 2008, véritable purge incarnant le pire de ce qu’Hollywood peut faire dans le registre du grand mélodrame fleuve. Et pour son cinquième film, il revisite un classique de la littérature en adaptant le déjà multi-adapté au cinéma roman de F. Scott Fitzgerald, Gatsby le Magnifique, dont la plus célèbre version reste jusque-là celle de Jack Clayton avec Robert Redford réalisée en 1974. C’était l’un des projets les plus attendus de l’année. Un important budget de 125 millions, un film très ambitieux revoyant par le prisme du style singulier de Luhrmann, la fabuleuse histoire mélodramatique de Jay Gastby, un casting star dominé par Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, la tendre Carey Mulligan (qui a raflé le rôle à Amanda Seyfried et Scarlett Johansson), Joel Edgerton et Jason Clarke (ces deux derniers se retrouvant guère après leur collaboration fraternelle sur Des Hommes sans Loi) et pour finir, les retrouvailles entre DiCaprio et Luhrmann, 17 ans après Roméo + Juliette.

Gatsby-le-Magnifique

Scénarisé par Craig Pearce, l’homme derrière les scripts de Roméo + Juliette et Moulin Rouge du même Luhrmann, Gatsby est un projet somme toute logique pour le cinéaste qui s’est fait un spécialiste du mélange tragédie et romance. Le mélodrame est le fil conducteur des différents films qui jalonnent jusque-là sa carrière. Autre point, l’excentricité et l’univers rétro-pop de l’histoire qui mélange gloire, richesse, univers artificiel masquant des personnages plus profonds et romance passionnée entravée, était un sujet idéal pour le cinéaste pour revenir à ses acquis et au style qui a fait sa gloire. Après un Australia plus classique, loin de la folie visuelle et narrative d’un Moulin Rouge, Luhrmann peut ainsi s’adonner à sa passion pour les fulgurances, pour la démesure, pour la grandeur spectaculaire tout en restant attaché à ses thématiques  de prédilection.

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Le cinéaste et son scénariste se permettent une petite entorse à la base du roman dans la façon d’aborder la narration pour éviter d’avoir recours à la voix off et se lancent ensemble après un gros travail de documentation, dans une nouvelle version qui sera du pur Baz Luhrmann dans l’âme, un film multipliant les audaces visuelles, les excès graphiques et de rythme et les folies musicales anachroniques (Beyoncé, Lana Del Rey, Jay-Z, Amy Winehouse… dans un New York des années 20) le tout dans un package en 3D et une de qualité, il faut bien l’avouer. Et après un accueil plutôt timide à Cannes, ce Gatsby que l’on espère magnifique, sort enfin en salles…

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Les premières minutes vont vite nous mettre dans le bain, pas de doute, on est dans du pur Luhrmann. Une séquence d’introduction qui laisse un lancinant sentiment dramatique puis l’ouverture vers un univers fou, dingue, nourrissant les mirettes autant qu’il essaie d’aller chercher de la profondeur dans la superficialité de l’histoire finalement assez simple, qu’il raconte. Un vrai mélodrame narrant une folle histoire d’amour, belle, triste, tendre, douloureuse, enchanteresse, tragique. Avec la générosité qu’on lui connaît, Lurhmann tourne le dos aux précédentes versions (notamment celle de 1974) et s’approprie totalement le mythe du Gatsby de Fitzgerald pour l’amener dans un univers ultra-stylisé, débauche imaginative d’effets graphiques et sonores. Le but ? Un grand spectacle grattant le vernis du monde artificiel des parvenus new-yorkais de la glorieuse Amérique d’après-guerre pour nous attirer sur une petite et grande à la fois histoire d’amour comme le monde en connaît tant mais dont le conte continue d’enivrer les spectateurs amateurs de la magie que parvient à créer le cinéma quand il sait se montrer fascinant.

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Gatsby arrive à nous faire voyager, à emporter même si ce n’est que par à-coups, à vendre du rêve sans trop de niaiseries et se révèle un divertissement aussi agréable qu’efficace, vrai mélo à l’arc narratif très classique pour le genre, mais qui, soutenu par le style singulier de Luhrmann, devient une machine bien huilée tape-à-l’œil par sa démesure. Décors splendides, univers vertigineux, costumes élégants, comédiens bourrés de charisme et de prestance (même si Maguire a toujours autant de mal à se débarrasser de cette image de bulot qu’il se traîne), Gatsby le Magnifique finit par fonctionner au-delà de ses innombrables défauts. En tête, le franchissement d’une ligne jaune par le cinéaste, celle séparant la virtuosité du maniérisme. Luhrmann ne peut masquer son envie d’essayer de retrouver la saveur de son Moulin Rouge d’il y a douze ans mais cette fois-ci, ses débordements graphiques virent souvent aux excès pas toujours utiles à l’histoire, parfois tapageurs, laissant poindre le constat d’un réalisateur se regardant filmer avec un style qui devient presque une caricature épuisante de ce qui a plu dans le passé. Un peu comme lorsque récemment, Wong Kar-Wai fait The Grandmaster ou Terrence Malick, A la Merveille. gatsby_magnifique_dicaprioSauf que là où chez ces derniers, ce défaut achevait d’enterrer leurs dernières œuvres, ici, il ne plombe pas définitivement un film sauvé par ses qualités, sa beauté s’alliant avant toute chose à des personnages forts interprétés avec génie par des comédiens au sommet de leur art. DiCaprio donne du corps et de l’épaisseur à ce Gatsby que l’on aime instantanément pour sa finesse, sa classe, son élégance, son romantisme, son sourire chaleureux et généreux, de même que Carey Mulligan incarne à la perfection la fragilité d’une Daisy pleine de grâce, délicieuse, petite étoile perdue dans son destin et sa vie mais dont le moindre éclat de rire illuminerait une demeure toute entière. Oui, Gatsby est un film brinquebalant, pas toujours très adroit, nous tiraillant entre des sentiments contraires, mais un film qui a un petit quelque-chose d’enivrant et de fascinant. Lurhmann se laisse trop aller à un clinquant qui manque parfois de retenue au point que son exercice paraît par moments comme un gros joujou de luxe à l’artificialité tuante. Certes, l’épure n’a jamais été son crédo et Luhrmann n’a jamais été Ken Loach mais ce Gatsby ne masque pas toujours ses maladresses derrière son visuel pop qui en fait des tonnes dans l’emphase et la surenchère pour camoufler ses facilités.  Etiré sur une durée conséquente de plus de 2h20, Gatsby est tour à tour ronflant, limite ennuyeux, puis il éblouit dans la foulée suivante en délivrant une forte charge émotionnelle. Surchargé, très/trop esthétisé, il arrive dans le même à s’appuyer sur des valeurs simples qui façonnent un certain cinéma glorieux depuis des décennies. Le résultat en est étrange. On n’adore pas, on ne déteste pas non plus. On est parfois excédé, parfois sous le charme, comme dans un entredeux appelés par deux voix dissonantes, celle de la raison nous mettant en face des erreurs, des fautes de goût voire de l’inconsistance relative d’un film qui ne sait pas toujours bien comment faire fructifier son intelligence malicieuse et celle du cœur qui voudrait se laisser emporter par un spectacle empathique jouant avec notre imaginaire de spectateur crédule. Difficile d’haïr autant de générosité débordante mais difficile aussi d’adouber complètement un film déséquilibré dans sa conception et ce qu’il livre à l’arrivée. Peut-être qu’on l’a vu trop « magnifique » avant l’heure ce Gatsby mais il ne manque pas de charme et de moments sublimes, il faut bien se l’avouer.

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