EXODUS de Ridley Scott
Critique – Sortie Ciné

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note 5.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Exodus : Gods & Kings
Père : Ridley Scott
Date de naissance : 2014
Majorité : 24 décembre 2014
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h31 / Poids : 140 M$
Genre : Péplum

Livret de famille : Christian Bale (Moïse), Joel Edgerton (Ramsès), John Turturro (Séthi), Sigourney Weaver (Tuya), Ben Kingsley (Noun), Aaron Paul (Josué), Ben Mendelsohn (Hegep), María Valverde (Sephora)…

Signes particuliers : Quand le maître de l’épique au cinéma s’attaque à l’un des plus extraordinaires récits bibliques. Ridley Scott fait revivre Les Dix Commandements dans une fresque spectaculaire…

DES HOMMES ET DES DIEUX

LA CRITIQUE

Résumé : L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.exodus 6 L’INTRO :

Grande année pour le péplum biblique et l’Ancien Testament au cinéma. Après les aventures de Noé par Darren Aronofsky, c’est au tour de Moïse de réapparaître sur grand écran, 58 ans après le classique Les Dix Commandements, 20 ans après La Bible : Moïse (avec un Ben Kingsley qui, coïncidence, figure au générique de cette version 2014) et 16 ans après… Le Prince d’Egypte des studios Dreamworks. Si le film de Cecil B. DeMille demeure un chef d’œuvre éternel et impérissable, l’idée de retrouver le fabuleux récit de ce combat fratricide dans l’Egypte ancienne, l’exode du peuple hébreu, la mer rouge ouverte en deux, les plaies dévastatrices, les commandements gravés sur la pierre etc… le tout dans une nouvelle mouture bénéficiant de la crème des technologies actuelles et du talent d’un cinéaste incontournable en matière d’épique au cinéma avec Ridley Scott, avait de quoi être alléchante. Surtout si le Moïse en question est incarné par le toujours impressionnant Christian Bale, ici opposé à Joel Edgerton en Ramsès, et entouré de Sigourney Weaver, Aaron Paul, John Turturo ou l’évoqué Ben Kingsley… Co-scénarisé, entre autre, par Steve Zaillan (La Liste de Shindler, Gangs of New York, le Millénium de Fincher), Exodus : Gods and Kings s’affichait comme un gros blockbuster à 140 millions de dollars porteur des espoirs les plus fous de vibrer devant l’un des récits bibliques les plus riches, passionnants et mythiques.exodus 3

L’AVIS :

En touchant au « divin », on espérait de la part de Sir Ridley Scott, une fresque épique spectaculaire, intense et visuellement sublime. Et le cinéaste nous l’offre avec une immense sincérité avec cette grosse production haletante, magnifique et parfois brillante. Mais un mélange de vilains petits défauts viennent par ailleurs tirer ce Exodus : Gods and Kings par la manche, pour le faire redescendre de son piédestal où on aurait eu tendance à le voir trôner un peu trop vite, plus beau qu’il n’est au final. Comme souvent depuis quelques années, le cinéma de Ridley Scott est « superbe mais… »exodus 7

Si la comparaison avec l’ancienne version de Cecil B. De Mille paraissait aussi incontournable que futile sur le fond (Ridley Scott évoluant dans la contemporanéité visuelle et narrative), elle finit pourtant par rejaillir quand même au-delà de la modernisation du récit mythologique. Car du haut de ses fastueuses 3h40, De Mille développait tellement mieux l’histoire et les relations entre les personnages, donnait (étonnamment) beaucoup plus de réalisme au ressenti des tribulations du peuple hébreu, plus de force au déchirement digne d’une tragédie grecque dans ce duel fraternel opposant deux frères fusionnels et soudainement opposés… Chez Ridley Scott, tout paraît plus froid, moins incarné, plus factuel, plus résumé et lapidaire, à l’image des dix plaies envoyées manu militari les unes à la suite des autres ou à l’image d’une fin tellement survolée qu’elle en deviendrait presque inutile et déroutante. Déficit cruel en émotions, portions du récit expédiées voire totalement effacées (la fin de Moïse sur le Mont Sinaï et sa « faute » envers Dieu, le pourquoi de l’édiction des dix Commandements, l’Arche de l’Alliance), trahisons incompréhensibles au récit mythologico-biblique etc… Exodus est un spectacle épatant, porté par un Bâle habité et un souffle intermittent, mais qui fait grincer des dents et agace à de nombreuses reprises, à commencer par sa générosité à deux vitesses, présente quand on ne l’attend pas forcément et déniée quand on l’attend vraiment (la séparation des eaux est une frustration presque impardonnable). Sur le fond aussi, avec ces évoquées « trahisons », tantôt infimes et qui interpelleront essentiellement les connaisseurs maîtrisant les Saintes Ecritures ou tantôt proches de l’hérésie totale (la « matérialisation » de Dieu, les discussions avec Moïse d’égal à égal, ce dernier présenté pas loin de l’homme agnostique en lieu et place d’un patriarche pieu, le passage de l’écriture des tablettes de la Loi…). exodus

Exodus agace surtout par son manque de subtilité dans la tragédie qu’il narre. L’opposition de ces deux frères perd tout son potentiel dramatique à être ainsi refondu dans une écriture binaire et sans finesse de fond. Point de déchirement émotionnel et de complexité dans le duel fratricide, pas aidé par le jeu lisse d’un Joel Edgerton qui ne parvient jamais à cristalliser les tiraillements personnels de son Ramsès, autant que Ridley Scott s’obstine à ne pas les mettre en valeur. Une absence de subtilité qui s’étale alors à tous les étages de l’histoire. Moïse n’apparaissait plus comme un homme de foi pieu et soumis à son Tout-Puissant mais comme un leader-stratège charismatique sans nuances. Et le film de glisser du péplum biblique vers le péplum tout court, d’autant que le cinéaste lisse au maximum les considérations religieuses (probablement afin de faire de son long-métrage un « film pour tous »), là où au contraire, Cecil B. De Mille avait su marier à la perfection respect du récit biblique et péplum palpitant.xodus 2

On se prêterait presque à rêver du coup de la version de De Mille, son émotion, son respect du matériau originel et son charisme cinématographique, associée à la technique, au sens esthétique et aux moyens de la version de Scott. Le film de 1956 est un chef d’œuvre mais ce cross over aurait pu en être un autre à la fière allure. Au final, Exodus est un honnête péplum-spectacle doublé d’une petite déception en regard des attentes placées en lui. Il lui manque sans doute du temps et une vision plus claire. Une bonne heure peut-être, pour développer et cristalliser ses enjeux avec force au lieu de compter sur le strict minimum syndical pour faire le travail d’immersion narratif, tort qui finit par nuire à la puissance du film qui n’a dès lors plus rien d’indéboulonnable et qui flanche à plusieurs reprises. Mais ne crachons pas non plus de trop dans la soupe. Même si elle est tiède, elle sait quand même se montrer parfois savoureuse. A défaut de faire vibrer comme on l’attendait, Exodus rassasie grâce à sa maestria cinématographique qui, dommage, ne se déploie pas toujours comme on le voudrait et dans les scènes que l’on voudrait. On se prête tout de même au jeu de ce beau spectacle tourné dans une 3D pas des plus utiles mais qui alimente la profondeur et la beauté des somptueux décors.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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